‹ Étude démographique du divorce et de la séparation de corps dans lesChapitre 100 sur 112 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

DE LA FaÉQUENGE DU DIVORCE SUIVANT l'AGE RELATIF DES ÉPOUX

§ OU. — Elude de la Suisse. — Cette question est une de celles qui ont piqué la curiosité des statisticiens.

Et pourtant il n'y a, à ma connaissance, que la Suisse où cette étude puisse se iaire d'une façon complète.

C'est qu'il ne suffit pas de noter la différence d'âge des époux qui divorcent pour connaître la fréquence du divorce parmi eux. Il faut aussi savoir combien, dans la population générale, il y a de couples vivants où les époux présentent entre eux telle ou telle différence d'âge, de façon à pouvoir calculer le rapport suivant : Sur 100,000 couples vivanls, où le mari a tant d'années de plus que sa femme, combien divorcent cliaque année ?

Ce calcul, qui est le seul signiflcatif, le recensement suisse de 1870 nous donne le moyen de le faire.

On trouve alors un résultat des plus remarquables :

Plus l'âge de l'homme V emporte sur celui de la femme et plus le divorce est rare.

Plus l'âge de la femme Vemporte sur celui de Vhomme et plus le divorce est fréquent.

Ainsi les ménages où les époux sont de même âge ne sont pas les plus solides.

1. Ce nombre est trop faible, car sur 0,188 séparatioDs il y en a 1,621 pour lesquelles on n'a pas relevé l'état civil antérieur de la mère.

2. Dans le nombre, il y en avait 114 qui avaient en outre des enfants de leur second mari.

Divorce U

ISS ÉTUDE DÉICOGHAPHiQÙB DU mVQKÛt

Ceux où rhomme a 10 ans de plus que sa femme ne sont pas non plus les plus solides.

Non. Les plus solides sont ceux dans lesquels Tbomme a 20 ou 25 ans ou plus encore de plus que sa femme, Ces ménages disproportionnés, ridicules, et même honteux, sont ceux qui se terminent le moins souvent devant le juge.

Au contraire les ménages disproportionnés dans lesquels la femme est plus âgée que Vbomme ont d'autant plus chance de se rompre judiciairement que la femme est plus vieille que son mari.

Voici les chiffres qui en témoignant :

Tableau LXXII.

Suisse (1877-80). — :>ur 100,000 couples de chaque catégorie, combien

de divorces annuels (1) ?

Si le mari a plus de 25 ans de PbVa f ae aa fomme 106

— de 41 à 25 ans — — 184

-^ de i à 10 ans — — «.«... 192

— le même âge — — 212

— de 1 à 10 ans de moins — 239

^ de 11 ft 25 ans ^ ^ 480

— plus de 25 ans -« •-«- 1,020

Il est plusieurs façons dlnterpréter ces chiffres. Le lecteur est libre de choisir celle qui lui plaira.

Je suis loin d*en conclure pour ma part que ces ménages déplorables où rhomme a 25 ou 30 ans de plus que sa femme soient les plus unis, les plus heureux, ni qu'ils soient toujours les plus respectables.

Mais un barbon qui se marie avec une toute jeune femme doit s^armer de philosophie et savoir supporter d*une âme héroïque un sort qu il semble avoir demandé lui-même. Il est remarquable de voir que, soit par stoïcisme, soit par aveuglement, ces hommes mariés sur le tard acceptent leur situation sansrtrop souvent s'en plaindre.

Les chiffres qui précédent prouvent qu'au contraire tes femmes âgées qui prennent un jeune mari sont moins disposées à tindul-

1. Quoique ce mode de calcul soit inattaquable, les chiffres sont sottfllUi 4 de«l eail«

•es d'erreur qui ae balancent dans luia certaine mesure.

Ùi Dans le rapport -p-, P (population mariée) est trop faible, parce que le raoensemeat

de 1889 n'étant pas publié, nous aYoaa dû reconrir à celui de ISZOï, ^ donne nae population trop faible, car la population suisse a un peu augmenté depuis cette époque. Ainsi le dénominateur de la fraction étant trop faible, la valeur de la fhtetkm a>Mi trouTO exe gérée.

Mais d*autre part Di est trop (àibte, parce que, sar tés 9,806 divorces qui servent de base à notre calcul, il en est 569 dont on ignore I^e relatif des époux. Le numérateur de notre flracUon est donc trop faible, et ta valeur de lafhicUon s'en trouve dimlnaée.

CHAP. XXni. — FRÉQUENCE DU DIVORCE SUIVANT l'aGE DES ÉPOUX 459

gence. Les hommes qu'elles épousent n'ont généralement qu'une mince valeur morale, et ne sont pas faciles à conduire. Au bout d'un certain temps, le divorce devient nécessaire, soit que leurs vieilles épouses se montrent particulièrement trop exigeantes^ soit plutôt qu'ils fassent trop de fredaines et joignent un caractère peu accommodant à un cœur sans noblesse.

§ 91. — Élude de quelques autres pays. — J'ai voulu voir si les autres pays de l'Europe étaient soumis à la même loi. Malheureusement, les calculs si probants que nous venons de faire à Taide des documents suisses ne sont pas possibles ailleurs, j'ai dit quelque part pourquoi.

Pour rendre néanmoins une comparaison internationale possible, on peut présenter les chilTres suisses sous la forme suivante :

Tableau LXXIII.

SuissB (1877-80). — Sur iOO divorces prononcés^ combien ont lieu dans

chacune des circonstances indiquées f

Lorsque le mari a pins de 25 ans de plus que sa femme.

— de il à 25 ans — —

— de 1 à 10 ans — —

— le même âge que sa femme

— de 1 à 10 ans de moins *-

— de 11 à 25 ans — —

— plus de ^ ans — —

Je ferai remarquer la parfaite insignifiance de ce rapport (qui pour tant est le seul qu'on ait suivi jusqu'à ce jour). Il ne nous apprend absolument rien, car sa grandeur dépend à la fois de deux éléments : 1"" la tendance au divorce dans chaque circonstance (élément psychologique qui seul nous intéresse) ; 2° le nombre des individus sur qui s'exerce cette influence.

La seule utilité de ce petit tableau est de permettre, dans une mesure d'ailleurs fort médiocre, une comparaison internationale, et de voir si les autres pays obéissent (comme cela est très probable) aux lois que les documents suisses nous ont permis de dégager.

En Saède, par exemple, le recensement ne note pas comme en Suisse les différences d'âge des époux vivants, et un tableau analogue à notre tableau XX est impossible. Mais on peut faire pour la Suède un calcul analogue à celui du tableau LXXIII.

Voici les résultats de ce calcul :

Tableau LXXIV.

Suède (1876-80). — Sur 100 divorces prononcés, combien ont lieu dans

chacune des circonstances indiquées ?

Le mari a plus de 20 ans déplus que sa femme 1.3

— de 10 à 20 ans — — 6.8

— môme âge que sa femme 28.4

*- de 1 à 5 ans de moins — 14.5

— plus de 5 ans — — 8.2

Ces chiffres sont assez aisément comparables à ceux de Suisse. Il est facile de voir qu'ils s'en rapprochent fort. En sorte que si Ton suppose que les diverses combinaisons- d*âge entre fiancés soient aussi fréquentes en Suède qu'en Suisse, il faut admettre que, dans les deux pays, c'est dans les ménages où Tâge de l'homme l'emporte le plus sur celui de la femme que le divorce est le moins demandé.

Pourtant, en Suède, les époux de même âge ont un chiffre exceptionnel qu'on ne rencontre ni en Suisse ni en Italie. Il est peu vraisemblable qu'il traduise autre chose qu'une différence dans le sens plus ou moins strict qu'on donne aux mots « de même âge » .

La comparaison avec Tltalie est plus difficile encore, parce que les divisions d'âge adoptées pour ce royaume ne rentrent pas dans les divisions précédentes :

Tableau LXXV.

Italie (1866-79) (1). — Sur 100 séparations prononcées^ combien ont lieu

dans chacune des circonstances qui suivent f

Lorsque le mari a 31 ans et au delà de plus que sa femme

— de 21 à 30 ans — —

— del3à20ans — —

— moins de 6 ans — —

— le môme âge que sa femme

— moins de 6 ans de moins que sa femme

— de 7 à 12 ans — —

— de 13 à 20 ans — —

— de 21 à 30 ans — — -^ 31 ans et au delà — —

iOU.O

1. Les chiffres qui suivent sont calculés d'après un ensemble de 8,363 obserratiotis. En outre, et en dehors de ce nombre, il a été prononcé 3,068 séparations sans qu*on ait relevé Tàge relatif des époux. Il est peu vraisemblable que, malgré son importance , cette omission modifie les chiffres relatifs à notre tableau.

CHAP. XXin. — PRÉQUENCB DU DIVORCE SUIVANT l'aGE DES ÉPOUX 161

Deux éléments nous manquent pour comparer ces chiffres à ceux de la Suisse. D abord nous ne savons si les diverses combinaisons d'âge au jour du mariage ont la même fréquence en Italie qu'en Suisse. Par exemple, nous voyons que, sur 100 époux séparés, il n'y en a que 4 en Italie qui aient le même âge, tandis qu'en Suisse il y en a près de 8. Mais ce résultat peut tenir à deux causes différentes : 1^ à ce qu'en Italie la tendance a la séparation est moins forte dans cette condition d'âge relativeineni aux autres conditions d'âge énumérées ; 2^ ou bien encore, tout simplement, à ce que les gens mariés ayant même âge sont relativement moins nombreux dans la population italienne que dans la population suisse. Étant moins nombreux relativement à l'ensemble de la population mariée, il n'est pas surprenant qu'ils présentent moins de séparations judiciaires.

Il ne nous est guère possible d'apprécier laquelle de ces deux raisons est la vraie, ou si elles agissent toutes les deux.

§ 92. — Influence de la durée antérieure du mariage sur la fréquence du divorcCf mise en rapport avec Vâge relatif des époux. — Non seulement les divorces sont nombreux quand la femme est plus âgée que son mari, mais encore ils ont plus de chance que les autres d'être rompus peu de temps après la conclusion du mariage. Il semble que dans ce cas la femme s'aperçoive souvent très vite de la sottise qu'elle a faite.

Telle est du moins la seule conclusion qui me paraisse se dégager des chiffres. Encore je n'ose l'énoncer quavec réserve, car ici encore nous sommes arrêtés par l'absence de recensement, et nous sommes réduits à l'étude peu instructive des nombres absolus.

Pour rendre plus facilement comparables les différents âges, nous donnons aux nombres absolus la forme suivante :

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GHAP. XXIV. — DEMANDES Bit DIVORCE OU EN SÉPARATION DE CORPS 163

8i le lecteur veat bien i*at(acher an tesie de notre fabrique, il reconnaîtra que lea obifft*es du tableau dépendent i

1<» De la probabilité du divoree dans obacuo dea cas conaidérés (o'eat le aeal élément qni nous intéresse) ;

2o Du nombre de ménage$ vivants dans chacun des cas coDsidérés.

Si la ligne relative aux époux de même âge présente surtout des divorces tardifls, cela vient en grande partie de ce que lea ménages où lea époux sont de même âge (c'est-à-dire où les chances de mort des deux époux sont égales) sont ceux qui durent le plus longtemps. Il y aura donc dans ces conditions beaucoup de ménages ayant de 20 à 30 ans de durée. Rien d'étonnant s*il y a aussi beaucoup de divorces (13.6).

Au contraire, lorsqu'un des époux a de 11 à 25 ans de plus que Tautre, la durée du ménage ne saurait être longue ; c'est une véritable exception que de voir un tel ménage durer 20 ou 30 ans. Rien d'étonnant si les divorces de cet ordre sont rares : c'est la matière divorçable (qu'on me pardonne ce barbarisme) qui manque !

Aussi est-il fort difficile de tirer quelque conclusion du tableau qui précède. Ici, comme dans un grand nombre d'autres recherches démographiques, rinperfection du recensement rend inutile la perfection des relevés de l'état civil.

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