X. Idem dans la pneumonie
XL Idem dans, le rhumatisme articulaire aigu. 144
Xll. De la tolérance pour l’alcool 145
XI IL De la place de l'alcool dans le cadre de la matière médicale. 149 XIV. Modes d'administration et doses 154
Conclusions générales
Paris. — Imprimerie de J. Domaine, rue Christine. 2.
AYANT-PROPOS
En publiant aujourd’hui ce modeste travail sur l’utilité de l’alcool en hygiène et en thérapeutique, l’auteur ne peut se dissimuler l’opposition et les critiques que suscitera nécessairement l’étude d’un agent qui n’a jamais eu autant d’ennemis qu’à cette époque, où on lui attribue la responsabilité la plus large dans les désastres et les calamités de notre chère et malheureuse patrie.
Alors que les législateurs et les médecins unissent leurs efforts, les premiers par de nouvelles peines édictées contre l’ivresse et ses conséquences, les seconds par des associations fondées dans Tunique but de restreindre les effrayants progrès de l’alcoolisme, il faut avouer que les circonstances sont peu favorables à la thèse qu’il défend; quelques-unes des idées émises par lui paraîtront certainement téméraires et intempestives.
Aussi, aurait-il renoncé à cette publication, s’il n’avait aujourd’hui, pour excuser sa hardiesse et sa témérité, à présenter à ses lecteurs les exagérations incroyables auxquelles se sont laissé entraîner certaines personnes, dans le procès intenté avec tant de raison à l’abus des boissons alcooliques.
En effet, parmi les accusations qui figurent dans les nombreuses pièces de ce procès, les plus terribles ont été dirigées surtout par les membres du corps médical.
Là, c’est un confrère distingué (1) qui, pénétré des effets désastreux des boissons spiritueuses , déplore qu’une si grande partie du sol de la France soit plantée de vignes,
(1) Despine, Le démon alcool , ses effets désastreux, moyens d’y porter remède. Paris, 1871.
AVANT-I'KOPOS.
demande que l’autorité en défende la culture et applaudit à la propagation des vers qui en rongent les racines.
Ici, c’est un savant hygiéniste (1) qui appelle l’attention de l’Académie des sciences sur la rapidité de la putréfaction, qui se manifesterait, après la mort, chez les ivrognes et les alcooliques, et qui veut enlever à l’alcool son pouvoir antiseptique et coagulant des éléments organiques, utilisé journellement pour la conservation des pièces anatomiques.
Il n’est pas jusqu’aux praticiens de Londres qui, tenant compte de l’opinion publique justement effrayée, de l’autre côté du détroit, par le rôle de l’ivrognerie dans les affreuses scènes de la Commune de Paris, et inquiétée par les prescriptions des préparations alcooliques usitées si fréquemment parles médecins anglais, n’aient cru devoir affirmer, dans une réunion tenue dans la vaste salle d’Exeter-HalI, le 31 octobre 1871, que « sans vouloir abandonner l’usage de l’alcool dans le traitement de certaines maladies, ils pensent que cet argent, quelle que soit la forme sous laquelle il est administré, doit être toujours prescrit avec autant de soin que tout autre médicament puissant».
Inutile pour l’auteur d’ajouter que l’alcoolisme sous tentes ses formes n’a pas de plus grand ennemi que lui ; il déplore l’abus des boissons spiritueuses dont il attribue la consommation croissante et prodigieuse à deux causes principales :
1° A cette activité incroyable, à cette sorte de concurrence vitale effrénée, qui se manifeste aujourd’hui plus qu’à toute autre époque dans toutes les classes de la société et qui pousse l’homme à l’usage et à l’abus des agents propres à entretenir et à augmenter l’excitation de son système nerveux ;
2° A l’insuffisance de l’alimentation dans les classes pauvres, insuffisance qui peut être suppléée pendant un certain temps et dans une certaine mesure par les aliments d'épargne , dont le principal est l’alcool.
Parmi toutes les causes d’ivrognerie, la plus importante est, sans contredit, la condition sociale, et malheu-
(I) Chnmpouillon, communication à l’Académie des sciences. ( Comptes rendus, t. lxxiv, p. 88^.)
AVANT-PROPOS
reusement la pauvreté. « Une position telle qu’il faille se passer non-seulement de tous les agréments de la vie, dit Kœscli, mais encore en travaillant beaucoup, des choses les plus nécessaires, n’est pas la moins fréquente des causes d’ivrognerie. Pour apaiser sa faim et se rendre propre à travailler, pour échauffer son maigre corps couvert de haillons, pour se mettre à même d’oublier pendant une heure sa misère, le pauvre a recours à l’eau-de-vie. »
Que faut-il donc pour empêcher l’abus des boissons spiritueuses et pour combattre les terribles effets de l’alcoolisme au sein des classes populaires?
On prétend punir l’ivresse dès qu’elle conduit au trouble de l’ordre ou à la violence. Mais qui frappe-t-on ainsi?
Est-ce l’ivrogne, l’individu qui se livre habituellement à l’abus des boissons spiritueuses? Certes non, car l’habitude lui fait supporter facilement, sans que son intelligence soit beaucoup dérangée, les doses énormes qu’il absorbe.
Le plus souvent, c’est chez l’homme ordinairement sobre et frugal, que se manifeste l’ivresse avec son cortège de symptômes les plus épouvantables et les plus dangereux (délire furieux, tendance à la violence et à l’homicide, etc.).
Quelquefois même, au milieu de l’affreuse scène qui se déroule chez l’homme ivre et qui conduit celui-ci à des actes criminels ou répréhensibles, on doit considérer comme le principal coupable, le distillateur ou le fabricant de la boisson ingérée, qui, dans le but d’un gain plus considérable, ne craint pas de se livrer à des falsifications pernicieuses pour la santé du consommateur.
Quant aux impôts que l’on frappe sur les boissons spiritueuses, ils n’ont jamais eu le pouvoir d’en restreindre la consommation. Leur effet, le mieux démontré aujourd’hui, c’est de pousser les fabricants et les distillateurs aux falsifications les plus étonnantes et les plus désastreuses.
Que dire des sociétés de tempérance, sinon que dans les pays où elles ont fonctionné en plus grand nombre et avec le plus de succès, elles n’ont pu arriver jusqu’ici à y déraciner le vice de l’ivrognerie?
D’autres moyens ont été proposés récemment par des hygiénistes et des médecins distingués; mais nous craignons
VI AVANT-PROPOS
beaucoup qu’ils ne soient pas plus efiicaces que les précédents pour réprimer l’alcoolisme sous les différentes formes qu’il présente.
Un avis au public sur les dangers qu’entraîne 1 abus des boissons spiritueuses (1) aura certainement une grande utilité pour les gens instruits et doués d’éducation, mais restera lettre morte en présence de l’ignorance ou* de l’indifférence des masses populaires. Quels que soient les infirmités désolantes et les accidents affreux dont elle menace ceux qui abusent de l’alcool, une simple affiche placardée à la porte des tavernes et des estaminets ne constituera jamais un épouvantail pour les ivrognes attirés vers ces établissements par les couleurs et les émanations séduisantes des liqueurs spiritueuses.
La ligue contre l’alcoolisme, préconisée par M. Foville (2) , trouvera vite des partisans et des adhérents parmi les personnes sérieuses et les gens mariés qui peuvent se passer facilement des cafés et des estaminets, mais elle n’empêchera pas l’ouvrier elle célibataire de s’exposer à l’alcoolisme dans les restaurants, où ils prennent journellement leurs repas et où ils passent souvent, le verre à la main, une grande partie de leurs après-midi et de leurs soirées.
Quant au moyen proposé par un médecin distingué (3), et qui consiste à priver l’ivrogne de ses droits civiques et électoraux, son application rencontrera forcément des difficultés insurmontables et sera une source de différends, de procès et de poursuites, quand l’individu frappé par la loi aura été victime d’accusations injustes ou de bruits calomniateurs.
Il n’y a qu’un moyen, croit l’auteur, de mettre un terme à la consommation croissante des liqueurs spiritueuses et
(1) Bergeron, Avis sur les dangers qu’ entraîne l'abus des boissons alcooliques (Bull, de l’ Acad, de méd., t. xxxm, p. 528).
(2) Moyens pratiques de combattre l’ivrognerie, proposés ou appliqués en France, en Angleterre et en Amérique (Ann. d'hygiène et de méd. lég., 2e sOrie, t. xxxvn).
(3) Th. Roussel, De l'ivresse, de l’ivrognerie et de l'alcoolisme au point de vue de la répression légale ( Bulletin de l’Académie de méd., t. xxxvi, p. 616).
AVANT- PROPOS
des boissons excitantes, c’est d’améliorer le régime du pauvre et de l’ouvrier, et de faciliter à ceux-ci l’acquisition des aliments plastiques et véritablement réparateurs. La diminution du prix des denrées de première nécessité (viande, lard) serait nécessairement suivie d’un certain abandon des aliments d’épargne et antidéperditeurs, dont l’organisme sentirait alors beaucoup moins la nécessité.
Et s’il était besoin d’invoquer des faits à l’appui de la thèse qu’il défend, il citerait l’exemple des habitants des pays vignobles où la consommation d’eau-de-vie et de boissons alcooliques est excessivement faible; ce qui tient évidemment à l’aisance de ces populations habituées à une alimentation saine et réconfortante. 11 pourrait présenter les résultats de statistiques bien établies, qui démontrent, dans chaque contrée et dans chaque pays, que la consommation de l’alcool est d’autant plus considérable et plus répandue, que la population est plus misérable et plus mal nourrie (1).
L’auteur dira donc aux hygiénistes comme aux législateurs :
Voulez-vous lutter avec chance de succès contre l’alcoolisme et combattre ce mal sous toutes ses formes:
Améliorez la condition des classes pauvres, donnez-leur une alimentation plus saine, plus ample, plus réconfortante.
Fondez des établissements populaires où le pauvre sera certain de trouver, à peu de frais, des aliments fortifiants et riches en matières nutritives et des boissons toniques et excitantes, mais dont les doses seront sagement limitées et qui ne seront point falsifiées.
Au besoin, obligez les directeurs d’ateliers et les chefs de manufactures à établir, dans le voisinage, des fourneaux économiques et des restaurants, dirigés et surveillés par eux, et où les ouvriers recevront chaque jour une nourriture d’autant plus abondante qu’ils seront sounîis à un travail plus long et plus fatigant.
(J) Voyez Dictionnaire encyclopédique des scienc<s medicales, t. u, art. Alcoolisme, par Lancereaux. p. (j83.
vm
AVANT-PROPOS
Quant aux autres établissements, surveillez-Ies attentivement; soumettez -les à des visites fréquentes et faites spécialement dans le but de s’assurer de la bonne qualité des aliments et des boissons, afin d’empêcher toute falsification ou toute fraude pouvant compromettre la santé publique.
« En même temps répandez h pleines mains l’instruction et les lumières parmi le peuple, comme le conseille le professeur Bouchardat ; redoublez de zèle pour fonder des bibliothèques populaires où se trouvent les livres qui élèvent, moralisent et honorent l’esprit humain ; ouvrez aux heures du repos des cours publics et gratuits où soient enseignées les vérités utiles aux ouvriers. »
Enfin, cherchez à entretenir et à développer dans les classes pauvres l’amour de la propriété et à remplacer la vie de cabaret par la vie de famille. Suivez l’exemple des organisateurs de la cité de Mulhouse qui, en moins de G ans, ont rendu près de 400 familles propriétaires d’une maison avec jardin (J. Simon) (1).
Et vous verrez alors, seulement alors, la débauche disparaître de nos grandes cités manufacturières et l’alcoolisme devenir de plus en plus rare dans les tavernes et dans les hôpitaux.
Paris, cc \o juin 1 872.
A. Marval’d.
!( L’Ouvrière, p. 351.