‹ Étude de neuropathologie sur les radiculitesChapitre 2 sur 20 · LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE ET FILS 19, RUE HAUTEFEUILLE · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE ET FILS 19, RUE HAUTEFEUILLE

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LES RADICULITES

Il existe en neurologie un certain nombre d’affections qu’on est aujourd’hui en droit de rattacher aux lésions des racines nerveuses.

On connaît depuis longtemps les paralysies radiculaires obstétricales ou chirurgicales, les sections et ruptures traumatiques des racines ou des plexus, les compressions par mal de Pott, tumeurs vertébrales ou méningées. Plusrécemment, on à établi les relations qui existent entre les lésions des racines et les troubles radiculaires du tabès. L’anatomie pathologique a montré d'autre part quelles dégénérescences secondaires produisent sur ces mêmes racines les lésions de Ia moelle ou celles des nerfs périphériques.

À côté de ces faits, il en est d’autres moins connus, sur lesquels ilnous semble utile d'attirer l’attention. Ce sont ceux que produisent les processus inflammatoires primitivement localisés sur les racines et leurs enveloppes. Si quelques-uns ont été parfois décrits isolément, la plupart n’ont été qu’à peine entrevus ou sont restés confondus avec des affections essentiellement différentes soit dans le groupe des myéiopathies, soit dans celui des névrites périphériques. Ces rhizopa-

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thies (1) particulières nous ont paru cependant présenter un grand intérêt et constituer à elles seules {out un chapitre nouveau de pathologie nerveuse. Ge sont elles qu'à l'exemple de notre maître le professeur DeyeriNE, nous avons voulu réunir et décrire sous le nom de radiculites.

L’utilité et la justification de ce groupement de faits résident non seulement dans la connaissance de leurs symptômes généraux, dans la notion de leur étiologie et de leur pathogénie communes, mais encore pour la plupart d’entre eux dans la similitude de leur évolution, de leur pronostie et de leur traitement.

La synthèse que nous proposons repose, croyons-nous, sur un nombre suffisant de faits pour mériter une place importante en sémiologie nerveuse.

C'est au début de 1906, pendant notre internat à la Salpêtrière, que nous avons eu l’idée de cette étude. Nous avons entrepris ce travail dans le service, sur les conseils et grâce à l’appui si affectueux de notre maître le professeur DEJERINE, que nous ne saurions assez remercier ici.

(1) Rhizopathie (de pifa, racine). Nous prenons ce terme général, suggéré par À. Tomas, pour désigner toutes les affections des racines, quelles qu'en soient l'origine et la nature, Les radiculites ne sont qu'une de leurs variétés les plus importantes,

Définition.

Par le terme de radieulites, nous désignonsun groupe anatomo-clinique, dont les symptômes et les lésions relèvent d'allérations inflammatoires, superficielles ou dégénératives, des racines des nerfs sous l'influence d’un processus infeclieux ou toxique.

Dégagées de tout autre syndrome nerveux, ces rhizopathies sont des affections dans lesquelles l’atteinte des racines et de leurs enveloppes est ou paraît essentiellement primitive et suffit à expliquer les troubles observés.

Ne font, par conséquent, pas partie de ce groupe les cas dans lesquels la dégénération des racines est secondaire et liée intimementaux lésions des nerfs périphériques ou à celles des centres médullaires (poliomyélite aiguë ou chronique, syringomyélie, etc...). De même que les plaies des nerfs n’apparliennent pas au groupe des névrites, de même Îles sections traumatiques, les contusions et les déchirures obstétricales ou chirurgicales des racines ou des plexus doivent être séparées de celui des radiculites (1).

(1) Paur Camus et A. Sézary, Les Radiculites (La Presse médicale, 24 août 1907).

Symptomatologie générale.

L'étude clinique des radiculites permet, au milieu des formes les plus variées, de dégager, puis de grouper des symplômes communs qui justifient leur synthèse et caractérisent ces affections. Au lieu d’en faire une énumération théorique, il nous parait plus juste de les décrire dans leur ordre d’apparition et en prenant pour exemple l’un des types les plus fréquents.et les plus démonstratifs.

On peut, semble-t-il, observer deux modes de début des radiculites : rapide ou lent et progressif.

Le premier est rare, pour ne pas dire exceptionnel. On le rencontrerait au cours des méningites cérébro-spinales ou rachidiennes aiguës. Les symptômes radiculaires débuteraient alors après des prodromes d'infection méningée plus ou moins caractérisée, avec rachialgie, signe de Kernig, fièvre et réaction inflammatoire du liquide céphalo-rachidien. Le malade éprouve des douleurs violentes dans tout le territoire radiculaire intéressé. C’est une véritable douleur en éclair qui peut se reproduire un certain nombre de fois. Ultéricurement, apparaissent des troubles moteurs, sensitifs ou trophiques, qui permettent de préciser les racines atteintes,

La rareté de ces cas doit tenir à ce fait que, d'ordinaire, ou bien la méningite guérit rapidement, et la lésion n’a pas le temps de se constituer, ou bien elle évolue vers la mort,

et les troubles radiculaires sont éclipsés par les symptômes généraux. À

Cependant, les radiculites pourraient être observées tardivement etseraient dès lors considérées plus justement comme des sequelles de la méningite (1).

Plus souvent, sans doute, la soudaineté n’est qu’apparente et ce n’est qu'après des prodromes plus ou moins vagues qu'un épisode aigu paraît constituer le début brusque de l'affection.

Dans les cas les plus typiques, au contraire, dans les radiculites cervico-brachiales de la période tertiaire de la syphilis, par exemple, telles que nous les montrent nos observations, voici comment le plus souvent les symptômes se présentent.

Peu à peu et sans cause apparente, parfois à l’occasion de quelque fatigue ou effort, le sujet éprouve de petits phénomènes pénibles et douloureux dans la région cervicale postérieure. Progressivement, en quelques jours, ces douleurs augmentent d'intensité et de durée, elles deviennent presque permanentes. De la nuque ou de la région interscapulaire, elles irradient dans la moitié correspondante du cou, puis vers le moignon de l'épaule et le membre supérieur.

Sourdes et continues, ou plus souvent revenant par accès d’acuité très grande, elles présentent les principaux caractères de ces douleurs par compression radiculaire, décrites par Gowers et par CHarcor dans le mal de Porr ou le cancer vertébral. Bien connues dans ces affections, elles sont d’ordinaire désignées sous le nom de pseudo-névralgies. Presque toujours elles sont ici rappelées ou exagérées sous forme de

(1) V. Courrezcemonr, Contr. à l'ét. des accidents nerveux consécutifs aux méningites aiguës simples, Thèse de Paris,1904. — Winaz et LEMNIERRE.

Les suites éloignées des méningites cérébro-spinales. Soc. méd. des hôpil., 26 déc. 1902.

paroxysmes violents qui les rapprochent étroitement des véritables douleurs fulgurantes du tabes.

Si parfois la crise survient spontanément, elle est aussi souvent provoquée par les mouvements ou les efforts. Les paroæysmes subits sont, phénomène capital, motivés brusquement par une secousse violente, une quinte de toux, laction de se moucher, l'effort pour soulever un objet. Il en est particulièrement ainsi de l’ébranlement central produit par l’'éternuement. Celte exacerbation, si vive bien souvent qu’elle arrache un cri au malade, avait déjà frappé quelques auteurs: elle a été mise en valeur et décrite sous le nom de « signe de l'éternuement » par MM. Desenine, Leenaanpr et NoréRo (1), comme un bon indice du siège méningo-radiculaire de la lésion. Elle a depuis été mentionnée par Sicarp (2), par RousseLLier (3), par nous-même (4) et par d’autres observateurs,

C’est là, semble-t1l, un symptôme sinon pathognomonique, du moins de grande valeur pour le diagnostic des radiculites ; il ne paraît pas exister dans les poliomyélites ni dans les névriles périphériques. Il est constaté dans la plupart de nos observations : presque tous nos malades nous ont, soit spontanément, soit après interrogaloire, confirmé la réalité de cette notion, Beaucoup nous attestent n'avoir pu, pendant un temps variable au début de laffection, ni élernuer ni tousser sans ressentir aussitôt une doaleur déchirante dans la région rachidienne et dans le territoire radiculaire intéressé.

(4) DeseriNe, LEENnanpr el Noréro, Névrile radiculaire cervico-dorsale ME douleurs très vives pendant l'éternuement. Soc, de Neurologie, $S juin (2) SicARp, Soc. de Neurologie, même séance.

(3) RoussezLieR, Les troubles de la sensibilité dans la radiculite sciatique

syphilitiqüe. Thèse de Paris, juillet 1907, (4) P. Camus et Sézany, Soc, de Neurologie, 6 déc. 1906, p. 4472.

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Ce phénomène existe aussi bien dans les lésions lombosacrées que dans celles qui intéressent les racines cervicales ou même celles des nerfs crâniens.

Comparées par les malades à des sensations d’arrachement ou de coup de poignard, ces douleurs paroxystiques trradient de la racine vers la périphérie en paraissant suivre le trajet des nerfs correspondants.

La pression des troncs nerveux, des filets terminaux ou des masses musculaires permet parfois de réveiller on d’exagérer les douleurs, mais jamais avec autant de constance et d'intensité que dansles névrites périphériques. C'est là, ainsi que l’unilatéralité habituelle, un des caractères distinctifs de ces deux affections.

Dans les radiculites lombo-sacrées, le signe de Lasiaur est pour ainsi dire toujours constant. Les points douloureux de Vazceix existent parfois, mais sans grande netteté. Rousser- LIER les a trouvés positifs, mais, dit-il, non en rapport avec l'intensité des troubles radiculaires. Il est, par contre, fréquent de provoquer une douleur vive par la pression profonde sur la partie latérale des vertèbres correspondantes aux racines malades. Il en est particulièrement ainsi pour les régions cervicales latérales plus facilement accessibles, au niveau du point d’'Ers, sur la sixième apophyse transverse. L’allongement des racines par traction sur le moignon de l’épaule est souvent des plus pénibles. Ces douleurs existent aussi en arrière dans les gouttières vertébrales, sans doute à l'émergence des branches postérieures des nerfs rachidiens. Lonrar-Jaco, Larocie (1) insistent sur la valeur de ces points douloureux apophysaires ou juxla-apophysaires dans les névralgies radiculaires du membre supérieur. Ils rappel-

(1) Evo. Larocue, Valeur de la topographie radiculaire dans les névralgies du membre supérieur. Thèse de Paris, 1907.

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