Dont 12.6 divorces et 25.4 séparations de corps
3. La Thuringe comprend les États suivants : Saxe-Weimar, Saxe-Gotha. Schwartzbourg- Sondershausen, Schwartzboiirg-nudolstadt, Reuss (ligne ain<^e). Reuss (ligne cadette). Les données nous manquent pour Saxe-Altenbourg et Saxe-Meiningen.
4. États-Unis, On a fait grand bruit de la fréquence des divorces en Amérique, et on en a tiré mille conséquences ingénieuses et inattendues. Cest un terrain sur lequel, pour ma part, je craindrais de m'égarer. Les mœurs ^es États-Unis diffèrent profondément des nôtres^ cela est évident, et il est évident aussi que nous sommes trop loin pour avoir de ces mœurs la connaissance profonde qu'il faudrait pour interpréter un document statistique.
Que n'a-t-on été plus loin dans cette voie? On aurait vu qu*à San-Francisco il y a ttS divorces pour 1,000 mariages! U est évident que dans cette ville tout au moins on se fait du mariage une idée tout à fait différente de la notre.
Est-ce un bien? est-ce un mal? Je n'en sais rien, mais je ne reconnais à personne le droit de se prononcer, car les États-Unis ont certes le droit de se dire aussi civilisés que nous. Contentons-nous donc de constater la différence, sans nous mêler de la juger.
Je ne m'arrêterai donc pas à l\^tude des documents américains, pas plus qu'à ceux des pays musulmans. Je crois imprudent de raisonner sur ce qu'on connaît mal.
5. On trouvera § 23, tableau XXIV, la fréquence des divorces et séparations dans les différents pays de TEurope, et pour chacune des onze années 1871-81.
tCHAPITRE I. — îrRK(>UENtE AtlTCBLLrÉ DES DIVORCES EN EUROPE ! i
semblable que ce pelit nombre traduise fidèlement les mœurs de la nation.
Sans insister ici sur des faits que nous établirons mieux plus tard, quelques remarques générales peuvent êlre faites dès à présent sur ce tableau. On y voit, par exemple, combien la fréquence du divorce est élevée dans la plupart des peuples allemands. Elle est extraordinaire en Saxe^ en Thuringe et en Suisse ; sans atteindre à un taux aussi énorme en Wurtemberg et en Bade, elle y est néanmoins très grande.
Les pays allemands mis à part, on doit remarquer combien de peuples, doués du divorce et raccordant même très facilement, comptent moins de discordes conjugales que la France : la Belgique, les Pays-Bas, la Suède, la Norvège, la Finlande, TAlsace-Lorraine, la Russie. Hors les pays allemands, il n'y a en Europe que trois nations qui comptent plus de divorces que la France ; ce sont : la Hongrie (et encore la différence n'est-elle pas grande), le Danemark et la Roumanie.
Une remarque encore sur ce dernier pays : une légende s'est établie sur les mœurs que le Code roumain (calqué sur le nôtre) aurait données à la Roumanie. A en croire cette légende, on changerait à Bucarest de mari, de femme, avec une extrême facilité.
Les chiffres que nous avons consultés font justice de cette fable, dont M. Obédénare s'était plaint déjà avec juste raison dans l'étude démographique qui termine son excellent ouvrage : la Roumanie économique. La vérilé est que les divorces sont un peu plus nombreux en Roumanie que ne le sont les séparations en France, mais que la différence vaut à peine qu'on s'y arrête. 11 en est des divorces roumains comme des suicides anglais ou de la natalité irlandaise (que les jou inalistes français s'obstinent a croire énorme quoiqu'elle soit des plus faibles) ; ce sont autant de légendes.
§ 4. — Méthodes de calcuL — J'en ai employé deux dans le tableau qui précède : j'ai calculé combien de divorces : \^ pour 100,000 couples existants (c'està-dire recensés) ; 2o pour 1,000 mariages célébrés pendant la période observée. La première de ces deux colonnes de chiffres doit être regardée comme beaucoup plus importante que sa voisine.
C'est elle qui exprime véritablement la chance de divorce que. court un ménage dans chacun des pays considérés.
En effet, pour savoir à laide de quels chiffres doit se calculer la chance de divorce^ il faut se poser la question suivante : c Quels sont lea individus suscep-
tibles de divorcer? s Le plus simple bon sens donne la réponse : Les îndividas susceptibles de divorcer sont les gens mariés. C'est donc par leur nombre (ou plutôt par le nombre des couples mariés) (I) qu'il faut diviser le nombre des divorces, pour avoir \r probabilité de divorce dans un pays donné.
Méthode ordinaire. — On aura ainsi un chiffre répondant à celte question : a Pour IfiOO (ou plus commodément pour 100,000) couples existants^ combien de divorces annuels? "%
Cependant la plupart des statisticiens calculent autrement. Ils cherchent, c sur 1,000 mariages contractés dans un temps donnée combien de divorces pendant le même temps, » Est-il besoin d'insister pour montrer le vice de cette méthode? Il est évident que, parmi les gens qui ont divorcé en 1880 par exemple, la grande majorité ne s'étaient pas mariés pendant cette année-là, mais pendant les années précédentes. En comparant ces deux chiffres, on viole donc une règle fondamentale de la statistique, qui exige que l'on compare toujours les phénomènes sociaux aux causes qui sont susceptibles de les produire.
Cette méthode de calcul est donc vicieuse, et elle peut entraîner à des erreurs d'appréciation. Par exemple, en France, des motifs faciles à deviner ont fait que pendant Tannée 1871 il n'y a eu que 1,171 séparations de corps au lieu de 2,150 en 1872 et 2,166 en 1873. La probabilité de divorce (calculée suivant notre méthode) est donc tombée à 16 pour 100,000 couples au lieu de 29.5 qu'on observait pendant les deux années suivantes. Cependant, si l'on se fiait au calcul ordinairement adopté, on ne s'en apercevrait pas; car la guerre avait, comme toujours, fait tomber le nombre des mariages ; et en 1871 il y a eu 4.4 séparations pour 1,000 mariages, chiffre qui s'écarte peu des rapports 6.1 et 6.5 qui s'appliquent à 1872 et 1873.
Cependant ce rapport des divorces prononcés aux mariages célébrés, quoique illogique, permet sans grande erreur les comparaisons internationales, car 11 y a un rapport évident entre le nombre des mariages célébrés annuellement dans un pays et le nombre des couples existants.
Le nombre absolu des couples de la nation considérée dépend en effet de quatre éléments : lo population adulte; 2o sa nuptialité ordinaire ; 3» sa mortalité ordinaire ; 4» son émigration ordinaire. Sur ces quatre éléments, les deux premiers sont les plus importants et ce sont eux qui constituent le nombre des mariages. Il y a donc une relation entre le nombre des mariages célébrés et le nombre des couples existants. C'est ce que montre d ailleurs notre tableau ; quand un pays a un nombre élevé de divorces d'après la première colonne, on peut être assuré qu'il est élevé également d'après la seconde colonne, et les variations de l'une sont à peu près proportionnelles à celles de l'autre.
Quoique je préfère debeaucoup la première de ces deux méthodes à la seconde, je n'ai pu en faire, au cours de cette étude, que très rarement usage. Voici pourquoi :
Un recensement par états civils est indispensable pour connaître le nombre des couples existants : or les recensements qui ont eu lieu en 1880 dans la plupart des pays de l'Europe n'ont pas encore été publiés avec le détail nécensaire. J'ai
1. Les recensements comptent généralement un peu moins d'hommes mariés que de femmes mariées. Cela vient sans doute de ce que les hommes voyagent plus souvent que les femmes et échappent plus facilement au recensement. Aussi ai-je pris pour base de mes calculs le nombre des femmes mariées. D'ailleurs la différence entre les deux nombres est le plus souvent insignifiante.