I. —— Réalité du pouvoir protecteur
Ces diverses expériences mettent en évidence un pouvoir
protecteur dans le sérum du rat immun et hyperimmun : un iel
sérum a en effet la propriété de ralentir le développement de
l'infection, dans les conditions que nous venons de voir. Ce phénomène a été mis en évidence chez le rat adulte et chez le jeune animal de 50 grammes.
a) Mise en évidence chez le rat adulte (Expériences 1 et 2).
expérimentation sur le rat adulte, avec des injections quotidiennes de sérum provenant d'animaux immuns où hyperimmuns, pendant plusieurs jours, révèle l'existence d’un pouvoir protecteur si l'on compare la parasitémie observée chez le rat ainsi traité avec celle que présentent les témoins inoculés seulement avec du sérum de rats neufs. Le faible degré de parasitémie obtenu durant les 5 ou 6 premiers jours chez les sujets d’expérience contraste nettement avec l'agéension de la courbe d'infection des animaux témoins. L'étude de la courbe parasitémique montre en même temps les limites de cette séro-protection ainsi réalisée : malgré ce traitement avec du sérum immun, la parasitémie s'élève finalement, tout en restant plus diserète que chez les témoins et ne durant pas davantage.
b) Mise en évidence chez le rat jeune. L'animal au poids voisin de 50 grammes permet — avantage sur l'adulte — de juger du pouvoir protecteur en utilisant une injection unique de sérum, sous un volume facilement obtenu. Sans sacrifier l'animal, il est en effet aisé de prélever par ponction cardiaque une quantité de sang suffisante pour fournir 1 ce de sérum. L'existence d’un pouvoir protecteur est établie alors en tenant compte non pas seulement de la parasitémie (suffisante à elle seule dans certains cas), mais aussi de la réticulocytose. L’établissement du taux de cette dernière est absolument essentielle dans les cas où la parasitémie atteint un degré voisin chez le rat en expérience et chez le témoin : le parasitisme de tous les réticulocytes chez le témoin alors qu’un nombre appréciable de réticulocytes ne contient pas de plasmodies chez le séro-protégé, montre que le sérum possède des facteurs qui empêchent l'hématozoaire d'attaquer ces globules rouges jeunes si électivement sensibles à son attaque.
IT. Conditions et technique de mise en évidence du pouvoir protecteur.
Lorsque l’on utilise l'injection unique de 1 ce de sérum, certaines conditions sont de préférence à réaliser pour obtenir une mise en évidence plus facilement appréciable du pouvoir protecteur. Elles concernent le poids.de l'animal, le moment de l'injection du sérum, l’inoculat infectant.
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a) Poids de l'animal. 1 est préférable d'employer un rat jeune, d’un poids de 50 grammes. Ceci présente. un double avantage : d’une part le centimètre cube de sérum utilisé, qui en lui-même est un volume bien faible, devient une dose importante eu égard à la faible masse sanguine du petit animal ; d'autre part chez le jeune rat, dont le taux des globules rouges immatures est déjà à l'état normal souvent plus élevé que chez l'adulte, l'augmentation de la réticulocvtose est facilement obtenue. |
b) Le sérum à éprouver. Le sang est prélevé par ponction cardiaque faite, sur l'animal anesthésié à l'éther, avec une aiguille de 6/10 à biseau court. Le sérum est injecté par voie intrapéritonéale à la dose de 1 ce pour 30 grammes de poids.
Le moment de l'injection est important. Dans nos expériences, nous avons constaté que les résultats sont peu nets lorsque je petit rat reçoit le sérum 24 heures après son impaludation (expérienee 3) ; avee cette technique, la parasitémie reste importante et seule la présence d’une forte proportion de rétieulocytes non parasités signe l'existence d’un pouvoir protecteur, Au contraire, lorsque l'injection de sérum précède d'une heure environ l’inoeulation d'hématozoaires, l'élévation de la courbe de parasitémie est très visiblement ralentie pendant 1 à 3 jours dans les cas où existe un pouvoir protecteur marqué (#0, 441, 412, 413, 418, S 211, S 210, S 209, S 208, S 207) ; si ce dernier est plus faible, l'étude de la réticulocvtose permet alors de le déceler (416, 417, S 205, S 206, :S 212).
Il nous semble done recommandable d'injecter le sérum une heure avant l’impaludation.
ce) L'inoculat : quantité el qualité. Le nombre d'hématozoaires à employer pour chaque petit rat de 50 grammes doit être assez grand pour provoquer une parasitémie appréciable dans les 2% heures et point trop important sinon le pourcentage, dans le sang, des hématies parasitées est si fort après un jour qu'il risque d’abolir toute différence entre les animaux en expérience et leurs témoins. C’est ainsi que les 40 millions de globules rouges parasités utilisés dans l'expérience 5 ont provoqué chez 3 animaux sur # (415, 416, 417) une parasitémie aussi impor: tante que chez le témoin. Avec 30 ou 20 millions (expériences 4 et 6) les écarts entre la parasitémie du rat avant reçu le sérum à tester et celle du rat témoin sont bien nets ; cependant avec 90 millions l'écart n'est manifeste qu'à partir de 24 heures, avec 30 millions dès la 18° heure. La dose optima infectante à utili-
ser nous paraît done être entre 20 et 30 millions de globules rouges parasités.
La qualité de l’inoculat a elle aussi son importance. Dans l'expérience 8, le sang infectant avait été prélevé chez un rat au stade de crise (state IIT) ; le témoin n'avait présenté entre le 4* et le 2% jour qu'une faible élévation de sa parasitémie, en dépit de la présence d’uné importante réticulocvtose ; nous attribuons ce phénomène à la présence, dans le sérum du donneur au stade de crise, d’un pouvoir opsonisant. Pour éviter ce phénomène, on choisira done un inoculat prélevé chez un animal en début d'infection, alors que les anticorps opsonisants n'ont eu encore le temps de se développer ; à défaui, il suffirait peutêtre de laver les hématozoaires prélevés au stade IIT, pour éliminer le plasma.
d) Appréciation du pouvoir protecteur. Nous recherchons le taux de la parasitémie à la 18°, 24° et 48 heure, puisque c'est le délai pendant lequel peut se manifester un écart entre le degré d'infection sanguine de l'animal testé et celui du témoin : le pouvoir protecteur du sérum est en effet temporaire et bref. L'intérêt d'un frottis sanguin à la 18 heure vient de ce que le pourcentage de globules rouges parasités reste souvent sans changement entre la 18° et la 24° heure quand l'animal est protégé, ou même baisse durant cet intervalle de temps (ef. par exemple expérience 6), alors qu’il monte de façon appréciable chez le témoin. Dans certains Cas «limites » l'absence d’ascension de la parasitémie entre la 18° et la 24° heure chez le jeune rat qui a reçu le sérum à éprouver, alors que la parasitémie augmente chez son témoin, peut déceler un faible pouvoir protecteur (vg. rat 416 de l'expérience 5).
Il est utile de suivre en même temps le taux de la réticuloeytose sanguine ; la connaissance de cette dernière est même parfois indispensable pour interpréter les résultats obtenus.
En effet, l’action protectrice du sérum est parfois bien évidente : l'animal présente une parasitémie nettement plus faible que le témoin (et il y a dissociation parasito-réticulocytaire, c’est-à-dire présence d’une forte proportion de réticulocytes non parasités). Exemple : les animaux de l'expérience 4. Il y a par contre des cas où, à simple lecture de la parasitémie, on pourrait contester l'existence d’un pouvoir protecteur. Dans ces cas litigieux, on doit recourir, pour le diagnostic, à la réticulocytose. Parasitisme de toutes les hématies immatures chez le témoin, nombreux réticulocytes libres chez l'animal en expérience sont
(à parasitémie égale chez l'un et l’autre rat) la signature de l'existence d'une protection faible mais certaine. L'étude de la réaction macrophagique observée dans la sérosité péritonéale, après 24 heures, nous a aussi permis, dans le cas de l'animal 436 (ce fut le seul animal chez lequel nous avions recherché ce phénomène), d'observer une plus forte réaction macrophagique chez l’animal en expérience que chez son témoin.
Et si l’on compare les résultats obtenus avec nos divers sérums, ces premières expériences semblent montrer (mais il faudrait une expérimentation plus étendue pour pouvoir l’affirmer absolument) qu'il serait possible de distinguer des degrés dans le pouvoir protecteur. C'est ainsi que l’on à eu un pouvoir protecieur très faible avec des sérums prélevés chez des ani. maux au stade IV (rats 403 et 404 de l'expérience 5), plus net chez les immuns (vg. rats L15, L'16 de l'expérience 8), très net chez les hyperimmuns.
e) En résumé. Ces expériences de séro-protection fournissent un test qui permet de réaliser en 48 heures la recherche d’un pouvoir protecteur dans le sérum. La quantité de sérum nécessaire (1 ec) est suffisamment faible pour être obtenue assez aisément par simple ponction cardiaque, sans sacrifier l'animal. La technique la meilleure nous semble être d'utiliser des rats de 50 grammes, recevant dans leur cavité péritonéale 1 ec du sérum à étudier puis, une heure après, 30 millions de globules rouges parasités prélevés chez un animal en début d'infection. : l'examen de la parasitémie et de la réticulocytose se fait à 18, 2%, 48 et éventuellement 72 heures. La protection se manifeste par un taux plus faible de parasitémie (durant À à 3 jours), -avec dissociation réticulo-parasitaire, ou par une simple dissociation réticulo-parasitaire, ou quelquefois se borne à une réaction macrophagique plus importante dans la sérosité péritonéale (cette réaction de la séreuse péritonéale est étudiée plus en détail infra) ; l'importance de la protection peut sans doute permettre d'établir des nuances entre la richesse en anticorps des divers sérums, suivant que la parasitémie reste basse plus ou moins longtemps, ou que seule la réticulocytose ou l'étude de la sérosité péritonéale prélevée après 24 heures manifestent la différence de comportement, en face de l'agression parasitaire, de l’animal qui a reçu du sérum et de son témoin.