CONCLUSIONS
Les faits cliniques, les constatations anatomiques, les notions étiologiques et les considérations pathogéniques de toute cette étude nous mènent logiquement aux conclusions suivantes :
Il existe-en neuropathologie un groupe d’affections, antérieurement confondues avec les maladies de la moelle ou avec celles des nerfs périphériques, et qui doit être très nettement individualisé à l’heure actuelle sous le nom de radiculites.
Ces rhizopathies particulières sont essentiellement distinctes des paralysies traumatiques, obstétricales ou chirurgicales des racines et des plexus. Dégagées de tout autre syndrome nerveux, elles nous apparaissent en clinique comme des affections autonomes, liées à l’altération primitive des racines et de leurs enveloppes.
Précédées ou accompagnées de phénomènes méningitiques frustes, les radiculites se caractérisent par un ensemble de symplômes communs rigoureusement répartis dans le domaine des racines intéressées. Ce sont surtout des troubles sensitifs : douleurs, hyperesthésie, paresthésie, anesthésie, des troubles moteurs, de l’atrophie musculaire, parfois des troubles trophiques, vaso-moteurs ou oculo-pupillaires.
Les caractères des douleurs, leur siège, leurs irradiations,
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leur apparition ou leur exaspération sous l’influence de certaines causes ou de quelques manœuvres, la topographie des troubles sensitifs, la répartition des troubles moteurs et trophiques, l’état de la réflectivité et des réactions électriques, l'étude des réactions méningées, la limitation radiculaire pure de ces symptômes, éclairés par la notion des antécédents et de l’évolution, constituent les principaux éléments du tableau morbide.
Dans le groupe des radiculites, on peut distinguer des jormes cliniques qui doivent leurs caractères particuliers soit à la prédominance de tel ou tel symptôme, soit à leur localisation aux différents étages de l’axe encéphalo-médullaire.
C'est ainsi que nous avons décrit, en les appuyant toujours sur des exemples, des formes presque exclusivement sensitives, des formes surtout motrices et des formes sensitivo-motrices. Nous avons, suivant le siège, vu des modalités particulières : cervicales, cervico-dorsales, lombaires, lombo-sacrées, sacro-coccygiennes. Pour les paires crâniennes, nous avons vu qu’il existe aussi des formes de paralysies qu’on peut homologuer aux radiculites rachidiennes et que des caractères spéciaux permettent de distinguer des paralysies tronculaires ou périphériques.
A côté enfin des formes limitées on doit admettre des formes disséminées et généralisées, dont le diagnostic est souvent des plus délicats avec le tabès, mais dont la valeur doctrinale, et surtout l’importance aux points de vue du pronostic et du traitement nous apparaissent considérables. C’est, croyons-nous, à des radiculites multiples qu'il faut rattacher quelques-uns de ces cas si analogues par certains côtés au tabès incipiens, mais dans lesquels les symptômes radiculaires sont parcellaires, disséminés, atypiques dans
leurs sièges, non progressifs, mais curables par le traïtement antisyphilitique.
En dehors du tabès, le diagnostic des radiculites peut aussi présenter des difficultés avec les névrites périphériques ou tronculaires, avec les tumeurs rachidiennes et surtout avec les myélopathies dont quelques-unes (poliomyélite, syringomyélie), dans leurs formes limitées, présentent des syndromes radiculaires des plus nets.
La conception des radiculites n’est pas purement clinique ; guidée par des données étiologiques, facilitée par des interprétations pathogéniques, elle repose sur des constatations anatomo-pathologiques solides.
Dans l’ensemble des lésions observées, il importe d’en distinguer de primitives ou essentielles, et de corrélatives ou accessoires. Les premières, condition de la radiculite ellemême, traduisent l'atteinte inflammatoire de la racine et de ses enveloppes, les autres sont l’effet de la dégénérescence secondaire des fibres radiculaires.
A côté de l’intérêt clinique et nosologique que présentent les radiculites, il importe enfin de signaler la grande utilité pratique de leur étude.
L'expérience démontre la nature syphililique de la plupart d’entre elles et, dans nombre de cas, un diagnostie précoce conduit à un traitement efficace.
Vu: Le Président de la thèse, Vu: Le Doyen, J. DEJERINE L. Lanpouzy.
. Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris, L. Lrarn.