‹ Étude de la glycérine et de ses applications pharmaceutiquesChapitre 5 sur 10 · IV. PaOPRIÉTÉS CHIMIQUES · texte numérisé non relu

IV. PaOPRIÉTÉS CHIMIQUES

La glycérine est neutre, peu altérable à l’air et décomposable par la chaleur. Lorsqu’en effet on la chauffe à 280", elle distille d’abord à peu près pure, puis ensuite elle perd les éléments de l’eau ; il se forme des composés volatils et à la fin de l’opération, si la température s’élève, il se dégage des vapeurs d’acroléine mélangées de gaz combustibles. Sous l’influencé des différents agents chimiques, elle donne lieu à un grand nombre de réactions intéressantes qui engendrent des produits très-nets. Nous allons jeter un coup d’œil sur cet ensemble de mélnmorphoses.

Notons d’abord la composition de la glycérine. On la représente généralement par la formule G®H®0®. Dans les

nouvelles théories, elle 3 ,pour expression ys O® cequi

veut dire qu’on la considère comme le produit de la substitution du radical propyle C®H® à 3 molécules d’hydro-

IP i

gène dans une molécule d’eau trois fois condensée jjajO® Écrite en poids atomiques la formule de la glycérine de-

(i) Cotte propriété que possède la glycérine de ne se congeler qu’à une très-basse température, a été mise à profit dans les compas liquides, sortes de boussoles marines, pour les soustraire aux effets de la congélation.

vient JP reviendrons plus loin sur ces for¬

mules, afin de voir dans quelle mesure elles s’accordent avec les faits etjusqu’à quel point elles peuvenlservir àen faciliter la l’eprésentation.

Aclîon des acides. Les acides chlorhydrique, brorahydrique, iodhydrique, contractent avec la glycérine des combinaisons neutres qui sont de véritables éthers simples. On les désigne sous les nomsdechlorhydrines, bromliydrines, iodhydrines. Selon qu’une, deux, ou trois molécules de chlore, de brome ou d’iode se substituent à une, deux ou trois molécules de IlO^dans la glycérine on a des mono, di ou trichlorhydrines, bromhydrines, iodhydrines, etc.

C‘H'0* + HCl = C'trClO* -f H‘0‘

glycérine mooocblorhyAriae

+ 2HC1 = C’H'Cl’O* = 2H*0*

diclilorhydrine

cnro* -f 3110 = G'’H“C.l« 4- 3H*0’,

ti'iclilorliydi'ine

C’est ainsi du moins, que la réaction se produit à utie température modérée. A une température plus élevée, à 200 ° par exemple, la glycérine se transforme par l’acide chlorhydrique fumant en matières ulmiques.

Les oxacides monobasiques se comportent avec la glycérine de manière à former des éthers composés, tels que des acétines, des butyrines, des stéarines, etc. La loi de formation de ces éthers composés, est la même que celle des précédents. Il y a combinaison de l’acide avec la glycérine avec élimination de une, deux ou trois molécules d’eau, selon qu’il s’agit de la production d’éthers primaires, secondaires ou tertiaires. Les travaux de M. Berthelet ont montré que les corps gras neutres naturels, sont justement des éthers tertiaires de la glycérine, c’est-à-dire, des produits résultant de la combinaison d’une molécule

de glycérine avec trois molécules d’acide gra§ monobasique, combinaison d’où sont éliminées trois molécules d’eau. Ainsi la stéarine est une tristéarine, l’oléine une trioléine, la palmiline une tripalmitine, etc.

CHW + -f 3H*0‘,

acide stéarique tristéarine

(stéarine naturelle)

Cette stéarine naturelle peut d’ailleurs se représenter par

Les oxacides polybasiques (acides sulfurique, lartrique, phosphorique, etc.) se combinent à la glycérine soit à 100% soit à froid et au bout d’un certain temps pour donner naissance à des produits conjugués, nommés par M. Berthelot acides glycérisulfurique, glycéritaririque, glycériphosphorique, etc.

L’acide sulfurique, chauffé au-dessus de 100" dans des tubes scellés, avec de la glycérine, la transforme en matières ulmiques, — L’acide oxalique, lui, offre une exception à la manière d’agir des acides polybasiques. Il se dédouble, sous l’influence de la glycérine et de la chaleur en acide carbonique et en acide formique (1),

AcUon des bases. — Les bases telles que l’oxyde de plomb, la chaux, la baryte, la strontiane se dissolvent dans la glycérine et s’y combinent. Le sodium forme en s’y dissolvant un composé analogue à l’élhylale de soude et il se dégage de l’hydrogène.

Action des matières oxydantes. — L’hydrate de potasse donne avec la glycérine, au-dessus de 200" un mélange de formiate et d’acétate, plus de l’hydrogène ;

(t) Il se forme par l’action de l’acide nitrique sur la glycérine des dérivés par substitution, entre autres la trinitroglycérin?, corps rempiquable par ses propriétés détonantes.

C'H'O" f 2KO= C‘H''KO‘ + G’HKO‘ + H‘.

glycérine acétate de formiate

potasse de potasse

L’acide nitrique à la température de l’ébullition produit avec la glycérine de l’acide oxalique, ou de l’acide glycérique, cela dépend des conditions. Quant aux agents d’oxydation faibles, tels que le tartratc cupro-potassique, la glycérine les réduit à peine.

Action (les iodures de phosphore. — En réagissant sur la glycérine, ils fournissent un iodure d’allyle G® H* I, ou éther allyliodliydrique, plus une petite quantité de propyléne. Avec cet éther ou propylène iodé on peut préparer l’alcool allylique G® II® O*, l’éther allyl-sulfhydrique ou sulfure d’allyle G® H* S et le sulfo-cyanure d’allyle G® H* Az* S. Ce dernier est l’essence de moutarde, le précédent l’essence d’ail. Ainsi, avec les substances grasses on peut arriver à former des essences naturelles. Il y a là une indication précieuse pour la physiologie végétale.

Action des ferments. — Mélangée àdu carbonate de chaux et à un ferment, à la température de 40°, la glycérine se décompose au bout de quelques semaines et il se forme de l’alcool ordinaire, de l’acide butyrique et de l’acide lactique. Il peutégalement se former dans celte fermentation de l’acide propionique. — Notons que sous l’influence de la fermentation le sucre donne naissance non-seulement à de l’alcool et à de l’acide carbonique, mais encore à de l’acide succiniquc et à de la glycérine (Pasteur).

V. — GoNSIDÉRATIOKS THÉOUlQUIîS SUR LA GLYCISHINE EX SES DÉRIVÉS.

Il résulte des faits et des considérations qui viennent d’être exposées que la glycérine est, un alcool triatomique. Ghaque alcool étant envisagé comme contenant un radical

particulier, le radical de la glycérine est le propylène. En disant que la glycérine est un alcool triatomique on veut marquer qu’elle a une capacité de saturation triple de celle des alcools monoatomiques. Tandis que ces derniers ne donnent naissance qu’à une classe d’éthers, tandis que les glycols ou alcools diatomiques peuvent en engendrer deux classes, les glycérines en engendrent trois. Selon que la glycérine s’empare d’une, deux ou trois molécules d’acide, ce sont, en effet, des éthers primaires, secondaires ou tertiaires qui se forment.

Les liens avec les alcools correspondants, mais d’une atomicité inférieure sont très-simples. Les formules suivantes les expriment :

Alcool propylique.G*H®0’

Glycol propylique (propylglycol). CH^O*

Glycérine ordinaire (propylglycérine). . . . CIPO'.

D’une manière générale il y a entre une glycérine et un alcool le môme rapport qu’entre l’acide phosphorique et l’acide azotique. Le premier qui est tribasique donne naissance à trois séries de sels : les phosphates, les pyrophosphates et les métaphosphates. L’acide azotique qui est monobasique, lui, ne donne qu’une seule série de sels avec une même base.

Tout de même que les trois séries de sels formés par l’acide phosphorique régénèrent ce dernier acide, sous l’influence d’un autre acide plus énergique, les trois séries d’éthers produites par la glycérine avec un même acide, régénèrent toutes la glycérine en se décomposant au contact de l'eau.

Néanmoins, quand la glycérine s’unit à un acide, de l’eau s’élimine, en sorte que les propriétés respectives de la glycérine et de l’acide deviennent en quelque sorte latentes, en ce sens du moins qu’il devient difficile, dans

le composé nouveau, soit de déplacer l’acide par un autre acide, soit de déplacer la glycérine par une autre base ou un autre alcool. Les décompositions directes et instantanées qu’on opère dans les sels proprement dits sont alors malaisées à effectuer dans les éthers de la glycérine.

Les chlorhydrines, entre autres, ne précipitent point par le nitrate d’argent, encore qu’elles renferment une notable quantité de chlore. 11 devrait pourtant s’y former du chlorure d’argent (1).

Nous le répétons, ces anomalies apparentes ne s’observent que dans l’absence de l’eau. Il suffit, pour décomposer les corps gras neutres ou éthers de la glycérine, de faire intervenir l’eau avec ou sans les alcalis, avec ou sans les acides.

La glycérine, quoique plus complexe, est plus stable que les alcools d’atomicité inférieure. On n’en saurait dire autant de ses composés, qui assurément se décomposeni sous tontes sortes d’influences assez faibles. Nous en avons donné déjà quelques exemples. On en trouvera d’autres au chapitre de la préparation.

Tout ce que nous venons de dire sur la glycérine ordinaire s’applique aux glycérines. Désormais ce mot de gly-

(I) C’est un lait général que la disparition des propriétés caracti’ristiques des différents corps simples lorsqu’ils sont combinés au carbone. Ce dernier élément semble river à lui les autres d’une manière si intime et si impérieuse, en quelque sorte, qu’il leur devient impossible de manifester, dans la plénitude de leur intégrité, leurs propriétés habituelles. M. Millon a le premier attiré l’attention surce fait, dont il prétendit se servir pour expliquer la nature des radicaux, qui seraient, d’après lui, des groupements devenus stables justemetït parce que le carbone, en vertu de son action prépondérante, y enchaînerait tous les autres éléments.

Dans les nouvelles théories chimiques, on explique les particularités du carbone par sa tétratomicité, c’est-îi-dire par une capacité de saturation, qui fait que les divers éléments réunis pour satisfaire à cette aflinité quadruple forment un seul système, un seul élément.

cérine devient un terme générique parfaitement défini. De môme qu'il y a plusieurs alcools, il y a plusieurs glycérines. Ainsi, on connaît une glycérine éthylique C^IPO'’ correspondant à l’alcool éthylique et au glycol

éthylique C^H“0*. — 11 est probable qu’on découvrira des glycérines correspondant l\ tons les alcools monoatomiques et à tous les glycols connus.

La glycérine, en vertu de ses affinités nombreuses, de sa capacité de saturation élevée et de sa fonction chimique même, peut donner lieu à la formation de nombreux composés dont nous avons indiqué quelques uns dans les pages précédentes. En voici l’énumération méthodique et la systématisation telles que les présente M. Bertlielot :

« La glycérine joue le rôle d’un alcool; par conséquent, elle doit fournir les catégories de dérivés qui suivent :

1“ Des combinaisons avec les acides, analogues aux éthers composés ;

2“ Des combinaisons avec les alcools, analogues aux éthers mixtes ;

3“ Des composés formés par déshydratation, analogues aux éthers simples et aux carbures d’hydrogène ;

li° Des combinaisons avec raiumoniaque, analogues aux alcalis éthyliques;

5“ Des combinaisons avec les hydrnres métalliques et des composés analogues aux radicaux métalliques composés ;

6 " Des composés formés par réduction, analogues aux carbures d’hydrogène ;

7“ Des composés formés par oxydation, analogues aux aldéhydes ;

8 “ Des composés formés par une oxydation plus profonde, analogues aux acides.

« Dans tous les cas, il suffit d’appliquer à la glycérine les diverses réactions que l’alcool ordinaire peut éprouver,

soit de la pari des acides, soit de la part des agents d’oxydation, de chloruration, de réduction, etc., pour en déduire, par une généralisation probable et régulière, la formation d’une multitude immense de composés, les uns artificiels, les autres identiques avec certains principes naturels.

I En effet, on a vu qu’un seul équivalent d’alcool triatomique représente trois équivalents d’alcools monoatomiques intimement unis : par conséquent, il doit fournir les mêmes dérivés que ces trois équivalents modifiés à la fois ou individuellement.

« Soient

les dérivés d’un alcool monoatomique a; ceux d’un alcool triatomique T seront exprimés par les formules suivantes :

Cet algorithme embrasse tous les cas fondamentaux (1). » On voit par ces formules le nombre infini des composés glycériques possibles.

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