CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Il n’est pas possible de déterminer le rôle de l’alcool dans l’organisme sain, sans présenter auparavant quelques considérations relatives cà l’histoire chimique de ce corps, et de rendre compte de l’emploi médical et chirurgical de ce médicament, sans donner, préalablement au moins, un aperçu sommaire de ses préparations les plus usuelles et des formes diverses sous lesquelles il est employé, soit en hygiène, soit en thérapeutique.
C’est à ces deux raisons qu’il faut attribuer l’étude préliminaire qui commence notre travail.
L’alcool absolu ou esprit ardent [spiritus ardens) a pour formule C4 II6 O2; mais on ne l’emploie jamais à l’état de pureté ; il est toujours associé à une certaine quantitéd’eau.
Sa densité, à la température de 15°, est de 0,794. 11 bout à 78° 41, sans altération, à la pression ordinaire. I) ne peut être solidifié par le froid produit dans les laboratoires.
DK L’.ACTIOiN PHYSIOLOGIQUK
La densité de sa vapeur égale 1 , G 1 3 3 .
Au contact du platine, les vapeurs d’alcool, mélangées d’air, se transforment en aldéhyde et en acide acétique :
OH602 + O9 = IW + C4H401 2 (aldéhyde)
C4H4GS (aldéhyde) -j-02 = C4H404 (acide acétique).
Il brûle avec une flamme jaunâtre, et fournit de l’acide carbonique et de l’eau, quelquefois avec un dépôt de charbon.
L’alcool absorbe la plupart des gaz, et en dissout plusieurs en plus grande quantité que l’eau : tels sont l’oxygène, l’acide carbonique (Pelouze et Frémy) (1).
L'alcool rectifié marque 88° à 90° centésimaux; c’est un liquide dont la fluidité ne le cède qu’à celle de l’éther, et qui renferme habituellement de l’eau, une matière colorante, un ou plusieurs éthers et une huile volatile, conséquemment un parfum variable, suivant la substance qui lht fourni (Gubler) (2).
L’alcool dilué est principalement employé en thérapeutique ; les trois degrés alcooliques les plus usités sont les suivants : l’alcool à 88° G., l’alcool à 80° G., l’alcool à 56° ou eau-de-vie.
L’alcool est le produit de la fermentation du sucre.
Un équivalent de sucre fournit quatre équivalents d’acide carbonique et deux équivalents d’alcool.
C»*H”0,# = 4Co2 + 2 (C4H602).
Il existe tout formé dans les liqueurs spiritueuses (Gay- Lussac). 11 provient de leur distillation, et prend des noms différents, suivantla nature du liquide dont il a été extrait. On appelle eau-cle-vie le produit de la distillation des vins ; rhum, le produit distillé du suc de la canne àsucre; arrack ou rack, l’esprit-de-vin de riz ; genièvres t whisky , les eauxde-vie de grains ou de froment aromatisées; l’alcool de koumiss ou lait de jument fermenté, etc.
L’alcool constitue, de plus, l’élément fondamental des
(1) Traité tic chimie organique .
(2) Gubler, Commentaires du Codex, art. Alcool.
boissons alcooliques , dont la consommation, si générale en Europe, s’est répandue rapidement dans le Nouveau-Monde; nous ne ferons que mentionner les vins , le poiré, le cidre , la bière , etc.
Nous n’avons point à étudier ici l’influence complexe et différente qu’a chacune de ces boissons sur l’organisme, et à faire la part des éléments divers, autres que l’alcool, qui entrent dans leur composition. Nous ne nous occuperons donc pas des modifications que présente l’action de l’alcool, suivant qu’il est associé, en proportion plus ou moins grande, à telle ou telle substance que l’analyse chimique révèle dans les vins, telles que le sucre, la gomme, V éther et V acide œnanthique, les substances amères, les acides végétaux , les divers sels et les matières colorantes; suivant qu’il est en présence d’autres éléments, contenus principalement dans le cidre et la bière, tels que les amers , les ferments , la dextrine , Y acide carbonique, etc.
Nous nous bornerons tout simplement à l’étude de l’alcool pur, c’est-à-dire débarrassé de toutes les substances avec lesquelles il est habituellement en rapport. Dans l’appréciation de son action physiologique, nous ne tiendrons compte que de la plus ou moins grande proportion d’eau qui, combinée avec lui, atténue les effets de cet agent énergique.
Insistons, en outre, sur l’erreur que commettent la plupart des auteurs en confondant les effets de l’alcool avec ceux du vin, qui, outre qu'il renferme beaucoup cle substances étrangères, comme nous l’avons vu plus haut, ne contient que 10 à 15 p. 100 d’alcool; il est nécessaire de différencier ces deux liquides, au double point de vue physiologique et thérapeutique.
Ire PAüTIE.
EFFETS PHYSIOLOGIQUES DE l’aLCOOL.