‹ Étude de levures rencontrées dans la pulpe vaccinaleChapitre 37 sur 62 · ROLE PATHOGÈNE DES LEVURES DU VACCIN · texte numérisé non relu

ROLE PATHOGÈNE DES LEVURES DU VACCIN

Une des questions les plus importantes au point de vue pratique est celle qui préoccupe depuis longtemps les hygiénistes. Les microorganismes qui accompagnent le virus vaccinal, les espèces saprophytes de la pulpe, sont-ils pathogènes ?

Ce sujet est d’autant plus intéressant que le rôle pathogène de certaines levures est acquis. Nous mentionnerons seulement les cas d’'ACHALME et TROISIER, NEUMAYER, LE DAnNTEC, MAGGIoRA et GRADENIGO, BLAN- CHARD et BiNor, LEGRAIN, Busse, elc. ; les levures pathogènes (?) étudiées par Lesteur, en collaboration avec GUILLIERMOND et BEAUVERIE. Il faut citer aussi les observations de Marruccr et SIRLEO, KAHANE, SAN FELICE, CorsEeLzLzi et Frisco, RoncaLr, PLIMMER, et la théorie blastomycélienne du cancer. Sans insister sur ces dernières publications, mentionnons que la fréquence de ces découvertes a provoqué l'apparition de travaux qui étudient, d’un point de vue général, le rôle pathogène des levures. Pour le muguet, par exemple, la thèse de Mie Daïreuwa [LXXVI]; les recherches de Mac [CXXXVI] pour les levures en général; le travail de Nesczapimenko [CXLIV}, de FrancuerTTi | XCI].

La réponse à la question du rôle pathogène possible

ot des microorganismes secondaires de la vaccine à été donnée par de nombreux auteurs : Voir, CHALYBÆUS, Srumer ; Frosca [XCIV} et KircunEer | CXXV) critiquent l'opinion de LaNDuMaAnN, qui prétend avoir isolé de nombreux staphylocoques pathogènes ; SAGQUuÉPÉE [CLXV }, Pix [CLIT} concluent à l'absence d’espèces pathogènes parmi les microorganismes du vaccin. Cependant, en 1894, LEONI, dans une communication retentissante au Congrès international de Rome, les accuse de réactions phlegmasiques dangereuses. Les affirmations de LÉonI ont élé vivement combattues, et l'extrême rareté des affections secondaires dans la vaccination est venue renforcer les idées dont Varrrarn [CLXX], Kezscn [CXXIIT}, etc., se sont faits les défenseurs.

Il était nécessaire de rechercher avec soin si les levures nouvellement isolées pouvaient rendre nuisible l'emploi de la pulpe animale. Pour cela, nous avons pratiqué les inoculations suivantes : des cultures pures des deux premières levures isolées (parmi lesquelles se trouve Torula 1 du vaccin, la plus fréquente) ont été diluées dans le jus de carotte. Un lapin recevait une injection de 2°%5 dans la veine marginale de l'oreille. Deux cobayes étaient ensuite inoculés : l'un par voie sous-cutanée (injection de » centim. cubes), l’autre par scarification au scalpel de la région vulvaire après quoi la dilution était largement répandue sur la surface ainsi traitée. Les observations répétées à peu près journellement n’ont montré aucun changement dans l’état de ces animaux. Un très léger suintement de la région vulvaire, observé chez une des femelles inoculées par

scarificalion, disparut en un jour.

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Quant aux deux autres levures plus tardivement isolées, elles furent inoculées seulement par injection souscutanée; elles n’ont produit aucune réaction ganglionnaire ni générale.

Nous avons aussi examiné le sang des animaux inoculés, d'abord au point de vue des propriétés du sérum. Le pouvoir agglutinant s’est montré assez faible. Un premier examen fait au bout de deux heures a donné, pour la levure Torula 1, une agglutination nette (formaton d’amas d’une vingtaine d'éléments) au 1/20. Deux heures après, l’agglutination avait apparu faiblement au 1/90; négative au bout de deux heures, pour les dilulions au 1/300 et 1/500, elle l'était encore après quatre: les cellules de la dilution témoin, examinées pour vé- “rification à plusieurs reprises, se sont montrées constamment isolées ou groupées par deux ou trois seulement. Pour le sérum du lapin inoculé avec la levure Mycoderma, la réaction a été encore plus faible ; deux heures après la mise en marche de l'opération, l’agglutination ne s'était effectuée dans aucun tube. Après quatre heures, l'examen a montré dans la dilution à 1/20 quelques rares petits amas de 4, 5 ou 6 individus au milieu de beaucoup de cellules isolées; au 1/50, aspect identique ; rien au 1/300 et au 1/500.

La recherche faite du pouvoir agglutinant du sérum du lapin inoculé avec la levure Mycoderma par la dilution de Torula 1 a été négative à tous les taux. Il en a été de même pour l’action du sérum de lapin inoculé avec Mycoderma du vaccin vis-à-vis de Ia dilution de Torula I.

Pixoy cite, dans l’article « Champignons du sang »

2 ie du traité publié sous la direction de Gizserr et WeEix- BERG [CLII bis}, des formes levures qui végètent dans ce milieu. Nous avons recherché s’il en était de même pour les levures inoculées au lapin dans le sang circulant. L’hémocullure pratiquée dans ces deux cas a été très positive pour les deux formes; le sang du lapin inoculé avec la Torula I Surtout a donné sur pomme de terre de belles colonies, ainsique sur gélose maltosée. Avec la forme Mycoderma, les levures n’ont élé retrouvées que sur tranche de pomme de terre. Cette dernière espèce d’ailleurs, ainsi que nous l’avons vu plus haut, pousse assez mal au-dessus de 25°.

Il nous semble permis de conclure, à la suite de ces diverses recherches, que les espèces de levures isolées de la lymphe vaccinale ne sont pas pathogènes et que, par conséquent, leur présence ne constilue aucun danger. Ceci concorderait avec l'opinion de plusieurs hygiégistes qui cherchent à démontrer que le nombre des microbes adventices dans le vaccin n’a pas une grande importance.

Restait à envisager la question de transmission possible de blastomycoses par le vaccin. On a signalé, en effet, plusieurs cas de mycoses post-vaccinales : rappelons brièvement ceux de ProTzE (1887), épidémie d’'Eberfeld à Trichophylon tonsurans ; de Binaurr [XXI trichophylie à, 7. microides ; mais on n’a pas encore signalé, croyons-nous, de levures pathogènes transmises par la vaccination, et ceci vient confirmer nos recherches en montrant qu’il n’y a rien à craindre de ce côté.

Cependant la fréquence de ces champignons, le fait

que des espèces du même groupe peuvent occasionner

AOG 2:

des affections capables de venir compliquer assez gravement d’autres maladies (muguet surtout) mettent en évidence les soins d'asepsie qui doivent être observés dans les diverses opérations de l’obtention et de l’utilisation du vaccin : précautions dans les scarificalions faites aux vaccinifères, propreté des étables, préparation rigoureusement aseplique de la pulpe, soins à prendre de la part de ceux qui manipulent le vaccin. (Voy. l'Asepsie du vaccinaleur, par E. Caaumier. Revue internat. de la vaccine, n° 5, mars-avril 1913.) C’est à ce point de vue que l'examen des champignons nous paraît devoir remplir un rôle assez important dans le contrôle des vaccins, que la plupart des Instituts vaccinogènes font actuellement avec grand soin pour les bactéries.

Ces recherches nous montrent aussi la nécessité des précautions d’asepsie dans la vaccination à l’homme et l'utilité de protéger les plaies vaccinales.

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