VIII. L'alcool agit sur les centres nerveux à la façon
des anesthésiques.
§ J . ■ — L’abolition de la sensibilité, sous l’influence de l’alcool, était un fait connu bien longtemps avant la découverte des principaux anesthésiques, et la torpeur ébrieuse a même été utilisée dans quelques cas pour pratiquer certaines opérations chirurgicales.
Bouisson (1) a cité, d’après Deneux, l’observation d’une femme ivre qui, apportée à l’Hôtel-Dieu d’Amiens dans un état d’insensibilité profonde, accoucha facilement et sans la moindre douleur.
Blandin (2) pratiqua une amputation de cuisse sur un ivrogne qui resta complètement insensible pendant l’opc-
(1) Traité théorique et pratique de la méthode anesthésique, p. 469. <2) Bulletin de l’Académie de médecine. Paris, 1847, 1. 12.
32 1)E l’action physiologique
ration; et du temps de Percy, il y eut même une famille de rebouteurs qui employait l’alcool à haute dose pour provoquer la résolution musculaire utile à la réduction des luxations difficiles.
Nous-même, nous avons été témoin d’un fait analogue à celui de Blandin chez un homme ramassé sur la voie publique et blessé grièvement à la partie inférieure de la jambe droite par la roue d’une charrette. Le tibia et le péroné ayant été fracturés en plusieurs endroits, on dut recourir à l’amputation au tiers supérieur de la jambe. Pendant tout le temps que dura l’opération, le blessé ne fit entendre aucune plainte, et se livra, au contraire, à des plaisanteries hors de propos et à un bavardage presque continuel ; si bien, qu’on put croire un moment avoir affaire à un homme d’une énergie peu ordinaire contre la douleur. Mais, au bout de quelques heures, les vapeurs alcooliques s’étant sans doute dissipées, l’opéré commença à accuser des souffrances vives, poussa des plaintes et des gémissements, et montra une excitabilité nerveuse excessive qui persista jusqu’à sa complète guérison.
L’anesthésie alcoolique est donc bien prouvée ; reste à déterminer les rapports plus ou moins intimes qu’elle présente avec l’anesthésie produite par le chloroforme et par l’éther.
§ 2. — Si l’on observe avec attention les troubles qui constituent l’ivresse et ceux de l’anesthésie chloroformique, on est frappé de l’analogie qui existe entre ces deux ordres de phénomènes : aussi a-t-on été conduit à se demander si les mêmes effets ne se rattachaient pas aux mêmes causes, et si l’anesthésie par le chloroforme et l’éther n’était pas un simple état d’ivresse, chloroformrausch , comme disent les auteurs allemands.
Nous croyons utile de mettre en relief les points communs que présente le tableau symptomatique de l’ivresse de la chloroformisation et de l’éthérisme, en comparant les trois observations suivantes faites sur des chiens par L. Lallemand et Perrin :
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