CONCEPTION DE L’ÉTUDE DU TERRAIN CANCÉREUX
OU PRÉCANCÉREUX
Comment concevoir cette étude du terrain chez les sujets cancéreux ou non ? Nous en avons vu les indications et Putilité, il convient d’en rechercher les moyens et d’interpréter les résultats.
Les moyens à notre disposition sont ou cliniques, ou le résultat des méthodes de laboratoire. Les premiers sont des moyens directs; ils résultent de l'interprétation de nos sens, aidés ou non par des instruments, et de l’interrogatoire du malade, c’est-à-dire des constatations faites par les sens du malade lui-même. Les seconds, les méthodes de laboratoire, sont des moyens indirects; les éléments d’étude sont bien fournis par le malade, mais le caractère des recherches est forcément parcellaire, analytique. Néanmoins l’homme de laboratoire s’efforce toujours de synthétiser, afin de bâtir un système, qu'il projette dans les autres sciences, moyen commode d'explication.
SR de E —
Certes, les constatations cliniques nous sont du plus grand secours pour dépister le cancer, mais elles sont généralement incapables de nous renseigner sur la possibilité de l’apparition d’un néoplasme; et même dans beaucoup de cas un cancer déjà constitué ne se révèle par aucun signe clinique.
Des causes générales nous sont connues. l’âge adulte et la vieillesse ont en général le triste apanage du cancer. L’hérédité, comme nous l’avons déjà vu, joue aussi un rôle. Les conditions générales de vie voient se joindre à elles des prédispositions locales, que créent les irritations mécaniques physiques, chimiques et parasitaires ou microbiennes.
La voie est ouverte au chercheur dans le domaine des méthodes de laboratoire. Celles-ci se sont d’abord attaquées au mal local. Et les études anatomo-pathologiques ont servi de base à la classification des tumeurs. Elles ont voulu ensuite être plus que des moyens de classification, et prendre une valeur pronostique en s’orientant vers la recherche des indices de malignité des néoplasmes. Mais le champ des recherches s’est élargi. Les examens de laboratoire furent systématiquement pratiqués, notamment dans le domaine de l’hématologie, où la polynueléose passa longtemps pour un des signes généraux du cancer. Mais c’est incontestablement vers l’analyse physico-chimique du sang que s’orientent les recherches modernes: et il y a à cela deux ordres de raisons.
Les premières sont inhérentes à la physiologie du sang. Ce liquide, véritable milieu intérieur, est en contact permanent avec les tissus qu'il nourrit, et dans lesquels se développent les néoplasmes. La vie et le développement des cancers sont liés intimement à la nutrition des tissus, et par conséquent au milieu nutritif. D’autre part, les troubles locaux que les néoplasmes apportent dans les tissue retentissent sur le milieu qui les baigne. C’est donc dans
le sang que l’on doit trouver avec élection cause, s’il y a, ou tout au moins effet des néoplasmes.
Le second ordre de raisons qui militent en faveur de l'étude du sang, est tout différent. Il tient à la facilité avec laquelle on se procure ce liquide. Le traumatisme est minime, la douleur nulle, et la prise de sang est absolument sans action sur la tumeur, alors qu’on ne saurait toujours en dire autant d’une biopsie.
Nanti de ce liquide, l’expérimentateur, après étude des phénomènes qui accompagnent et suivent la coagulation du sang, pourra se livrer à toutes les recherches physiques, chimiques et biologiques dans le sérum transsudé; car c’est en définitive dans le sérum qu’il est expédient de se livrer à ces recherches.