‹ Étude démographique du divorce et de la séparation de corps dans lesChapitre 43 sur 112 · SECONDE PÉRIODE · texte numérisé non relu

SECONDE PÉRIODE

Oo voit qu*en général cet accroissement a porté sur toutes les professions. Il n'en est pas une où le nombre des séparations n'ait au moins doublé. Et pourtant il s'en Taut de beaucoup que le nombre des gens qui les exercent ait doublé depuis 1837. J'ai groupé sous le titre de Seconde période les années qui ont suivi la loi sur l'assistance judiciaire, afin de mieux faire remarquer TeSet que cette loi a produit sur les différentes classes sociales. On peut le traduire par les chiffres suivants :

Tableau XXVI.

^ Le nombre des demandes en séparation faites en 1846-50 par chaque profession devenant 100, que devient-il en 1851-55(2)?

Propriétaires, rentiers, professions libérales 137

Commerçants, marchands . • • • -. • • 167

Cultivateurs . • • • 124

Ouvriers, journaliers »••••• 228

Total 141.5

1. Tous les chiffres de cette ligne se ressentent de Tinfluence de la guerre.

2. Aucun de ces chiffres n*est parfaitement exact. U est probable qu'ils sont tous un peu exagérés. On voit, en effet, par la colonne des professions inconnue» (dont les chiffres résultent simplement de la négligence des parquets) qu'ils ont fait leurs dépouillements avec plus de soin que d'habitude en 1851-55. Il en résulte que plusieurs prolessions comptent pendant cette période un certain nombre de séparés qui, eu temps ordinaire, seraient rangés dans U colonne des professions inconnues.

Il en résulte que nous attribuons à chaque profession un accroissement un peu plos fort qu*il n*a été en réalité.

tnîAPITRE VI. — DE L^ACCROISSEUENT 0BS DIVOBCEB OT

Il faut faire deux parts dans l'accroissement dont ces chiffres témoignent.

Une partie en effet de Taccroissement qu'ils comMtnt est due à la tendance universelle que nous avons observée dans tous les paiys, et notamment en France. Ce taux d'accroissement est en France d'environ 25 à 30 pour iOO en cinq ans (c'est à peu près l'aocroisseiMot constaté dans la classe des professions libérales). L'autre est due à l'assistoocc judiciaire et aux facilités qu'elle donne aux pauvres gens pour se fiure entendre de la jasticer. On ne sera pas surpris de voir que ce soient les ouvriers et journaliers qui en aient surtout profité.

On voit par notre tableau XXV que pendant la période suivante ifô6-60 le nombre des ouvriers qui ont demandé la séparation a suM derechef une très forte augmentation.

Sî nous considérons des périodes plus récentes, nous voyons toutes les classes sociales prendre une part à peu près égale à l'aocroisso* ment du nombre des séparations de corps. C'est donc A quelque came qui leur est commune que cet accroissement est dû. (Voir § 97 et chap. X.)

§ 29. — Esmis tentés pour expliquer Vaceroistem&U de la fréquence des divorces et des séparations de corps, -— Oa peut se demandât si l'accroissement de la fréquence des divorces n'est pas Ké à Timmigration dans les grandes villes.

On peut, par exemple, lorger le raisonnemeni suivant :

« L'immigration des campagnes vers les villes est un phénomène général ; elle s'observe non pas seulement en France (comme on le croit trop facilement), mais dans tous les pays de l'Europe sams exception. Or nous avons vu que c'est surtout dans les villes que Ifi» recourt au divorce et à la séparation de corps. Les villes devenant sans cesse plus grandes, on conçoit qu'elles fournissent, en nombre absolu , plus de divorces sans que néanmoins la probabîlili de Avorce augmente dans leui^ enceinte. En d'autres ternesi supposons qu'une ville composée de 100,000 habitants compte «n nombre de divorces que nous appelons di^ ; vingt ans après, celte ville a SOd^QOO habitants ; n'est-il pas naturel qu'elle fournisse alors un MNnbre di^ de divorces bien supérieur à di^l

€ Or, ce nombre grandissant de divorces, nous le comparons à la population de tout le pays, population qui grandit beaucoup moins vile que les villes, et qui, en France par exemple, est restée presque

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statioDoaire. Nous obtenons ainsi des probabilités de divorce p-^, —" '

sans cesse grandissantes parce que di^ est plus grand que di^, tandis que Pj ressemble fort à P^. Mais on oublie en prenant ces rapports que presque tous les divorces proviennent des villes, et que, s'ils augmentent de nombre, c*est simplement parce que les villes grandissent. •

Ce raisonnement est fort plausible. Pour en vérifier l'exactitude, il suffirait de compter à part les divorces tet séparations prononcés entre gens habitant les villes, et de calculer séparément la probabilité de divorce dans les villes et dans les campagnes. Si l'on avait de tels documents pour une longue période de temps, on verrait si ces probabilités augmentent ou si elles restent stationnaires.

Je n'ai pas les documents nécessaires pour faire un pareil travail d'une façon complète. Cependant je crois que, si l'accroissement des villes explique en partie Taccroissement de la probabilité de divorce, il est loin de Vexpliquer tout entier. Il est très probable que, si Ton comptait séparément les citadins et les campagnards, on verrait divorces et séparations augmenter de nombre chez les uns et chez les autres.

Quoique les documents soient insuffisants pour approfondir la question, ils permettent de présager la solution.

En ce qui concerne les campagnes, nous avons vu qu'en France le nombre des séparations augmente parmi les agriculteurs. J'ajoute que ce nombre augmente parmi eux à peu près aussi vite que parmi les professions urbaines. (Voyez tableau XXV.)

En ce qui concerne les citadins, nous observons également une augmentation, et une augmentation très rapide eu égard à l'accroissement de la population.

Par exemple, pour comparer aux campagnes françaises une ville du même pays, je citerai le département de la Seine qui n'est composé que de la capitale et des grandes villes qui forment sa banlieue, et qui fournit à lui seul le cinquième environ des séparations prononcées en France.

Les séparations de corps n'ont jamais cessé d'augmenter dans notre ville en nombre absolu comme en nombre relatif.

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