LES FACULTÉS DE L'AME
dans un sens où on les concevrait comme exprimant une causalité réelle. — Il est intéressant de noter ici que Malebranche, en déduisant l'entendement à une pure passivité, propose une conception qui diffère notablement de celle de Descartes ; mais que d’autre part il retient quelque chose de la notion cartésienne de la volonté en y reconnaissant malgré tout une certaine activité qui la rend capable de modifier le sens de son élan primitif.
D’une façon générale, c’est l’entendement qui aperçoit ou qui connaît, et tout mode d’aperception ou de connaissance doit lui être rapporté. D’abord c’est lui qui aperçoit les objets par les idées qu’il en a ; car, et nous touchons ici à un principe de grande conséquence, « c’est une même chose à Pâme d’apercevoir un objet que de recevoir l’idée qui le représente ». C’est lui aussi qui aperçoit les modifications de l’âme ou qui les sent ; « car c’est la même chose à l’âme de recevoir la manière d’être qu’on appelle douleur que d’apercevoir ou de sentir la douleur, puisqu’elle ne peut recevoir la douleur d’autre manière qu’en la percevant». Sous le nom d’entendement, pris dans un sens large, il convient donc de faire rentrer la connaissance des objets par des idées, ainsi que la conscience, par l’âme, de ses modifications. Mais ces modifications, pour une part, paraissent se rapporter à des objets, soit présents, lorsque nous sentons, soit absents, quand nous imaginons ; si bien qu’on peut dire que les sens et l’imagination sont encore l’entendement, mais l’entendement apercevant les objets par les organes du corps. Cependant, dans une acception plus rigoureuse, l’on peut réserver à l’entendement la fonction d’avoir de pures perceptions, de pures intellections, pour lesquelles il n’est point nécessaire que des images corporelles se forment dans le cerveau. De ce nouveau point de vue l’entendement pur se distingue de l’imagina-
tion et des sens ; et l’on peut dire finalement que Pâme aperçoit les choses en trois manières : par les sens, par l’imagination, par l’entendement pur. D’où les trois étapes de la marche à suivre pour étudier comme il convient notre faculté do connaître. Il faut commencer cette étude par .les sens ; il faut la continuer par l’imagination ; il faut la terminer par l’entendement, en ayant bien soin d’observer que ces trois sortes d.’aperceptions peuvent être toutes trois sujettes à des erreurs.
LES SENS
C’est donc par l’examen des erreurs des sens que' commence Malebranche. Ces erreurs se produisent selon lui lorsque nous faisons de nos sens un usage qui en réalité n’est pas, celui que nous devrions en faire. Dans son étude, il n’a. pas tant l’intention de s’arrêter aux erreurs particulières, qui sont à vrai dire infinies, qu’aux ■ causes générales qui amènent ces erreurs, et il est d’ailleurs ainsi conduit à expliquer le principe même du fonctionnement des sens. ( Recherche. L. I. Ch. iv.)
Que la doctrine de Malebranche concernant la perception sensible et les erreurs des sens lui ait été directement inspirée par Descartes, c’est ce que la lecture comparée de ces deux philosophes établirait péremptoirement si nous n’étions pas d’ailleurs avertis par Malebranche luirmême de la source où il a puisé les principes de ses observations et de ses analyses sur ce sujet. Non-seulement Descartes, dans les arguments qu’il avait donnés en faveur de son doute