CHAPITRE III
L'expression est plus que l'habillement de la pensée : elle peut être comparée aux draperies d'utie statue qui s'identifient avec les formes qu'elles paraissent seulement accuser. Il est donc essentiel de choisir toujours des expressions qui niellent l’idée en relief, avec sa proportion naturelle, son mouvement et son caractère. Le style doit être majestueux et sévère, énergique et figuré, souple et gracieux, vif et brillant, suivant que la pensée est grande, passionnée, délicate ou piquante. La pensée la plus ingénieuse ou la plus belle reste quelquefois enfouie sous un style pesant et obscur. C’est un diamant brut qui attend la main du lapidaire pour se montrer dans tout sou éclat.
La vérité même reçoit de l’expression une grande partie de son pouvoir. Enoncée avec clarté et précision, elle frappe; et chacun s’étonne de ne l avoir pas trouvée. Le style est la forme sensible et le véhicule de la pensée.
Un écrit qui sent le travail n’est pas assez travaillé. L'auteur, après en avoir assemblé les parties, n'a pas eu le courage ou l’habileté d’en effacer les jointures. Combien peu de lecteurs comprennent ce qu’il faut de talent et de soin pour donner au style le naturel et l’aisance, la clarté et la concision, la correction et l’harmonie 1 On jouit de ces qualités sans y penser. comme on marche sur une belle roule, sans s’occuper des difficultés qu'il a fallu vaincre pour l’établir. Mais les juges expérimentés considèrent le style connue le principal litre qui puisse recommander un livre à l'admiration des siècles.
La plume, qui ralentit fa pensée des esprits vifs et féconds, attire celle des esprits paresseux.
La bonne compagnie a introduit, dans la langue française,
<le singulières délicatesses : ainsi le mot teter n’éveille aucune autre idée que le plus impérieux besoin de l’enfant et le plus respectable des devoirs de la mère, tandis que le substantif dont ce verbe est dérivé semble si bas et si indécent, surtout au pluriel, qu’on n’oserait pas le prononcer, dans le monde, même avec le sens technique que lui donnent les sciences et les arts. Le mot (jortje, au rontrairc, auquel on ne peut attacher que des idées sensuelles, est celui dont se servent les gens bien élevés, en le détournant de sa véritable signification. Il y a, dans cet usage, un défaut de raisonnement qu’on s’étonne de trouver dans les combinaisons du langage d’un peuple éclairé et plein de goût.
La grossièreté du langage prouve quelquefois l'innocence des mœurs. La pruderie est le voile de la corruption.