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III. —— Caractères du pouvoir protecteur

a) Durée de son.action, après injection unique. Le sérum, doué d'un pouvoir protecteur, manifeste son action protégeante pendant une durée assez courte seulement : 1 à 3 jours (vg. 3 jours : expérience #; 1 jour: rais 205, 206, 212). Toutes choses égales (inoculat, intervalle entre l'injection de sérum et l’impaludation), le plus ou moins long temps de protection permet sans doute de comparer entre eux plusieurs sérums au point de vue de leur force de protection.

b) Efficacité du pouvoir protecteur :

1. Elle n’est pas grande, puisqu'il faut des doses aussi énormes qu'un ce de sérum pour protéger légèrement un animal de 80 grammes. Ce n’est point pour étonner, puisque l’on sait les doses importantes et répétées plusieurs jours employées aussi par CoccesnaLz et Kumm, qui les premiers mirent en évidence un pouvoir protecteur dans le sérum d'un animal palu-

déen (singe rhésus avee P. knowlesi et P. inui) [13].

2, Comme nous venons de le dire, la protection n’est pas aussi marquée avec les divers sérums : il existe des degrés dans la séro-protection.

3. La protection apportée par le sérum s'épuise quand on répète les injections. La sérothérapie, pratiquée quotidiennement pendant les # et T premiers jours de linfection chez des rats adultes (expériences 2 et 1), maintient d’abord la parasitémie à un taux peu élevé, mais après un certain temps (6 jours dans l'expérience 1, 5 jours dans l'expérience 2) la parasitémie augmente en dépit du traitement. Cependant le maximum de la parasitémie sera faible et l'infection ne durera pas davantage que chez le témoin.

4. Le pouvoir protecteur selon les stades de l'infection. Nos expériences de séro-protectioen sont encore trop peu nombreuses pour juger des variations du pouvoir protecteur du sérum en fonction du stade de linfection. Cependant elles fournissent quelques faits. Parmi les animaux dont nous avons testé le sérum, deux étaient aux derniers jours de la période de déclin de leur accès aigu de primo-infection : le pouvoir protecteur de leur sérum s'est montré nul chez l'un (403), très faible chez l'autre (404). Indirectement, — car ce n'était pas le but recherché dans l'expérience —, l'expérience 8 semble mettre en évi-

dence la présence d'un pouvoir opsonisant dans le sérum des rats au stade TV, comme nous l'avons signalé lorsque nous rapportions les résultats des rats 434, 435, 436, 487, 438. Enfin, au stade d'infection latente le pouvoir protecteur est assez faible, mais net, chez les immuns (L15, L16 de l'expérience 5), très net chez les hyperimmuns.

5. Renforcement du pouvoir protecteur par réinoculations. Dans un chapitre précédent, nous avons montré que, par ia méthode des réinoculations intrapéritonéales massives, on réalise et on met en évidence une augmentation de l’immunité sous l'influence de réinoculations. Les rats L15 et L16 ont subi deux fois un prélèvement de sérum : lors du premier prélèvement ils relevaient de leur primo-infection : lors de leur deuxième prélèvement, ils avaient eu entre temps une injection intrapéritonéale massive d'hématozoaires : ils étaient donc devenus hyperimmuns, comme nous l'avons montré ailleurs. Or, à ee renforcement de l’immunité ainsi réalisé, correspond parallèlement une augmentation du pouvoir protecteur de leur sérum. Le test de séro-protection réalisé avec leur sérum, alors qu’ils étaient simplement immuns, chez les petits rats 17-418 montre un assez faible pouvoir protecteur (expérience 5) ; réalisé avec leur sérum devenu hyperimmun, le pouvoir protecteur est manifestement augmenté (rats S 209, S 211 de l'expérience 6).

De l'exemple des rats L'15 et L16, on peut déduire que le renforcement de l’immunité par des réinoculations a correspondu chez eux à une augmentation des facteurs humoraux ; et cela est en accord avec ce que nous avaient montré les expériences de splénectomie : chez Le rat hyperimmun, la splénectomie mettait en évidence l'existence d’une augmentation de facteurs de résistance extraspléniques ; ces facteurs extraspléniques étaient-ils humoraux ou (comme le disait CORRADETTI) étaient-ils une simple fonction de suppléance des autres parties du système réticuloendothélial : les résultats obtenus par splénectomie ne permettaient pas de le dire, mais les tests de séro-protection appliqués chez L'15 et L16 permettent d'affirmer que parmi ces facteurs extraspléniques une part importante est due à des facteurs humoraux.

6. Recherche de l'influence éventuelle de la saignée et de la splénectomie. Notre expérimentation est encore trop peu importante pour aboutir à des conclusions fermes. Cependant nous pouvons déjà indiquer les résultats suivants :

— Nous avons recherché si la saignée abondante qui ser-

vait à recueillir le sang d’un rat ne faisait pas fléchir à elle seule le pouvoir protecteur du sérum de cet animal dans les jours qui suivent, Cette expérience préliminaire était indispensable car, si l'on veut juger l'action éventuelle de la splénectomie il faut d’abord s'assurer que la seule prise de sang ne provoque pas de modification. Cette recherche a été faite sur 2 rats (expérience 7), et nous avons constaté que, trois semaines après une prise de sang importante (2 ec environ), le pouvoir protecteur du sérum s'était maintenu sans changement chez un animal el avait considérablement baissé chez l’autre. Il faudra certes répéter ces expériences, ne serait-ce que pour apprécier la fréquence de cette baisse, faire la part-de ce qui revient à la saignée ou au temps. ;

— Nous avons aussi étudié l'influence éventuelle de la splénectomie, pour essayer de comprendre le mécanisme. éventuel de la rechute après ablation de la rate. Deux rats hyperimmuns (S4 et 317, expérience 7) chez lesquels la splénectomie n'avait pas provoqué de réveil du paludisme (sur les frottis sanguins on ne décela aucun hématozoaire pendant les 50 jours qui suivirent l’ablation de la rate), n’ont montré aucune baisse du pouvoir protecteur 19 jours après la splénectomie. Il faudra évidemment répéter ces recherches sur un plus grand nombre d'animaux pour en déduire des conclusions plus fermes.

S II. — La phagocytose.

La phagocvtose s'avère dans tous les paludismes comme un phénomène de premier plan. Les plus anciennes observations reconnaissaient son importance, telles celles de GoLar (1886), de MercaniKorr (1887) et, depuis, l’on a «démontré de façon certaine que des macrophages phagocytent des globules rouges parasités, des parasites libres, du pigment malarique et autres débris malariques » [76].

Chez le rat infecté par P. berghei, on retrouve également ces phénomènes de phagocytose. Macroscopiquement, la rate est augmentée de volume ; elle triple ou quadruple son poids et même davantage. Histologiquement, on constate une réaction réticuloendothéliale importante dans le foie et la rate. Sur frottis d'organes, on observe constamment, — dans le foie surtout, dans les poumons, la rate, la moelle osseuse ——, de très nombreuses images de phagocvtose : les macrophages contiennent des grains de pigment, et souvent des hématozoaires libres

et des globules rouges, mais l’on ne voit pas de globules rouges parasités à l'intérieur de cellules phagocytaires. L'examen du sang montre quelquefois, à la phase maxima de la parasitémie, des monocytes contenant quelques grains d'hémozoïne ou des plasmodies [49, 35].

Nous allons insister plus particulièrement, dans cette étude de la phagocytose, sur des expériences réalisées avec G. Faprant, qui mettent en évidence la phagocytose des parasites en étudiant le comportement des hématozoaires de réinoculation dans la cavité péritonéale de rats guéris [42].

L'inoculation de globules rouges parasités par P. berghei dans le péritoine du Rat blanc détermine régulièrement l’infection sanguine ; en recourant à l'injection de quantités massives d'hématozoaires, nous avons pu Constater que les hématies parasitées inoculées traversent la séreuse et peuvent être ensuite décelées dans le sang où les plasmodies se multiplieront. On sait aussi que le rat guéri d’une infection première est ensuite résistant à des réinoculations. Maïs, si l’on recourt à une inoculation d’une quantité très importante de globules rouges parasités dans le péritoine d’un rat immun, on observe que la traversée péritonéale est plus faible, plus brève et peut même manquer. N'’étudiant ici que le passage des globules rouges parasités à travers la séreuse, nous ne citerons pas le chiffre global de la parasitémie mais uniquement celui des hématies polychromatophiles parasitées, en ne tenant pas compte des hématozoaires jeunes qui proviennent de Ja multiplication des parasites introduits :

Rats Hématies polychromatophiles parasitées provenant du rat «donneur » et décelées dans le sang périphérique du «receveur »

(p. 10.000 GR)

: lire 3 h. 6 h. 15h. 24 h.

181 (neuf) 2 9 10 7 0 170 (immun) 2 6 4 0 0 33 (immun) 0 0 0 0 0

Quel a donc été le sort des hématozoaires introduits dans le péritoine ? Par quel mécanisme ont-ils été arrêtés ou détruits ? On peut, dans cette cavité relativement elose qu'est le péritoine où les hématies parasitées persistent assez longtemps, étudier les processus immunitaires, en particulier l'intervention possible des deux facteurs — cellulaire et humoral — qui ont été tous deux invoqués pour expliquer l’immunité antimalarique.

Il est donc possible de rechercher s'il y a arrêt de la multiplication des Plasmodies, altération morphologique traduisant une influence humorale néfaste, ou même s’il y a lyse et production d'un véritable phénomène de Pfeiffer : on peut observer sil y a phagocvtose rapide et importante. C'est ce que nous avons récherché avec G. FaBranr [42].

Première expérience.

Deux rats hyperimmuns (rats guéris de l'infection première dont l'immunité a été renforcée par plusieurs réinoculations: ont reçu dans la cavité péritonéale une quantité importante de globules rouges parasités (plusieurs centaines de millions) dans un volume égal d'eau citratée, en même temps qu'un troisième rat, neuf, qui servait de témoin. Un quatrième rai, hyperimmun, recevait une quantité équivalente de globules rouges normaux. La sérosité péritonéale à été recueillie à la 4 et 6 heure par ponction. puis à la 22 heure ; il a été alors nécessaire de faire une laparatomie pour obtenir une quantité suffisante de sérosité. Des frottis ont été pratiqués et colorés par la technique habituelle (May-Grunwald, Giemsa).

A Ja 4% et 6° heure, les résultats sont identiques chez les trois animaux avant reçu des hématozoaires. Les hématies normales ou parasitées sont libres, non agglutinées ; il n’y a pas d’altération morphologique des plasmodies. On n’observe que de rares macrophages, sans image de phagocvtose de globules rouges ni d’hématozoaires.

A la 22% heure, chez les deux premiers rats, réaction macrophagique intense, avee nombreuses images de phagoeytose : on voit à l'intérieur des cellules phagocytaires des rosaces, des mérozoïtes isolés et des hématies normales non parasitées ; les images de phagocytose d'hématies parasitées sont très rares. Par contre il nv a aucune altération morphologique des hématozoaires ; entre les macrophages, les hématies normales ou parasitées sont intactes et ne sont pas agglutinées ; dans les globules rouges, les hématozoaires apparaissent intacts ; il y à de nombreuses rosaces. Signalons aussi une importante réaction fibrineuse et la très grande rareté des leucocytes éosinophiles.

Chez le troisième rat (animal neuf, ayant reçu une injection de globules rouges parasités), les hématozoaires ont la même apparence normale. Les macrophages sont peu nombreux et il n'y à que peu d'images de phagocytose d'hématies normales : les hématozoaires ou les globules rouges parasités ne sont pas

phagocytés. Les leucocytes éosinophiles sont nombreux. Il n'y à pas de réaction fibrineuse.

Enfin l'examen de la sérosité péritonéale du rat hyperimmun ayant reçu l'injection de globules rouges normaux ne montre qu'une faible quantité de macrophages ; quelques hématies sont phagocytées ; les éosinophiles sont nombreux ; il n'y a pas de réaction fibrineuse.

Deuxième expérience.

Pour essayer de provoquer une phagocytose plus intense ou plus rapide, nous avons préparé le péritoine en injectant 3 ce de bouillon peptoné stérile dans le péritoine de deux rats hyperimmuns et d'un rat neuf. L'inoculation de globules rouges parasités a été pratiquée 18 heures plus tard. La sérosité péritonéale a été prélevée # heures et 24 heures après l’inoculation.

A la 4 heure, on voit dans la sérosité péritonéale des rats hyperimmuns : nombreux polvnuceléaires et macrophages en quantité sensiblement égale : quelques images de phagocytose d'hématies normales par les macrophages seulement : réaction fibrineuse importante : il n'y a pas de leucocvtes éosinophiles. Chez le rat neuf, il y a aussi beaucoup de polynucléaires neutrophiles, mais peu de macrophages, pas d'images de phagocytose, pas de réaction fibrineuse, nombreux leucocytes éosinophiles.

A la 24 heure, il y a encore des polynucléaires et des macrophages chez les trois animaux, mais les hématozoaires sont devenus très rares.

La réaction matrophagique a donc été, dans cette expérience. comparable à celle de l'expérience précédente. Les différences observées consistent en une plus grand rapidité de la réponse cellulaire et de la diminution du nombre des parasites, et en une forte leucocytose polynucléaire locale, qui ne semble pas intervenir dans la destruction des parasites.

Discussion. — Ces expériences montrent que les parasites introduits dans la séreuse péritonéale du rat immun ne sont pas lvsés, ne présentent pas d’altérations morphologiques et que l'évolution schizogonique se poursuit au moins pendant plusieurs heures. Nous n’avons même pas observé d’agglutination des hématies (l'addition de citrate de sodium l’a peut-être gênée). À ce résultat négatif s'opposent deux constatations positives chez l'animal immunisé : la-réaction macrophagique et la phagocytose. Ces phénomènes, dont il faudrait dans des expériences ultérieures

préciser les modalités, sont très nets et importants. Ils expliquent que les hématies parasitées introduites par voie périto-

néale ne passent qu'en petit nombre dans le sang et pendant

quelques heures seulement, et que cette traversée péritonéale puisse même manquer. Ils démontrent la réalité du processus phagocvtaire et son intervention dans l’immunité que le Rat acquiert contre P. bergheï. Rappelons que lors de la crise ou du déclin de l'infection aiguë nous avons observé, dans la rate et surtout dans le foie, de nombreuses images de phagocytose d'hématozoaires. et aussi d’hématies libres [35]. Ce mécanisme phagocytaire a été mis en évidence dans le cas d’autres paludismes, simiens ou aviaires, et W. H. Tazrarerro et CANNoN en ont fait une étude approfondie ; ces auteurs ont aussi insisté sur cette réaction macrophagique que nous retrouvons dans le cas de l'infection à P. berghei, et ils ont montré que le système macrophagique répond immédiatement lors des surinfeetions [9, 75, 76, 82]. Signalons aussi cette phagocytose des hématies normales, que A. ZuckERMANN a minutieusement étudiée chez les Oiseaux [101.] Sans discuter ici son mécanisme, soulignons seulement la conséquence qu’elle peut avoir : elle est probablement en grande partie responsable de cette anémie intense et rapide qui se produit chez le Rat impaludé [35] et que ne peul expliquer la seule destruction des hématies parasitées.

Cette étude de la sérosité péritonéale présente donc une épreuve d'immunité, qui a le mérite d’être aisée, d'interprétation facile et de montrer l'importance de la réaction cellulaire.

Ces faits ne sont pas en contradiction avec le rôle des humeurs dont nous avons démontré l'existence dans les pages précédentes. Ce pouvoir protecteur du sérum d'animaux immuns agit done essentiellement en favorisant la phagocytose. L'intervention d'une telle action opsonisante a déjà été démontrée dans d’autres infections plasmodiales (CoGGEsHALL et KumM, TALIAFFRRO, ZUCKERMANN,...).

Nous signalerons aussi les premières constatations qu'il nous à été donné de faire — bien que l'étude en soit pour l’instant à peine ébauchée — relatives à la réaction macrophagique péritonéale, dans le cas du transfert passif de l'immunité par injection de sérum hyperimmun dans la cavité péritonéale du jeune rat neuf. Des rats de 50 grammes reçoivent en injection intrapéritonéale 1 ce de sérum une heure avant impaludation ; cette dernière est réalisée au moyen d'un inoculat infectant contenant plusieurs centaines de millions de globules rouges parasités. 24 heures après l’impaludation, on fait un prélève-

; ee

. ment, par laparatomie, et un examen microscopique de la sérosité. Notre expérimentation porte sur un lot de 7 animaux neufs de 50 grammes, dont 5 reçoivent du sérum hyperimmun et 2 du sérum normal ; les globules rouges parasités, qui servent à l'impaludation, sont lavés à l’eau citratée pour éliminer le plasma et donc les facteurs humoraux qui se trouvent dans le sang de l'animal chez lequel est prélevé l’inoculat infectant. La lecture des frottis ne montre pas de lvse des parasites, ni d’altération morphologique de ceux-ci ;: les hématozoaires au contraire se sont développés normalement comme l'indique la présence d'assez nombreuses rosaces, qui contiennent une proportion normale de mérozoites. La réaction macrophagique est importante chez tous les animaux. La phagocytose, semblable à celle que nous venons de décrire, est plus marquée chez les animaux qui ont reçu du sérum hyperimmun. Le sérum hyperimmun provoquerait done une phagocytose plus importante.

Ces deux grands processus, cellulaire et humoral, de l’immunité interviennent done dans le paludisme comme dans la majorité des maladies infectieuses.

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