VII. — Accidents et incidents de traitement
D’après Reid Hunt, l'administration prolongée de thyroxine chez un homme normal produit les symptômes suivants :
Augmentation du M. B. ;
Perte de poids ;
Elévation de température ;
Tachycardie et palpitations ;
Maux de tête ;
Tremblements ;
Faiblesse ;
Transpiration excessive ;
Irritabilité. Instabilité de caractère.
Il faut ajouter souvent une chute de la tension artérielle et des troubles digestifs : diarrhée, vomissements.
Nous avons vu un lapin de bonne taille, résister à une dose de 5 mgr. de thyroxine sous-cutanée et mourir le lendemain dans une crise convulsive 20 minutes après l’injection de 10 mgr. de thyroxine.
Dans la littérature, tous les symptômes d'intoxi-
cation thyroxinienne rapportés sont de ceux que
nous citons plus haut. On voit que ce sont tous les symptômes de l’intoxication thyroïdienne. Sont-ils plus fréquents ? Nous ne le pensons pas, tout au moins si l’on prend certaines garanties.
Nous n’avons jamais eu le moindre incident chez les malades dont le métabolisme, mesuré avant le traitement, était inférieur à la normale, alors que, dans le cas contraire, le traitement est souvent mal supporté.
Nous pensons donc que cette mesure est indispensable.
D'autre part, le pouls et la tension artérielle étant, en général, les premiers « réactifs » de l’intoxication thyroïdienne, avec le métabolisme basal, leur surveillance au début du traitement doit permettre d'éviter à coup sûr tout incident, si l’on n’emploie pas les doses massives et la voie intraveineuse.
VIII, — Posologie,
La posologie varie naturellement suivant le cas à traiter et suivant les voies d'absorption. Il est cependant admis par tous que la dose efficace dans un cas d'insuffisance thyroïdienne moyenne est de 1 mgr. par jour. Comme nous l’avons vu, cette dose fait monter le taux du métabolisme basal d'environ 1,6 lorsqu'elle est absorbée par voie hypodermique. :
Pour les uns, et en particulier les auteurs américains, la dose hebdomadaire doit être injectée en une seule fois, et par voie intraveineuse. Certains même injectent par cette même voie, une dose allant jusqu’à 13 mgr., et laissent ensuite le malade reposer 13 jours.
* La voie digestive est, en France, la plus en faveur.
Moins énergique que les autres, mais moins brutale que la précédente, elle permet cependant un traitement d'entretien suffisamment actif. C’est, dans ce cas, la méthode de choix. On a pu faire absorber à une myxœdémateuse, per os, jusqu’à 10 mgr. par jour sans incident. Mais dans tous les autres cas, la méthode que nous avons toujours employée, avec des résultats très satisfaisants et sans aucun inci-
dent que l’on puisse imputer à cette voic d’absorp-
tion, est l'injection sous-cutanée de À mgr. de thyroxine.
Quels sont les avantages et les inconvénients respectifs de ces différentes méthodes ?
D'après les observations que nous avons relevées dans la littérature, la voie intraveineuse provoque dans presque tous les cas, des incidents : vertiges, malaises, diarrhée, vomissements et nécessite 3 ou 4 jours de repos. Le seul avantage que nous y trouvions est de ne nécessiter qu’une injection ; il est vrai qu'il s’agit d'injection intraveineuse.
Nous avons dit que la voie digestive était la moins active. D'autre part, elle donne des résultats inconstants. Elle a l’avantage de ne pas donner de
réactions violentes et surtout de permettre un trai- |
tement ambulatoire plus simple.
La voie hypodermique, avons-nous dit, nous a toujours satisfait. Elle n’a provoqué des incidents, toujours bénins d’ailleurs, que dans les cas où nous avons employé la thÿroxine malgré un métabolisme normal ou augmenté. Son action est régulière. Elle n'est pas douloureuse et provoque seulement une sensation de tension de courte durée que certains malades n’accusent même pas.
Le seul inconvénient est d’astreindré à l'injection quotidienne. va |
Lorsqu'un malade n’a jamais encore été traité à la thyroxine, il est bon de tâter sa susceptibilité individuelle en lui injectant une demi-dose pendant deux ou trois jours.
Pa
Ste: Lit
ASSOCIATION DE LA MÉDICATION THYROXINIQUE A LA MÉDICATION ADRÉNALINIQUE
La dernière observation que nous présentons ici concerne uné véritable expérience clinique : nous nous sommes demandés sur les conseils de M. Sainton, si l’adjonction de l’adrénaline ne pourrait point dans certains cas renforcer l’action de la thyroxine, et permettre de faire une médication associée très efficace avec des doses relativement minimes de thyroxine :
Voici d’abord l'observation de cette malade publiée antérieurement par M. Sainton dans les petites cliniques de la Presse Médicale :
OBSERVATION XII (personnelle)
Mme D.., 38 ans, cuisinière, entrée le 7 novembre à la salle Sainte-Martine, lit 17.
Antécédents héréditaires. — Mère née à Saint-Maur.
Père né dans l’Yonne, et mort à 38 ans d’urémie. Etait atteint de myxœdème.
Mère vivante, 61 ans, bien portante.
Chorée à 14 ans et à 20 ans, après mariage.
Crises nerveuses chez une tante.
Antécédents collatéraux. — Neuf frères et sœurs de 2 lits du père. Deux sont morts, un garçon de méningite à 7 ans et une fille à 9 mois, cause inconnue. Restent 7 sœurs.
Du rer lit : les 2 morts, une sœur petit goître (?), la ma-
lade.
SO
Du 2elit:5 sœurs vivantes : tendance goîtreuse (?), dont l'une a présenté des étouffements et dysphagie.
Antécédents personnels. — Née à Paris le 19 inillet
À marché à 18 mois.
Coqueluche à 3 ans ; à la suite de cette coqueluche elle a une coxalgie double et demeure 18 mois dans un plâtre.
Bonne santé par la suite maïs jambes faibles.
Réglée à 15 ans 1/2; le plus souvent ses règles sont en avance de huit jours et quelquefois davantage. Parfois douloureuses, durant de huit à quinze jours, très abondantes, même hémorragiques.
Mariée à 21 ans.
Son mari meurt en 1914 d’une pleurésie séro-fibrineuse.
Une fille, qu’elle dit avoir toujours eté bien portante meurt subitement en novembre 1930 a l’âge de 16 ans. Mort thymique possible.
A son mariage, 21 ans, elle pèse 60 kgr. (taille 1 m. 60).
Elle commence à prendre du poids pendant sa grossesse, jusqu’à 100 kgr. En outre, à ce moment elle a une poussée de goître. Deux ans après l'accouchement le goître disparaît en même temps que le poids baisse. Elle fait alors une crise d’ictère ; elle pèse à ce moment 59 kgr.
Jusqu'en 1920 son poids demeure normal. A cette époque, elle recommence à grossir-peu à peu jusqu'en décembre 1927, où eile pèse à nouveau 100 kgs. Elle n'est plus réglée depuis le début de 1917. En outre elle perd ses cheveux, ses sourcils, les poils des aisselles et du pubis en grande abondance. Elle se sent fatiguée, sans forces, neurasthénique et est alteinte d’une constipation opiniâtre.
Le médecin qu'elle consulte lui Yonne & comprimés
d'extrait thyroïdien à 0,20 par jour et du citroen en grande
quantité. Peu de temps avant de commencer le traitement ses règles sont revenues une fois. Elles ne réapparaîtront dès lors que de temps à autre {2 à 6 mois d'intervalle).
Elle suit très régulièrement ce traitement. Une amélioration très nette de l’état général se produit, mais le poids reste toujours 100 kgr.
Elle entre alors, en avril 1928, à Sainte-Martine. Le métabolisme basal est abaissé à 28,6 (DT Bénard).
À partir du 21 avril 1928 on lui donne chaque jour deux comprimés de thyroxine synthétique à 1/2 milligr. puis, au bout de 10 jours, on augmente la dose lentement de 1/4 de milligr. tous les 8 jours, puis de 1/2 milligr. par jour ; on arrive ainsi à la dose de 19 comprimés, soit 9 milligr. 5, par jour.
Sous l'influence de ce traitement les symptômes hypothyroïdiens ont régressé très rapidement et il n’y a jamais eu la moindre intolérance.
En septembre 1928, le poids est de 90 kgr.
Le métabolisme basal est normal à 36.
Les règles apparaissent tous les mois.
En septembre elle quitte le service. Elle prend alors, pendant 20 jours par mois, 6 comprimés de thyroxine. Quand elle cesse le traitement un mois, elle doit consulter à nouveau, les symptômes d’hypothyroïdie réapparaissant. Elle raconte même qu'une après-midi, pendant une de ces périodes elle a présenté unecrise de gonflement subit, sorte de myxœdème aigu.
Dans les premiers jours d'octobre 1930, elle fait, au cours de son traitement thyroxinien, un malaise la nuit : vomissements, perte de connaissance, suivi d’une lassitude générale. Oninterrompt la thyroxine et on lui donne de l’eau
d’Evian, des laxatifs (sulf. de Na) pendant 10 jours.
An
Pendant quelques jours, aux environs du 10 octobre, diarrhée (10 à 15 selles par jour), douleurs abdominales et inappétence, Tous ces malaises disparaissent assez rapidement et le 22 novembre on note à nouveau de la constipation. |
Le 15 novembre 1930, rechute franche. Elle doit cesser ses occupations.
Examen : Taille r m. 60 ;
Poids 98 kgr.
Pouls 60 :
T. A. 10,5 - 7 (Donzelot;.
Faciès arrondi, gras et cireux, pommettes couperosées, absolument sans expression. .
Peau sèche, ichtyosique, squameuse, furfuracée sur tout le corps, mais en particulier les bras, les avant-bras et l'abdomen.
Erythrocyanose marquée des extrémités.
Les téguments sont épaissis. Il existe aux membres, en particulier, un œdème sans godet.
La langue est volumineuse, là muqueuse pharyngée épaissie.
Les mains et les pieds ont un aspect pachydermique ; les ongles sont friables.
Les cheveux, les poils des aisselles et du pubis sont très raréfiés et tombent, comme autrefois, abondamment.
On trouve, à l'abdomen et aux pieds, des taches pigmentaires assez étendues, couleur de café au lait.
Enfin on ne peut palper le corps thyroïde.
La malade qui est très frileuse, présente en outre une apathie intellectuelle considérable. La parole, monotone et sans aucune vigueur, est très lente, *
Fait significatif, cetté malade, intelligente, se plaint spon-