INTRODUCTION
Une question capitale s'impose à chaque instant à l'esprit de tout praticien qui s'occupe de médecine infantile, c’est celle de l'alimentation du nourrisson.
Dans les grandes villes, elle est particulièrement intéressante ; l'allaitement du nouveau-né par sa mère y devient une véritable rareté et les dépenses qu'entraîne l'entretien d’une nourrice mercenaire ne sont à la portée que d’une infime minorité.
Comment élèverons-nous les enfants sans lait de
femme ? Quel est l'aliment qui s'y substituera? Quelles
doivent être les qualités de l’aliment nouveau auquel nous aurons recours ? Quelle quantité et à quels inter-
valles le donnerons-nous ? Voici autant de demandes
embarrassantes dont la solution ne peut avoir de meilleur guide que {l'étude physiologique de l'assimilation.
IL est indispensable que nous recherchions exactement le sort des matériaux conslitutifs de l'aliment naturel — le lait maternel — c’est-à-dire des hydrates de carbone, de la graisse, des albuminoïdes et des sels contenus dans le lait, afin de pouvoir choisir parmi les substances nutritives artificielles celles qui, de par leur conslitulion, s’approchent le plus du lait de femme,
En un mot, l'étude del’alimentation du nourrisson doit avoir pour base la connaissance complète de l’utilisation des matériaux constitutifs du lait maternel et des aliments, — laits de vache, de chèvre, de jument, d’ânesse, — qui peuvent au besoin le suppléer, ou même le remplacer.
Or, l'étude de l'assimilation du nourrisson ést à peine ébauchée. Alors que l’étude des échanges nutritifs de l’adulte, tant à l’élat normal que pathologique, est très avancée, alors que des travaux remarquables, comme ceux de Voir, de Perrenkorrer, de Bune, de Muxkx, de RuBNER, el de tant d’autres savants, ont apporté une si grande lumière dans nos connaissances sur la nutrition de l'adulte, nous ne possédons que des notions vagues sur la nutrition du nourrisson.
Aussi VierorDT, qui, dans sa « Physiologie de l’enfance », synthétise toutes les notions acquises jusqu’en. 1875, sur l'assimilation du nourrisson, se plaint-il à chaque page de la pénurie des travaux.
Cette étude présente en effet des difficultésnombreuses ; nous voyons les auteurs s’adonner à l'étude isolée des matériaux du lait, de l'urine, des excréments, sans oser aborder le problème dans son ensemble et sans chercher la relation quantitative qui pouvait les unir.
Les uns, tel WeGscneiner (1), s'occupent spécialement de la composition des fèces ;
D'autres font des recherches quantitatives et qualitati-
(1) Wascscneiber, Ueber die : Verdauung des Saüglings Bert. kl. Wochenschrift, 1875.
ves sur l'urine, tels Parror et Roi (1) en France, Marrin et RuGe en Allemagne. ;
Mais à partir de 1878, à mesure que les procédés d’analyse chimique se perfectionnent, les travaux.se mulliplient.
Rey (2) porte particulièrement son attention sur l’assimilation de la chaux chez le nourrisson, et Forsrer (3) et Vorr (4) s'intéressent à leur tour à l'assimilation de la chaux {ant chez le nourrisson sain que chez le rachitique.
Le premier travail d'ensemble sur l'assimilation du nourrisson est dû à CAMERER (5).
L'auteur avait entrepris ses premières recherches en 1876 ; il publia, en 1896, le résumé de ses expériences et, pendant ce temps, il put envisager sous toutes ses faces l'assimilation du nourrisson et des enfants du premier âge.
Particulièrement favorisé par ce fait qu’il expérimenta sur ses sept enfants, CAMERER établit le premier les particularités de l’assimilation; on peut dire qu'il est Le fondateur de la science concernant les échanges nutritifs du nourrisson. LANGE (6) et Bexpix (7) confirment, dans des travaux tout récents Les résultats obtenus par CAMERER.
(1) Pannor et Rom, C. R. Ac. des Sciences, 1876,et Gazette obstétri= cale, 1876. |
(2) Rev, Deutsche med, Woch., 1895, n° 35.
(3) Forster, Aezrtl, Intelligenzsbl. 1878.
(4) Vorr, Zeitschr. f, Biologie. 1880.
(pb) Cawerer. Zeilsch. f. Biologie, 1876.
— Zeitsch. f. Biologie, 1880.
— Der Sioffwechsel des Kindes. Tubingen, 1896,
(6) Lance. Jahrbuch f. Kinderheilk., t. XXXIX, 1895.
(7) Bennix. T'herap. Monatshefte, Juli 1895; Jahrb. f. Kinderheilk, 1894 ; Deatsche med. Wochenschrift, 1898.
old
En France, nous devons citer en première ligne les remarquables travaux de Charles Mroner, entrepris sous l'inspirationet parfois avec la collaboration du professeur Bupin (1).
Lameziwe (2), D'Arsonvaz (3) et Bonnior complètent ces travaux par une étude approfondie de la caloriméirie.
Il en résulte que nous sommes munis aujourd’hui de précieux documents. Aussi n'avons-nous aucune prétention; trop heureux si notre travail apporte une très modeste contribution à l'étude des échanges nutritifs du nourrisson. Nous n'avons expérimenté que sur deux nouveau-nés dont un nourri au lait maternel, l’autre au lait de vache, sans prolonger la durée des expériences au-delà de six jours pour chaque enfant.
De plus, nous n'avons pas entrepris d’études calorimétriques.
Présentée de cette façon, avec ses nombreuses imperfections, notre étude nous a toutefois permis de vérifier les remarquables travaux de Ch. Micmez, de Lancer, de Bexnix, de Camerer et c’est à ce titre seulement que nous la publions.
(1) Micner (Ch.). Recherches sur la nutrition normale du nouveau-né, L'Obstétrique, 1896, n° 2.
Bunin et Micner, L'Obstétrique, 1897, n° >.
— Sur le lait de femme ct l’utilisation de ses matériaux nu-
ritifs, ete, L’Obstétrique, 1897, n° 6.
Ü (2) Lawsue, Nord Médical, 1er janvier 1898.
(3) D'Ansoxvaz et Boxnior. Calorimétrie clinique. Soc. de Biologie, 1898, 9 mars, n°5 248 et 2/0.
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