XIV. — Modes d' administration et doses
Les auteurs qui ont le plus employé et préconisé la médication alcoolique , ont insisté sur la nécessité de donner les spiritueux à l’intérieur, à doses fractionnées. Todd avait formulé ce précepte,4 et lui-même, comme nous l’avons dit, administrait toutes les deux heures à ses malades une cuillerée d’eau-de-vie étendue d’eau.
Ses successeurs ont suivi son exemple, et nous voyons, dans ces derniers temps , Béhier donner l’alcool à 56° c. à la dose de 80, ISO et même 300 grammes, additionnés de 80 à 100 grammes d’eau édulcorée, sous forme de potion, à prendre par cuillerées, à 1, 2 ou 3 heures d’intervalle.
Telle est \a potion de Todd , dont l’emploi est si fréquent aujourd’hui dans la pratique médicale.
S. Jaccoud emploie l’eau-de-vie ou Je rhum à la dose quotidienne de 40,80 à 100 gr. suivant les cas, administrés dans la potion cordiale du Codex.
Mais, quant à la différence des effets produits par l’alcool suivant les doses auxquelles il est prescrit, suivant son usage passager ou plus ou moins prolongé , les auteurs en ont presque complètement négligé l’étude. Pourtant le sujet était assez important et offrait assez d’intérêt pour attirer l’attention.
Ne savons-nous pas, en effet, combien l’action de l’alcool sur l’organisme sain est variable, suivant que ce liquide est. ingéré à doses modérées ou à doses fortes? Ne connaissonsnous pas les diverses phases que présente le tableau de l’ivresse, sous l’influence de l’ingestion progressive des boissons spiritueuses? Quel rapport y a-t-il entre cet homme qui bavarde et qui gesticule , qui présente une animation, une activité et une agitation incroyables, qui a l’œil brillant, le visage animé et congestionné et dont les sens sont d’une finesse rare et d’une excitabilité excessive , et cet autre qui gît immobile dans un état profond d’engourdissement ou de sommeil, qui ne répond pas aux questions qui lui sont faites, dont la face est pâle, froide et livide, et qui reste complètement insensible à toute excitation et à toute douleur? Tous les deux sont pourtant sous le coup
du même agent, dont les effets sont différents parce que les doses ingérées sont différentes.
Voilà ce qui se passe dans l’organisme sain; le praticien doit en tenir compte dans l’administration de l’alcool à l’organisme malade.
Or, nous avons vu qu’on pouvailemployer l’alcool à diffétents titres; on devra varier les doses et le mode d’administration de ce liquide suivant l’effet que l’on* voudra obtenir.
Veut-on donner l’alcool comme excitant du système nerveux , il faudra l’administrer à une faible dose et en une seule fois (20 ou 60 grammes d’eau-de-vie dans une certaine quantité d’eau).
Comme antipyrétique , l’alcool doit être prescrit à doses fractionnées, suivant la méthode des médecins anglais et de Béliier (50 à 100, 200 et même 300 grammes d’eau-devie dans une potion à prendre d’heure en heure, mieux de demi-heure en demi-heure).
On peut recourir à la même potion quand on veut obtenir un effet antidéperditeur ou tonique dans des affeclions chroniques ; seulement on doit diminuer la dose d’eau -de-vie , et prendre la potion pendant et après les repas.
Enfin, comme anticongestif, on pourrait prescrire l’alcool à hautes doses. Ainsi , dans la congestion cérébrale, on pourrait utiliser l’anémie qu’il détermine vers les centres nerveux, dans la troisième période de l’ivresse ; mais son action est trop irrégulière et son administration trop dangereuse pour qu’on l’applique dans ces cas, où nous avons à notre disposition des moyens curatifs bien plus sûrs et bien plus efficaces.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
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CONCLUSIONS GÉNÉRALES
1. — L’alcool exerce sur l’organisme sain une action complexe, qui dépend :
1° De sa présence à l’état libre dans le sang;
2° Des altérations qu’il subit dans l’économie.
1° L’alcool, à l’état libre, agit :
A. Sur le sang, où il détermine des effets :
a) Physiques (coagulation, déformation des globules);
b) Chimiques (modifications dans les différents gaz contenus dans le sérum);
c) Physiologiques (influence sur le fonctionnement des globules et changements dans les phénomènes de l’hématose).
B. Sur le système nerveux : a) à faible dose, excitation des fonctions animales (sensibilité, intelligence, motilité); b) à haute dose, perturbation, dépression et abolition de ces fonctions ;
C. Sur la circulation : a) à faible dose, excitation du cœur; d’où accélération du pouls et hypérémie; b) à haute dose, excitation du système vaso-moteur, contraction des artérioles ; d’où ralentissement du pouls et anémie.'
D. Sur la respiration : a) à faible dose, excitation ; b) à liante dose, dépression; d’où augmentation, puis irrégularité et diminution des mouvements respiratoires.
E. Sur la distribution du calorique dans l’organisme (à haute dose, refroidissement de la périphérie, dû à l’anémie des téguments).
F. Sur la nutrition (excitation du système vaso-moteur, d’où anémie et ralentissement des oxydations et des combustions intra-organiques).
L’alcool séjourne plus ou moins longtemps dans les différents organes (cerveau , foie, reins) et dans le sang, et s’élimine par les diverses sécrétions (expiration , sueurs , urine).
2° Une partie de l’alcool absorbé subit des altérations «
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dans l’économie, puisqu’on ne la retrouve pas dans les sécrétions.
Grâce à ces altérations , encore peu connues , mais qui consistent sans doute dans une combustion plus ou moins complète de ses éléments, l’alcool transformé dans le sang exerce une action particulière sur la nutrition.
Le calorique qui résulte de cette combustion étant tout entier transformé en force et en mouvement (par suite de l’excitation imprimée aux fonctions intellectuelles , sensitives et motrices, sous l’influence de l’alcool libre dans le sang) reste latent et ne se révèle par aucune augmentation de température.
Au contraire, l’alcool abaisse la température organique, diminue la quantité d’acide carbonique exhalée par les poumons, restreint la proportion des résidus éliminés par les urines, enraye la désassimilation et favorise la stéatose.
Ce n’est donc pas un aliment respiratoire, mais un aliment anticalorifique et antidéperditeur.
Sa double action comme excitateur des fonctions de la vie de relation ou comme dynamophore et comme dépresseur des fonctions de la vie organique ou antidésassimilateur s’explique facilement d’après le mode de fonctionnement habituel au système nerveux.
La seconde de ces propriétés peut, en effet, être envisagée comme une conséquence de la première , si l’on tient compte de ce fait physiologique bien démontré aujourd’hui, et conforme à la loi de la transformation des forces, que l'appareil sympathique qui préside à la nutrition et à ses principaux phénomènes (assimilation , désassimilation, proliférations cellulaires, échanges, combinaisons et décompositions organiques) agit d’autant moins que l’appareil cérébro-spinal, qui commande aux fonctions intellectuelles, sensitives et motrices, développe une énergie et une activité plus considérables et éprouve une stimulation plus vive et plus durable.
II. — Son double titre comme dynamophore et comme antidéperditeur, assure à l’alcool un rôle considérable et précieux en hygiène alimentaire, comme excitant au tra-
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
vail et. à la veille, comme agent d’épargne dans le régime des classes pauvres et comme stimulant puissant du travail musculaire.
111. — L’alcool exerce sur l’organisme malade des effets plus ou moins complexes, variables suivant l’état morbide contre lequel il est dirigé et suivant la dose à laquelle il est administré, mais dépendant surtout de son triple rôle physiologique :
1° Comme excitant du système nerveux cérébro-spinal;
2° Comme anticalorifique ;
3° Comme antidéperditeur.
Il constitue un médicament utile et précieux , beaucoup trop délaissé aujourd’hui en thérapeutique, et dont l’emploi , indiqué rationnellement dans les phlegmasies (pneumonie aiguë, rhumatisme articulaire aigu, etc.) et les pyrexies (fièvre typhoïde, variole, fièvres éruptives , etc.), et principalement indiqué quand il s’agit de combattre les troubles et les accidents dépendant soit de l’adynamie, soit de l’élévation excessive de la chaleur fébrile, peut donner les résultats les plus avantageux pour le malade et les plus encourageants pour l’art médical.
D’après ses effets physiologiques et thérapeutiques, l’alcool peut être rangé, soit parmi les nervins anesthésiques (chloroforme, éther, etc.), soit parmi les antidéperditeurs (café, thé, coca, maté, etc.) et relie entre elles ces deux séries de médicaments qui doivent être ^sans doute confondues.
Il doit prendre place, dans la matière médicale, parmi les nombreux agents de la médication antipyrétique.