Mécanisme de l'immunité acquise
Nous avons retrouvé chez le Rat des modifications cellulaires et humorales mises en évidence dans d’autres paludismes, qui expliquent par quels mécanismes le Rat lutte contre les hématozoaires parasites.
a) Au point de vue cellulaire. Le rôle important de la phagocytose des parasites dans limmunité acquise est montrée. — sans parler de l'augmentation du volume de la rate et des images de phagocvtose observées dans les différents organes, en particulier le foie et la rate —. par les phénomènes observés lorsque l'on supprime une partie importante du système réticuloendothélial par spléneetomie {absence de guérison chez l'animal splénectomisé avant ou en cours d'accès de primo-infection, rechutes provoquées par splénectomie).
b Au point de vue humoral. Cependant, la diminution progressive de l'importance de Ia rate dans les semaines qui suivent la fin de l'accès de primo-infection, ou bien lorsque l'animal est devenu hyperimmun par réinoculations répétées, peut être atiribuée soit à une suppléance progressive de la rate par d'autres éléments du svstème réticulo-endothélial dans leur action macrophagique, soit à une augmentation de facteurs humoraux, soit aux deux à la fois.
Nous avons pu mettre en évidence l'existence de facteurs humoraux en réalisant d'abord une séro-protection partielle. puis en montrant (au moyen de ce que nous appelons le «test péritonéal ») que des opsonines existent dans le sérum d’hyperimmuns.
La valeur protectrice. partielle et temporaire, du sérum d'animal immun ou hyperimmun, telle que nous l'avons exposée dans un chapitre précédent, manifeste des caractères qui sont communs avec ceux que l'on trouve dans d'autres paludismes :
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“= nécessité d'employer de très fortes quantités de sérum (done faible proportion de principes actifs dans le sérum);
— l'effet protecteur est plus marqué lorsque. l'animal est hyperimmun que lorsqu'il est simplement immun ; COoGGESHALL et KumM remarquaient que par surinfection ils augmentaient le pouvoir protecteur de limmun-sérum.
Au sujet de la nature des anticorps antimalariques, le test de séro-protection chez le Rat fournit aussi une indication qui constitue une preuve indirecte de l’existence d’opsonines spécifiques. On sait en effet que, dans le mécanisme de cette séroprotection, on attribue un rôle important à des iso-opsonines qui agiraient sur les globules rouges normaux aussi bien que sur les globules rouges parasités. Et dans les paludismes aviaires, où l’on ne voit pas d’affinité pour les globules rouges immatures, la diminution des globules rouges mûrs (que provoquent ces iso-opsonines) aiderait à la diminution de la parasitémie, C’est ainsi que Corrin écrit : « Une destruction mar- « quée de globules rouges existe dans les paludismes aviaires «et semble aider en réduisant la parasitémie. Ainsi, si des glo- « bules rouges frais sont injectés, la parasitémie se maintient « (Ricpon et Vanrnanos, 1945 ; Becker et Marousex, 1949) et, « réciproquement, si on administre des substances hémolytiques «au cours de la parasitémie à des sujets humains (Loranr, « 1946) ou à des Singes (Cruz, 1949), la parasitémie est « écourtée » [12]. Or, chez le Rat, loin d’avoir une affinité pour le globule rouge mûr, le parasite a un tropisme pour les hématies immatures ; si le sérum contenait des anticorps actifs principalement contre les globules rouges (même ‘non parasités), l'anémie produite provoquerait (par l'appel de réticulocytes qu'elle engendrerait) un haut degré de parasitémie : ce qui n'est pas le cas, puisque nous réalisons expérimentalement avant impaludation une anémie (par ponction cardiaque) et une augmentation de la réticulocytose (par vitamine B 12) et pourtant la protection persiste. Il semble donc qu'à côté des Isoopsonines postulées dans les autres paludismes (et existant peut-être dans l'infection à P. berghei), le test de séro-pr'otection montre que dans le sérum de Rat hyperimmun il y ait des anticorps dirigés spécialement contre le parasite ou contre le globule rouge parasité. À
L'intérêt de ce test de séro-protection chez le :Rat apparait certain si l'on considère ce que disait W. H. TALHAFERRO au IV: Congrès International de Médecine Tropicale et du Paludisme : « The protection test has been perfected for only. a few
infections and in monkeys is too expensive and unwieldly » (le test de séro-protection n’a été réalisé que pour un petit nombre d'infections et chez les Singes il est trop dispendieux et peu maniable) [84].
Par le «test périlonéal» (c'est-à-dire par l'étude microscopique de la sérosité péritonéale après injection de quantités massives d'hématozoaires chez l'animal immun ou hyperimmun) nous avons mis en évidence in vivo une action opsonisante du sérum. En même temps nous éliminions lexistence d’une Ilysine (qui aurait pu expliquer les formes de souffrance) puisque les hémalozoaires injectés ne manifestent pas de changement dans leur vitalité, leur croissance, leur taux de reproduction fles rosaces ont un nombre de mérozoïtes normal). Ainsi se retrouve dans le paludisme du Rat ces opsonines, découvertes in vitro par Zuckermanx (au moyen de macrophages poussant en cultures de tissus), qui semblent jouer un rôle si important dans limmunité acquise. C'est par elles, probablement, qu'est provoquée cette augmentation intense de la phagocytose dans l’immunité acquise; ne trouve-t-on pas d'ailleurs — dans d’autres paludismes — que de meilleurs résultats de séro-protection sont obtenus lorsque l'on active préalablement le système lympho-macrophagique (Muzziean et coll.) ? Et l’on comprend que, dès avant la découverte des opsonines, plusieurs auteurs aient émis l'hypothèse que la grande augmentation de la phagocytose, lors de limmunité acquise, est due à la présence d'opsonines [84].
L'existence d’une protection d'origine maternelle chez le jeune Rat né de femelle impaludée et nourri par elle est encore une confirmation du rôle des anticorps dans l’immunité.
A côté de ces anticorps spécifiques, jouent aussi probablement des facteurs non immunologiques. C’est ainsi qu'avec P. lophurae, Riapox et Mc Cain pensent que le déclin parasitaire est dû non seulement à des facteurs immunitaires mais aussi à des modifications physio-pathologiques telles que la diminution des hématies mûres, qui sont parasitées électivement par cet hématozoaire, et à une augmentation de CO* plasmatique. De même, dans Pinfection à P. berghei, les variations de la réticulocytose sanguine interviennent aussi pour aggraver où réduire la parasitémie. Mais comme l'écrit W.H. TALIAFERRO : « Il faut garder à l'esprit que les hauts degrés d'immunité à la surinfection persistent durant de longues périodes de latence, alors que plusieurs — sinon la totalité — de ces conditions non immunologiques sont retournées à la normale » [84].
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C. — INTÉRÊT DU PALUDISME pu RAT POUR LES RECHERCHES IMMUNOLOGIQUES.
Les discussions précédentes montrent l'intérêt que présente, pour l’immunologiste, le paludisme du Rat. Grâce à lui, il est possible d'étudier le paludisme d’un Mammifère chez lequel l’expérimentation est facile.
Certes, il est des limites aux renseignements que ces recherches peuvent fournir. Elles sont dues à l'intrication des cycles d'hématozoaires, ce qui entraîne l'absence d'accès disciplinés, et au fait qu'il s'agit d’un paludisme d'inoculation dans lequel les formes exo-érythrocytaires n'interviennent pas. Cette dernière difficulté pourra être surmontée puisque l’on vient de réaliser la transmission du Plasmodium au Rat par l'intermédiaire d’anophèles.
Ceci posé, les particularités de l’immunité qui s’installe rapidement après une infection aiguë sévère méritent d'être retenues : cette immunité est mesurable avec précision, elle est durable et forte puisque seule la splénectomie la fait fléchir ; enfin, dans le résultat global qu'elle représente, il est possible de distinguer, et de faire varier séparément, la réceptivité naturelle et la résistance acquise. Du point de vue immunologique, le paludisme du Rat occupe une position intermédiaire entre, d’une part, celui de Rongeurs (mérions adultes, Cotton rat) où le Plasmodium se montre très peu virulent, ne donnant qu'une parasitémie très faible et’brève [71, 25, 60, 61], du Lapin, où l’immunité naturelle est très forte et presque insurmontable [24] et, d'autre part, celui de la Souris qui n'arrive pas à maîtriser l'infection.
Les caractères communs de toutes les infections plasmodiales s'observent dans le paludisme du Rat, mais avec des modalités particulières, car s’il intervient toujours des phénomènes comparables, leur mise en œuvre, leur intensité, leurs caractères varient selon l’espèce plasmodiale et même selon l'hôte parasité. Et nous faisons nôtres les conclusions très sages de A. CORRADETTI : « Il est impossible d'étendre par analogie à d’autres plasmo- « dies les constatations faites chez une d'entre elles » [16].
Mais au delà des différences spécifiques, nous retrouvons, dans ce paludisme des Rongeurs, les processus immunologiques communs à toutes les infections microbiennes, bactériennes et parasitaires ; et c’est ce qui nous semble être le grand intérêt de ces recherches.