‹ Étude de la philosophie de MalebrancheChapitre 10 sur 42 · LES FACULTÉS DE L'AME · texte numérisé non relu

LES FACULTÉS DE L'AME

sens en expliquant ce que sont ces facultés. Or une telle explication, en elle-même très abstraite, peut sembler plus facile à instituer, si l’on se représente ce que sont, par comparaison avec ces facultés, les propriétés de la matière, tout en ayant bien soin d’observer qu'une telle comparaison ne sauraiLètre entièrement exacte.

La matière ou 1 etendue contient en elle deux propriétés : l'une qui consiste dans la possibilité de recevoir différentes figures, l’autre qui est constituée par la capacité d’ètre mue. De même l’esprit de l’homme contient deux facultés : l’une qui le met à même de recevoir plusieurs idées, c’est-à-dire d’apercevoir plusieurs choses, et cette aptitude, nous l'appelons l’entendement ; l’autre qui le met à même de recevoir plusieurs inclinations ou de vouloir différentes choses, et celte autre aptitude, nous rappelons la volonté. Or l’étendue est capable de recevoir deux sortes de figures : les unes sont purement extérieures, comme est la rondeur par rapport à un morceau de dire, et cellesci peuvent s’appeler simplement figures ; les autres sont intérieures : ce sont celles qui sont propres à toutes les petites parties dont la cire est composée et ces dernières s’appellent des configurations. De même les perceptions que l’âme a des idées sont de deux sortes : les premières, superficielles à l’âme, ne la pénètrent point, ne la modifient pas sensiblement, et ce sont les perceptions pures ; les secondes, qu’on appelle sensibles, la pénétrent plus ou moins profondément ; tels sont le plaisir et la douleur, la lumière et les couleurs, les saveurs et les odeurs, perceptions dont nous verrons qu’elles ne sont que des modifications de l’esprit. Mais en tout cas, de même que dans les corps la faculté de recevoir différentes figures et configurations est complètement passive et ne renferme aucune action, ainsi dans l’esprit la faculté de recevoir différentes idées

et différentes modifications est complètement passive et ne renfermo aucune action : et c’est ainsi qu’il faut concevoir l’entendement. — L’autre propriété qu’a la matière, c’est qu’elle est capable de recevoir plusieurs mouvements, et l’autre faculté qu’a l’âme c’est qu’elle est capable de recevoir plusieurs inclinations, en quoi consiste précisément la volonté. Or, de même que l’Auteur de la nature est la cause universelle de tous les mouvements qui se trouvent dans la matière, c’est lui aussi qui est la cause générale de toutes les inclinations naturelles qui se trouvent dans tous les esprits. Et de même que tous les mouvements se font en lignes droites, s’ils ne rencontrent des causes étrangères qui en modifient la direction, de même toutes les inclinations que nous recevons de Dieu sont droites et elles ne pourraient avoir d’autre fin que la possession de la vérité et du bien s’il n’y avait une cause étrangère qui intervient pour changer la détermination de l’impression de la nature en l’orientant vers des fins différentes. Mais ici se montre une différence : caria matière n’a aucune force peur arrêter son mouvement ouïe détourner d’un côté plutôt que d’un autre; tandis que la volonté, qui est le mouvement naturel qui nous porte vers le bien en général, est libre en ce qu’elle a la force de détourner ce mouvement vers des objets particuliers. ( Recherche . L. I. Ch. i.) Mais si par là la symétrie n’est pas entière entre les propriétés de la matière et les facultés de l’âme, cette exception ne paraît pas à Malebranche de nature à modifier l’intention qu’il a eue en poussant sa comparaison le plus loin possible : en réduisant la matière à l’étendue, Descartes l’avait destituée de toute force et de toute causalité propres, et c’est ce que Malebranche veut maintenant faire pour l’esprit. Son explication des facultés de l’esprit tend à établir dès l’abord que ces facultés ne sauraient être entendues

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