‹ Etude de la Floculation du Sérum des Cancéreux par les Méthodes de Vernes: Travail du Centre anticancéreux de Bordeaux et du Sud-OuestChapitre 8 sur 43 · ET L’'APPARITION DU CANCER · texte numérisé non relu

ET L’'APPARITION DU CANCER

« La cancérologie s’est limitée longtemps à l’étude du néoplasme pris isolément, en ignorant totalement le malade qui en était porteur... Et cependant le porteur de la tumeur est le milieu qui a permis l’éclosion et le développement du néoplasme, et cette notion du milieu, du terrain cancérisable, de réceptivité individuelle comme on l’appelle aussi, prend de plus en plus d'importance dans la pathogénie de l'affection. »

Aiïnsi débutent dans leur article du Bulletin de l Association française pour l'Etude du Cancer, Reding et Slosse, lorsqu'ils traitent des « Caractères généraux de l’état cancéreux et précancéreux ». C’est donc vers l’étude du milieu que s’orientent les recherches modernes sur la pathogénie de cette affection, à laquelle nous nous sommes intéressé dès le début de nos études médicales.

Les troubles manifestes de l’état général survenant chez les cancéreux avancés ont amené à considérer le cancer, évoluant dans le temps, comme une maladie primitivement

locale, devenant ensuite une maladie générale. Pour d’autres auteurs, la cancérose est une maladie générale, se manifestant d’abord localement, puis les troubles de l’état général apparaissent lorsque l’évolution est assez avancée. Dans cette dernière hypothèse apparaît déjà nettement le rapport intime de l’état général, c’est-à-dire du terrain avec l’éclosion de la tumeur.

Un pas de plus à franchir, et la conception de l’état précancéreux se fait jour. Un néoplasme ne peut avoir de chance d’apparaître et d’évoluer que sur un terrain favorable. Si la conception de ce terrain est logique, il reste à en déterminer la nature.

Le cancer, maladie strictement locale, pourrait être la maladie d’un seul sujet. Maladie générale, il peut logiquement réagir sur la descendance de ce sujet. Il se trouve ainsi lié à l’hérédité, et des faits cliniques et expérimentaux paraissent nettement favorables à cette conception. Nous en donnerons brièvement trois exemples.

Chez l’homme, en trois ou quatre générations, on voit 20 à 30 % des membres d’une même famille être atteints de gliomes de la rétine, qui sont des tumeurs assez rares dans l’espèce humaine. Il y a là une preuve assez démonstrative.

Chez lanimal, Maud Slye à su créer, en particulier chez la souris, une race dont toutes les femelles meurent, du seul fait de l’hérédité, de cancer de la mamelle.

La possibilité de produire un cancer, par applications locales et répétées de goudron, paraîtrait démontrer l’indépendance de lapparition du néoplasme de tout état de réceptivité individuelle. En réalité, à l’irritation locale est jointe une intoxication modifiant le terrain et créant un état de réceptivité, non pas strictement locale, mais générale.

L'intérêt de l'étude du terrain chez les néoplasiques paraît donc évident, soit dans un but diagnostique, soit dans un but thérapeutique surtout, pour modifier ce terrain si possible. Chez les sujets non néoplasiques, cette étude peut être tentée dans un but pronostique, et ce, chez des sujets, en particulier, dont l’hérédité est lourdeemnt chargée au point de vue cancer. Si chez un tel sujet le terrain était trouvé favorable à l’éclosion ultérieure d’un cancer, il serait du plus vif intérêt de chercher à le modifier dans un but prophylactique. Il en serait de même, à plus forte raison, chez un sujet porteur d’une tumeur bénigne, qui risquerait, le terrain aidant, d'acquérir des caractères de malignité.

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