IX. — Applications thérapeutiques
(les applications sont d’ordres divers. Nous traiterons ici de l’application de la glycérine aux maladies de la peau et au pansement des plaies, et de l’emploi de la glycérine comme excipient des médicaments.
Nous avons dit que la glycérine lubrifie et assouplit considérablement les tissus organiques. C’est un fait qui a été constaté par un grand nombre de praticiens et mis à contribution par eux surtout dans le traitement des maladies de la peau. La glycérine cicatrise les gerçures du sein, les fissures et les crevasses de la peau dont elle calme l’éréthisme. Le docteur Dallaz la range parmi les meilleurs cosmétiques. M. Trousseau lui a reconnu une incontestable eflicacilé dans le prurigo et autres affections superficielles de la peau, dans les plilegmasies de nature prurigineuse et dans les maladies de l’oreille qui tiennent à une phlegmasie de ce genre. M. Bazin s’en est heureusement servi dans l’eczéma, le zona, l’impetigo, l’acné, etc. Dans ces affections diverses il préfère de beaucoup la glycérine aux cosmétiques irritants habituels, tels que l’huile de cade, l’eau de goudron ou les solutions alcalines. Dans ces dernières années, M. Lailler, à l’hôpital Saint-Louis aussi, a usé largement de la glycérine dans toutes les maladies de peau superficielles et n’a eu qu’à se louer de ce topique qui a tous les avantages des matières grasses sans en avoir les inconvénients.
I.a chirurgie aussi a retiré un incontestable profit de l’emploi de la glycérine dans le traitement des plaies. M. Demarquay a attiré l’attention des praticiens là-dessus, et il y a lieu d’espérer que ses conseils seront écoutés, d’aulant plus que M. Demarquay ne se porte garant de reflicacité de la glycérine qu’après des essais multipliés.
La glycérine employée pour le pansement des plaies serait préférable à l’alcool et à l’acide phénique qui ont été préconisés dans ces derniers temps parce qu’elle est moins caustique et ne saurait s’opposer comme eux à la formation des bourgeons charnus. Le cérat à son tour n’est pas sans inconvénient, il rancit et quelquefois se dessèche. La glycérine inoxydable, parfaitement imperméable à l’air, douce, lénitive peut être employée non-seulement dans le pansement des plaies, mais encore pour humecter les emplâtres, etc, (1).
En mélangeant 2 parties de glycérine à 100 parties de collodion, on donne à ce dernier de la souplesse et de l’élasticité. On l’empêche de se crisper sur la peau avec l’âpreté qui le caractérise lorsqu’on l’emploie seul.
Venons maintenant à un ordre de propriétés qui rentre plus spécialement dans notre sujet.
La glycérine est un dissolvant puissant dont la pharmacie a tiré déjà et tirera de plus en plus un immense parti. Elle dissout les acides végétaux, les sels déliquescents, les chlorures alcalins, le nitrate d’argent, la soude, la baryte, la strontiane, le brome, l’iode et l’oxyde de plomb. Les sels de morphine s’y dissolvent complètement à froid. Presque tous les autres alc»iloïdes sont sinon dissous du moins émulsionnés par elle de manière à former une sorte d’huile médicamenteuse. Elle se mélange merveilleusement à tous les liquides aqueux et alcooliques, s’incorpore à l’axonge, aux onguents, aux savons et aux savonules, se combine aux extraits, aux teintures, aux alcoolats, aux vins médicinaux, etc. Elle peut également servir de base aux liniments, aux onctions, aux embrocations comme aux fomentations et lotions de toute nature.
(1) Dans une épidémie de pourriture d'hôpital, M. Demarquay, en 1855, se servit avec grand succès de la glycérine.
Comparée à ceux des huiles et autres corps gras employés comme excipients, les avantages de la glycérine sont considérables. Les huiles, pommades et onguents ordinaires ne sauraient être associés aux principes aqueux ou alcooliques, sans compter qu’ils ont la propriété de rancir et de s’altérer rapidement à l’air. La glycérine n’a point ces inconvénients. En outre elle dissout nombre de substances qui ne sont point solubles dans les menstrues ordinaires. Elle dissout surtout les principes actifs et aro. matiques des plantes dont les liquides oléagineux ne s’emparent point, que l’eau ne dissout pas non plus, etc.
Elle agit particulièrement sur les gommes-résines, telles que le goudron, la gomme ammoniaque, etc., qu’elle dissout pour donner des solutions épaisses. Elle attaque et désagrégé avec une grande facilité les extraits qu’elle finit par dissoudre pour fournir des mélanges d’un emploi trèscommode. On a fait ainsi des solutions glycériques d’extraits de belladone, de ciguë, de stramoine, etc. La glycérine peut semblablement être substituée aux huiles ordinaires dans la préparation des huiles médicamenteuses. Les huiles de ciguë, de jusquiame, de pavot, de cantharides, de garou, de rue, de mélilot, de camomille, etc, préparées avec de la glycérine, toutes choses égales d’aibleurs, offrent de nombreux avantages, en première ligne celui de ne point s’altérer.
On le voit, le pouvoir dissolvant de la glycérine est considérable, et c’est une singulière coïncidence qu’il soit allié à des propriétés qui sont si naturellement celles d’un excipient médicamenteux.
Ces faits curieux que M. Cap a rais en évidence ont été pour lui le point de départ de la préparation d’une classe de produits pharmaceutiques à base de glycérine, et auxquels il a donné le nom de ylycérolés. 11 nous reste à les étudier.