VII. PlliPMlATION liT PURIFICATION
Parlons d’abord de la synthèse de la glycérine faite pour la première fois par M. Würtz. Elle consiste à traiter l’iodure d’allyle G“IP‘I par le brome de manière à produire une isotribromhydriue et à chauffer ce dernier produit avec de l’acétate d’argent. 11 se forme de la triacétine, laquelle décomposée par la potasse donne de la glycérine.
M. Berlhelol fait remarquer que cette synthèse n’en est pas une dans le sens rigoureux du mot, attendu que le composé C’!!®! ou éther allyliodhydrique ne s’obtient qu’avec la glycérine elle-même. On échoue à préparer celle-ci lorsqu’on se sert de bromure de propylène broraé dérivé directement du propylène, au lieu d’employer le bromure de propylène obtenu par décomposition de l’éther allyliodhydrique. Nous louchons ici à une question d’isomérie très-délicate, sur laquelle nous ne voulons pas insister davantage, d’abord parce qu’elle dépasse nos forces, et ensuite parce que cette thèse n’a pas de caractère spéculatif.
La glycérine se produit encore par l’action combinée de l’eau cl de l’oxyde d’urgent sur la trichlorhydrine. 11 se forme du chlorure d’argent et de la glycérine.
Mais on conçoit bien que ces procédés-là ne fournissent qu’une très-petite quantité de matière, laquelle revient énormément cher. On peut préparer la glycérine en saponifiant riiuile d’olive en présence de l’eau, au moyen d’oxyde de plomb. On opère à la chaleur du bain-marie. La saponification est terminée au bout de plusieurs jours. On reprend alors le tout par l’eau. On filtre. La liqueur filtrée est traitée par l’hydrogène sulfuré qui précipite l’oxyde de plomb dissous. On filtre de nouveau, et en éva porant on obtient de la glycérine.
Néanmoins la majeure partie de la glycérine employée dans les laboratoires et dans les arts provient de la saponification des matières grasses neutres, c’est-à-dire de la décomposition de ces espèces d’éthers en glycérine et en acide gras. Cette saponification s’opère tantôt sous l’influence des alcalis, tantôt sous l’influence des acides, tantôt môme sous l’influence de la vapeur d’eau surchauflëe. Nous allons dire quelque chose de chacun de ces trois modes d’obtention de la glycérine.
Procédé ordinaire de saponification. — Dans une cuve en bois légèrement conique, d’une contenance de 2,000 litres, on introduit 800 litres d’eau et 500 kilogrammes de suit. On détermine la fusion du suif au moyen de vapeur d’eau qui arrive par jets dans la cuve. Quand le suif est fondu, on ajoute petit à petit GOO litres de bouillie de chaux équivalant à 70 kilog. de chaux vive et on agite énergiquement.
xiprès sept heures, durée moyenne de la saponification, on soutire la partie liquide contenant la glycérine. Les stéarate, inargaratc et oléate de chaux restant dans la cuve servent à la fabrication du savon.
Procédé de M. de Milly .— Bien plus économique et bien plus rationnel que le précédent, ce procédé consiste à effectuer la saponification par degrés et à faire intervenir l’action de la pression. De la vapeur d’eau est produite au
moyen d’un générateur timbré à 10 atmosphères et fonctionnant à cette pression vers -f-182°. On introduit dans une chaudière verticale et close un mélange de 2,300 kilog. de suif et de 2,000 kilog. de lait de chaux contenant 69 kilog. de chaux, mélange préalablement échauffé et agiié au moyen de vapeur. On fait alors arriver au fond de la chaudière la vapeur engendrée à 10 atmosphères et maintenue dans cette chaudière à une pression de 8 atmosphères.
Afin de maintenir un courant convenable et de laisser dégager l’air et quelques gaz, un tube à robinet partant de la chaudière à saponification permet de diriger ces gaz au fond de la cuve, où se prépare pour l’opération suivante un nouveau mélange de suif et de lait de chaux.
Dans ces conditions, la saponification s’achève en sept heures. Quand elle est terminée, on arrête la vapeur et on laisse la température s’abaisser à 130°. On ouvre alors un robinet qui laisse écouler de la glycérine aqueuse, laquelle étant encore chaude, sert à fondre du suif pour une opération ultérieure.
La portion liquide bouillante demi-fluide et saponifiée qui vient après la glycérine, est versée par un autre robinet dans une cuve doublée en plomb, où se fait la saturation par l’acide sulfurique. Pendant ce temps, on recommence une deuxième opération.
La saturation par l’acide sulfurique dans le liquide bouillant est très-facile, car il n’y a plus besoin de diviser le savon calcaire, et la quantité théorique d’acide sulfurique suffit (1).
Voici d’ailleurs la formule de la réaction pour la stéarine :
(1) Nous avons emprunté ces détails à M. Fayen. [Chimie industrielle, t. 2, p. 679 et suiv.; 1869, in-8.)
+4.H0 + CaOHO=C^H’^O^GaO + 2G'‘11*"0‘ -f C'H^)'’.
stéai'iuc stéarate de chaui acide stéarique glycérine
(Bouis, Berlhelot.)
Procédé de Price et de Wilson .— 11 a été indiqué pour la première fois par M. Richard ïilghraan, de Philadelphie, et consiste à soumettre les corps gras à l’action de la vapeur d’eau surchauffée à 300“ environ (1). Sous l’influence combinée de cette température et de cette pression, la décomposition des corps gras neutres s’opère. La glycérine est mélangée à l’eau, avec laquelle elle distille en même temps que les acides gras. On la concentre directement d’abord, puis au bain-marie. Cette glycérine, connue sous le nom de glycérine anglaise, est une des plus pures que l’industrie nous fournisse. Semblablement, les acides gras qui proviennent de cette opération sont très-purs. On sait combien sont estimées les bougies de Price.
Saponification sulfurique. — L’acide sulfurique décompose lui aussi les matières grasses neutres, se combine aux acides gras pour former des acides conjugués sulfostéarique, sulfomargarique, sulfooléique. En décomposant ces acides par l’eau bouillante, on obtient un mélange de glycérine et d’acide sulfurique en même temps que les acides gras surnagent.
On emploie surtout pour ce genre de saponification des matières grasses impures (graisses de Reims et de Turcoing, etc.). Ces matières sont d’abord lavées, puis desséchées. On les introduit ensuite avec l’acide dans des chaudières de forte tôle doublées de plomb. Le mélange est chauffé à la vapeur pendant 12 à 18 heures et sa température est soutenue de 110“ à 115“. Lorsque la saponification est terminée, on traite le mélange par l’eau à 100“, qui laisse surnager les acides gras.
(1) On emploie chez M. Wilson l’huile de palme extraite du fruil de l’e/aîs guianensis.
Toutes les glycérines obtenues dans le commerce sont impures, elles contiennent de la chaux, quelquefois de l’oxyde de plomb, de l’acide sulfurique, des acides gras, des matières colorantes, des produitspyrogén’és, etc., dont il importe de les débarrasser, au point de vue des emplois pharmaceutiques surtout.
Plusieurs procédés de purification ont été indiqués par Oerhardt, M. Cap et M. Berthelot. Ils reviennent tous au même ou à peu prés.
Voici le mode de purification que recommande M, Berthelot.
« Pour purifier cette glycérine brute, on la délaye dans deux fois son volume d’eau et on la mélange avec le quart de son poids de litharge réduite en poudre fine. On fait digérer le tout au bain-marie pendant plusieurs jours, avec la précaution d’agiter continuellement. Dans le cours de cette opération la saponification des matières grasses se complète, les acides gras fixes et volatils forment des sets basiques insolubles et les substances azotées, elles-mêmes, s’unissent en grande partie avec Toxyde de plomb. Pour vérifier si l’action a été portée assez loin, on filtre une portion du liquide, on la traite par l’hydrogène sulfuré et on la porte à l’ébullition. Dans cet état elle ne doit céder à l’éther aucune substance facilement redissoluble dans ce raenstrue. Si ce point est atteint, la purification est suffisante ; on filtre toute l'amasse, on la sursature d’hydrogène sulfuré pour précipiter l’oxyde de plomb dissous, on refiltre le liquide, enfin on Pévapore à feu nu jusqu’à ce qu’un thermomètre qu’on y maintient plongé marque 150° ou 160”. A ce moment, l’opération est terminée .- on enferme aussitôt la glycérine, encore chaude, dans un flacon bien bouché. Quoique colorée, cette glycérine est
suliisamiiienl pure et déshydratée; cllepeutêlre employée dans presque toutes les expériences. * (1).
VllI. — APPriGATlONS DE LABOUATOlUE.
La glycérine peut servir dans les laboratoires de chimie à la préparation de l’acide Chauflé à 100° avec
son poi,ds de glycérine sirupeuse l’acide oxalique fournit de i’ ;Wfàptétwaii^ n pur et de l’acide formique.
acide acide acide
oxalique cailgouiqne l'ormiquc
Ce procédé est avantageux sous tous les rapports. Avec âlcilog. d’acide oxalique, 3 kilog. de glycérine et 5 à 600 gr. d’eau chauffés à 100* pendant douze à quinze heures, on obtient une proportion d’acide formique, presque égale à la proportion théorique. Cet acide formique séparé par distillation de la glycérine auquel il est resté mélangé abandonne cette dernière qui peut servir à de nouvelles opérations (Berthelot),
D’après des remarques l'écentes de M. Lepage, la glycérine mélangée à l’eau .contenant en dissolution de l’hydrogène sulfuré ou du sulfhydrate d’ammoniaque empêche la décomposition de ces solutions.
Dans les laboratoires d’histologie on se sert de la glycérine comme réactif pour les recherches microscopiques. La propriété de lubrifier certains éléments anatomiques en les humectant convenablement, et de dissoudre, ou au moins de rendre transparents certains autres éléments explique cet usage, très-apprécié de M, Robin.
(l) Chimie organique, t. 2, .p. 18.