‹ Étude de l'hommeChapitre 94 sur 235 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

lion dont tout l’avantage est d’associer les idées cl les faits analogues, d’opposer les contraires, de généraliser la pensée, de fournir des aperçus nouveaux et de guider l’esprit. Là, en effet, rien de nécessaire, d’immuable; là, point d’autres lois que le jugement et le goût plus ou moins sûrs de celui qui a conçu l’œuvre. Mais quand un homme, pour dissimuler son défaut de pénétration et son ignorance, veut expliquer, dans la nature, des faits isolés, des phénomènes sans corrélation, par des lois communes, il voit, à chaque instant, l'expérience démentir ses vaines doctrines. Ces prétendus systèmes qui tendent, le plus souvent, à rendre inutile l'appréciation des faits spéciaux, sont, en médecine, des fléaux redoutables ; en politique et en morale, des guides trompeurs qui faussent l’esprit et égarent la raison.

La pensée qui crée, qui coordonne, qui s'identifie avec l’œuvre, voilà le système. Celle qui cherche à découvrir une loi existante ue peut être qu’une explication juste ou fausse. Jusqu’à la preuve, c’est une hypothèse. Newton a expliqué le système du monde, parce qu’il en a deviné la loi fondamentale. Linnée a classé les plantes d’après certaines notions exactes, et d’après certaines autres qui paraissent plus ou moins arbitraires, l'eutôlre s’est-il approché de la pensée du Créateur : mais il ne nous a réellement pas montré un système. La plupart de nos classifications scientifiques ne sont que des divisions artificielles.

Le système, ou la raison d’être et le mode d’existence deschoses, se confondent avec la création même, et ne peuvent guère être conçus que par Dieu : l’homme a des méthodes.

g 11. Ue la méthode.

La méthode est une route tracée à l’esprit. Elle le conduit au but, en lui épargnant d’inutiles détours. Avec la méthode, tout travail a son fruit; et, sans la méthode, il ressemble aux pénibles efforts d un aveugle cherchant à s’avancer, au hasard, dans une voie couverte d obstacles. Cependant quelques esprits

féconds el d’une grande portée ont le tort de négliger la méthode. Comme rien ne leur parait obscur, ils ne conçoivent pas assez ce qui peut l’être pour d’autres. D’ailleurs, le besoin de produire leur oie le temps de classer; et leurs ouvrages, quoique remplis d’idées heureuses et de vues profondes, restent souvent, par le seul défaut d’ordre, fort au-dessous du degré d'utilité et d’estime qu’ils auraient dù atteindre. Les hommes d’une intelligence vive et ferme les comprennent peut-être; mais ils regrettent de n’y pas trouver une distribution précise, une exposition simple et claire qui en eussent rendu reflet plus frappant. La méthode fait valoir les idées, comme l’ordre fait valoir les objets matériels. C’est la logique, dans sa plus large et sa {dus haute application.

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