‹ Étude de l'hommeChapitre 86 sur 235 · DO GÉNIE · texte numérisé non relu

DO GÉNIE

§ 1. — Qu’cst-cc que le génie?

Le génie est la plus haute puissance de l'imagination réglée l>ar le bon sens cl par le sentiment du beau. C'est la raison inspirée.

Le génie s’élève, comme un mont gigantesque, au-dessus du niveau ordinaire de l’esprit humain; et, de deux cimes égales, l’uuc, semblable à ces pics de glace d’où les lleuves découlent, et l’autre, à un volcan, tantôt sombre et tantôt cntlammé, il verse, d’un côté, des flots inépuisables de vérités inconnues et de conceptions magnifiques, tandis que, de l’autre, il lance les inspirations ardentes de l’art et de la poésie.

L’exaltation poétique est la dernière limite de la raison humaine. Les tètes fortement organisées ne sont guère soumises à l’influence de ces émotions délirantes qui produisent le sublime ou le ridicule.

Le sentiment du beau, le désir du bien, ou l’amour de la gloire, et une ferme volonté, peuvent élever un esprit juste presque au rang du génie * .

Un esprit borné dédaigne ce qu’il ne peut comprendre, lin esprit actif voudrait savoir tout ce que les autres savent. Le génie veut découvrir ce «pie personne ne sait.

La souffrance est l’état le plus ordinaire de l’ànie, le princi- ' Boileau, la Bruyère, etc.

l>al ressort de la pensée et l'aliment habituel de la poésie. Pour quelques inspirations dues à la joie, mille accents passionnés s’échappent de la souffrance. Les plus hautes facultés de l’homme ne lui ont- elles été données que pour sentir et pour exprimer la douleur?

g 11. — Portée des esprits ordinaires et portée du génie.

Quelques esprits voient nettement, en chaque chose, ce qui frappe d’abord. D'autres en scrutent plus intimement le principe et les rapports, et aperçoivent tout ce qui s’y trouve et tout ce qui y manque. Les premiers ne peuvent distinguer clairement que les objets rapprochés ; les derniers semblent embrasser l’immensité. Ceux-là suivent, avec sûreté, les routes tracées-, ceux-ci ont besoin d’en frayer de nouvelles, pour arriver peut-être à des obstacles infranchissables, peut-être aussi à des découvertes qui enrichiront l'esprit humain.

g lil. — Puissance de conception du génie.

Une intelligence assez vigoureuse [tour dominer un sujet, l'étreindre, en faire jaillir tout ce qu’il renferme, voilà le génie. Il sc révèle, dans les arts et les lettres, par le profond sentiment et par la plus noble expression du beau; dans les sciences, par une merveilleuse conception, souvent par l'application aux besoins de l’homme des phénomènes de la nature; dans la politique, par une sorte d’intuition des passions et des intérêts humains, par l’art de les contenir sans les froisser, par le ferme regard qui embrasse tout le mécanisme social, et par la volonté prévoyante qui en sait entretenir ou perfectionner les ressorts. Partout enfin où l’on voit resplendir le vrai et le beau, on doit s’incliner avec respect et reconnaître une œuvre du génie.

CIIAl'ITHK II.

% IV. — Influence du génie sur l'esprit huniiiiu.

Les génies créateurs devancent tellement les intelligences vulgaires, qu’on ne se rend pas bien compte de leur influence. Ils posent les principes et abandonnent aux esprits de second ordre le soin d’en développer les conséquences. Le genre humain marche à leur suite, comme une longue colonne dont les derniers rangs se laissent diriger par ceux qui les précèdent, sans apercevoir le chef qui la conduit.

SECTION VIII

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