DE LA CONTRACTURE HYSTÉRIQUE
L'étude des contractures hystériques remonte assez ioin ; ies anciens auteurs les avaient entrevues, mais c'est surtout depuis les travaux si remarquables de Charcot et de ses élèves que cette affection est définiuüvement connue et classée. Nous ne pouvons songer à faire 1ei l’histoire complète de lhystérie,etdes théories pathogéniques qui se sont succédées pour expliquer cette singulière névrose aux manifestations multiples et chaque jour plus nombreuses, à mesure qu’on létudie mieux et qu’on apprend à la dépister sous ses dehors trompeurs.
C'est Pomme (1) qui, le premier a nettement indiqué la nature hystérique de certaines contractures qu'il décrit sous le nom de «raccourcissement des extrémités dans la paralysie hystérique » Charcot et l'école de la Salpêtrière constituèrent définitivement lhistoire de cette manifestation névropathique, et pour ne citer que les travaux les plus importants nous signalerons ceux de Bourneville. Notons en passant les
(1) Pomme, in dictionnaire encyclopédique des sciences médicales article hystérie de Grasset. page, 307. quatrième série tome 15.
les articles des dictionnaires de Dechambre et de Jaccoud, et nous arrivons à des dates tout à fait récentes, . à des articles ou à des mémoires qui n’ont que quelques années. Tels sont les travaux de P. Richer (1) et de Babinski, l'excellent article de Souques (2) dans le quatrième volume du Manuel de médecine de Debove et Achard.
Sollier et Malapert (3), dans la nouvelle [conographie de la Salpêtrière, ont décrit les formes volontaires de ces contractures, tandis que Babinski (4) a établi les bases du diagnostic entre la contracture organique et la contracture hystérique.
Dans les intéressantes thèses de Gasnier (5) et de Decourt (6), dans un article de Delprat (7), dans un autre de Gilles dela Tourette (8). nous trouvons relatés de nombreux faits de contractureslocalisées. Parinaud et Borel (9) ont décrit les troubles moteurs des
(4) P Ricuer. paralysie et contractures hystériques. Paris 1892.
(2) Souques, article hystérie Manuel de médecine (Debove et Achard) tome 1. n°274. -
(3) Sozuier er Mazarerr. Nouvelle iconographie de la Salpétrière,
(4) Bapiwskr. Soc. médic. des Hôp., 8 mai 1898.
(5) Gasnier. Thèse de Paris, 1893.
(6) Decourr. Thèse de Paris, 1891.
(7) Derprar. Nouvelle iconographie de la Salpêtrière, 1892,
(8) Gizes DE LA Tourerre. Paris 1887.
(9) Paraup er Borges. Annales d'oculistique, 1887.
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veux, qui ont été considérés comme relevant d’une paralysie, mais qui suivant les auteurs modernes, sont plutôt dûs à des contraetures, au point que Gilles de la Tourette est arrivé à émettre cette conclusion : « Les « muscles de la vision sont frappés de contracture « dans des proportions telles qu’il est à se demander « si l'on doit admettreleurs paralysies. Gelles-ei,{lors- « qu'elles existent, s'accompagnent encore plus fré- « quemment de spasmessecondaires que les paralysies « organiques ; elles sont de plus associces et très fré-
« quemment alternantes ».
En résumé, nous voyons que les contractures sont excessivement fréquentes comme manifestations de la névrose hystérique, elles y sont si communes que Souques, dans le Manuel de Médecine, décrit sous le nom de diathèse de contracture « un état du système « neuro-musculaire tel qu'une excitation souvent «légère provoque la contraeture. On la désigne encore, « dit cet auteur, sous les noms d'opportunité de con- « tracture et de contracture latente. Rien en effet ne « la trahit à l'état normal ».
Elle est très fréquente dans l'hystérie et d’après les recherches de M. P. Berbez on l’a trouvée cinquante deux fois sur soixante dix hystériques des deux sexes.
Longtemps lhystérie et ses diverses manifestations ont été considérées comme l'apanage exclusif du sexe féminin ; mais de nombreux travaux ont apporté la
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preuve que tous les accidents de Ja grande névrose pouvaient se manifester chez l'homme, et Grasset dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales cite les thèses de Petit (1875), Paulnier 1876), Lallemand (1877), Maricourt (1878), Jannet, Klein (1850), ‘ Casaubou (1884), Batault (1885), Quinquetou (1886) et toute une série de mémoires qui ne peuvent laisser de doute à cet égard.
ÿ D'ailleurs, il faut cependant reconnaître que la femme y est tout spécialement prédisposée et qu'elle est beaucoup plus souvent atteinte que l’homme. Sur les troisobservations personnelles que nousconsignons dans ce travail, il s'agissait dans deux cas de jeunes. filles et dans un cas, d'un jeune garçon. Quant à l'age, nous rappellerons seulement que les statistiques de Beau, de Briquet, de Amann, de Scanzoni, de Georget et de Landouzy qui comportent des chiffres fort élevés. sont toutes d'accord pour montrer que Île maximum de fréquence est manifestement de quinze à vingt-cinq ans, bien qu'on ait constaté l'hystérie dans l'enfance et aussi à des âges avancés par exemple de soixante à quatre-vingts ans (Landouzy, Scanzoni).
Les antécédents névropatiques ont ici une très grande importance non pas qu'un sujet hystérique descende fatalement de parents hystériques; mais, comme le dit Déjerine, « l'hystérie ne se combine «pas seulement, dans la succession héréditaire. avec « lépilepsie et l’aliénation mentale, elle peut s'asso-
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«cler à la chorée, à la maladie de Bazedow, à l'ata- «xie locomotrice progressive (Vulpian), à toutes les «névroses, à tous les états nevro et psychopatiques « graves ou légers. » C’est, comme l’a écrit si justement Grasset, la plus héréditaire des névroses.
Il y a plus, et les relations du nervosisme et de l’arthritisme, montrent que l’on peut trouver dans l’hérédité ascendante des hystériques « une mère migraineuse, arthritique, atteinte d'asthme, d'accès d'angine de poitrine neuro-arthritique. » (Déjérine). Chairon a indiqué la phtisie pulmonaire comme une cause héréditaire prédisposante, et Grasset dit l'avoir plusieurs fois constatée.
Si on ne comprend pas, dit cet auteur, les névroses sans voir léurs relations mutuelles, s’il est in-
dispensable en neuropathologie de considérer la fa-
«mille névropathique, il faut aller encore plus loin et « compléter tout cela par la famillé diathésique, en « dehors de laquelle on ne verra que des unités iso- « ]ées, éparses et sans réalité vivante. »
Nous n'insisterons pas davantage sur les condilions étiologiques qui sont en somme, toutes celles que les auteurs classiques ont indiquées pour Phystérie en genéral, dont les contractures que nous éludions ici, ne sont qu'une modalité, qu'une manifestation particulière. |
D'une façon générale, les contractures hystériques ont un début très brusque, contrairement aux con-
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tractures qui relèvent d’affections organiques. — C'est donc tout-à-coup que cet état se révèle, et atteint sussitot son maximum d'intensité dans la plupart des cas. Lorsqu'il disparaît, c'est avec la même soudaineté et d'une facon complète, lorsque l’état pathologique et surtout l'attitude sont récents, mais, lorsque la contracture a persisté pendant plusieurs mois,plusieurs années, il peut s'être produit des lésions définitives, qui, comme le dit Charcot, sont moins le fait de la névrose à proprement parler, que celuide la mauvaise attitude longtemps prolongée. C'est donc avec beaucoup d’h-propos que Souques dit en parlant des contractures ou paralysies qui suivent l'attaque, qu'il ne faut pas les laisser « flâner »,
La plupart du temps, la contracture survient consécutivement à une paralysie de même nature, d'ailleurs,ces deux états dans la névrose se touchent de très ‘près: la contracture n'est, en dernière analyse, qu'une paralysie spasmodique. Le malade a perdu la faculté de faire passer ses muscles contractés à l'état de repos ; dans la paralysie, il a perdu le pouvoir de les faire passer de l'état de repos à l’état de contracture.
Nous avons jusqu'ici rappelé le début ordinaire de lacontracture, caractérisé par la brusquerie ; mais il n'existe pas toujours ainsi. Il peut se faire d'une facon beaucoup plus lente et progressive, tantôt à la suite d’une ou plusieurs crises, tantôt sans queces cri-
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ses aient eu lieu; c'est ainsi que chez l’une de nos malades, les contractures avec déformation du pied sont survenues assez lentement, sans qu'il y ait eu jamais à proprement parler, de véritable crise hystérique.
Lorsque la contracture est établie, elle porte sur tous les muscles d'une région, aussi bien sur un groupe musculaire que sur ses antoganistes, et l'attitude vicieuse n’est due qu'à l'exagération de cet état sur telle ou tellemassecontraetile. Ce quile caractérise surtout, c’est son intensité considérable : la contracture hystérique est unecontracture complète, absolue, beaucoup plus marquée que ne l’est jamais une contracture organique, comme l’a bien montré Babinski. Tantôtelle est fixe et définitive,ne changeant pas de forme jusqu’à sa disparition, tantôt, au contraire, elle possède un certain caractère de mobilité ; elle quitte un groupe musculaire brusquement pour en atteindre un autre, ou bien elle diminue dans une masse musculaire pour prédominer sur les antagonistes, changeant ainsi brusquement les attitudes. Cette mobilité était particulièrement nette dans une de nos observations.
Le plus ordinairement, cette contracture persiste pendant le sommeil physiologique ; au contraire elle diminue ou disparaît par le sommeil hypnotique avee ou sans suggestion, el surtout elle cède complètement pendant le sommeil chloroformique qui constitue un moyen diagnostic de première importance.
Pourtant, il convient de remarquer que l’anesthésie