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CHAPITRE VI. — DE ^'ACCROlSSEMEm' DES DIVORCES

Tableau XXVII.

Mariages célébrés et séparations prononcées dans le département de la Seine.

Col. c.

Col. a. Col.». Pour 1.000 ma-

Hariages célébrés Séparations prononcées liages célébrés, (nombres absolus (nombres absolus combien de sépa* moyens annuels). moyens annuels). rations prononcées?

Col. »/col. a.

C'est aussi ce qui arrive par exemple pour la ville de Bruxelles. Voici quel a été le mouvement des mariages et des divorces dans cette ville depuis 1825. On verra que, non seulement le nombre absolu des divorces a beaucoup augmenté dans cette ville, mais que leur fréquence a suivi un mouvement rapidement ascensionnel :

Tableau XXVm.

Bruxelles (faubourgs non compris)*

(Voir les chiffres avant 1826, tableaa XXXV.)

Pour 1.000 Population Nombre absolu Nombre absola mariages,

totale. moyen annuel moyen annuel combien de

des mariages. des divorces. divorces?

4. Cet état presque stationnaire est dû à la Révolution de 4848. Voici les nombres absolus des séparations; d'année en année, depuis 1846 jusqu'en 4855 : 450-129-85-128- 119-1^-11.2.238-238-236.

2. Cette décroissance passagère est due seulement à Tannée 1871. Voici les nombres absolus des séparations, d'année en année, depuis 1866 jusqu*en 4876 : 543-487-534-559- 456-115-460-443-547-559-724.

On peut voir, par ces deux exemples et par quelques autres, que les perturbations économiques ont sur le nombre des séparations un effet dépressif plus marqué encore que sur le nombre des mariages.

Divorce ^

70 ÉTUDB DÉMOORAPHIQOE DD DIVORCE

Ainsi le raisonnement que j'imaginais tout à Theure ne suffirait pas pour justifier l'augmentation des divorces en Belgique. Non seulement on va, dans ce pays, de plus en plus habiter les villes, mais encore dans ces villes mêmes la fréquence des divorces augmente. Probablement (mais les éléments manquent pour ce calcul), si nous prenions les campagnes belges à part, nous verrions augmenter de même la tendance au divorce, qui d'ailleurs y est extrêmement faible. Nous avons déjà vu l'augmentation des séparations parmi les paysans français.

Ainsi l'explication que je proposais tout à l'heure ne parait pas suiYisante pour expliquer l'accroissement du nombre des divorces. Du moins elle ne suffit ni en Belgique ni en France. Probablement elle ne suffirait pas davantage ailleurs.

Ce qui est incontestable, c'est que, pour une raison ou pour une autre, cette probabilité du divorce augmente.

D'autres explications, parfaitement inadmissibles, ont été proposées pour expliquer Taccroissement du nombre des divorces dans tel ou tel pays. Les auteurs qui les ont imaginées n'avaient à leur disposition que très peu de chifires. Us ignoraient sans doute qu'ils avaient affaire à un phénomène général à toute TEurope. Sils avaient connu rétendue du mal, ils auraient vu que c'est à des causes générales (telles que l'immigration dans les villes) qu'il faut s'en prendre. Mais c'est presque sûrement perdre son temps que de rechercher telle cause spéciale pour chaque pays. Examinons pourtant quelques-uns de ces essais d'explication.

France. — On répèle partout que si les séparations de corps deviennent plus fréquentes en France, c'est à cause de Tassistance judiciaire.

Celte prétendue explication n'a pas le moindre fondement. Il est vrai qu'en 1851 le nombre des séparations a brusquement augmenté, mais longtemps avant la loi sur l'assistance judiciaire le nombre des séparations croissait d'année en année. Il a cru depuis la loi de même qu'il croissait avant elle, ni plus vite, ni plus lentement, et l'assistance judiciaire n'a absolument rien changé à ce lent et persistant mouvement ascensionnel. (Voy. tabl. XIX.)

Il est vrai que le nombre des demandes d'assistance (accueillies ou non : 1,600 seulement sont accueillies sur 8,000 demandes) a environ triplé depuis 1851. Mais les séparations avec ou sans assistance ne sont pas loin d'en avoir fait autant. La loi de 1851 n'a donc pas influé sur Taccroissement du nombre des séparations de corps.

CfiAPltRE VI. — DE l'accroissement DES DIVORCES 7l

Belgique. — On a dit que si le nombre des divorces augmente en Belgique, c'est parce que le nombre des séparations Je corps diminue (ce qui est inexact, comme nous allons le voir). Autrefois, disent les auteurs de cette explication, les Belges étaient plus catholiques qu'aujourd'hui, et préféraient la séparation au divorce; aujourd'hui, ils préfèrent le divorce. En somme, les discordes conjugales né sont pas plus nombreuses.

Celle dernière assertion est formellement démentie, en ce qui concerne les dix dernières années, par notre tableau XXII.

Elle n'est pas plus exacte pour des périodes plus anciennes. Les données dont je dispose remontent à 1850-51. lié bien! pendant les trente ans qui nous séparent de cette époque, on a vu non seulenient les divorces augmenter de fréquence (voir tableau XXI), mais les séparations suivre le même mouvement (1). Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'elles augmentent moins vite que les divorces.

• Tableau XXIX.

Belgique.

— Pour 1,000

mariages célébrés :

Divorces prononcés.

Séparations prononcées.

ToUl.

Ainsi, on le voit, les explications qu'on a tentées pour expliquer l'accroissement des querelles conjugales dans tel ou tel pays ne résistent pas à l'examen des chiffres. C'est à des causes plus générales qu'il faut attribuer celte tendance générale.

§ 30. — Considérations générales sur F accroissement de la fréquence des divorces. — La vérité est que ces querelles augmentent partout ou presque partout. Je ne dis certes pas que ce soit un bien, mais les sociétés modernes, en se développant, paient par certains désavantages les progrès qu'on leur voit faire de tant de côtés. L'instruction se répand, le fanatisme et la superstition diminuent, Tindustrie fait d'étonnantes conquêtes, tout cela est vrai. Mais voici le revers de la médaille : les suicides deviennent plus fréquents dans tous les pays ; la folie fait des victimes de plus en plus nombreuses, et c'est dans les

1. On trouvera les chiffjres absolus dans la Justice civUe et commerciale en Europe de Mk Yvemès, et, pour la dernière période» dans lec AnnaU di statUtica*.

72 ÏTUDE DÉMOGRAPHIQUE ÏÏU DIVORCE

classes les plus intelligentes de la société qu'elle les choisit, les crimes contre les mœurs se multiplient, etc. On est presque admis à se demander si ce ne sont pas là maux inhérents aux progrès de la civilisation (i).

Peut-être la fréquence des divorces et des séparations doit- elle être mise au rang de ces maladies sociales qui se manifestent d'autant plus que l'aclivité intellectuelle d'un peuple est plus grande.

La maladie heureusement n'est pas grave. Ce qui est certain, c'est que ce n'est pas par des lois restrictives qu'on en viendra à bout : la preuve en est donnée par la France où la loi est restrictive et n'empêche rien.

Ce sont les mœurs qu'il faut changer, si Ton veut diminuer le nombre des divorces. Si les mariages venaient à se faire plus sérieusement, peut-être le nombre des séparations cesserait-il de s'accroître. Si le législateur veut combattre le mal, c'est de ce côté qu'il doit diriger ses efforts. Je dois dire que je doute fort qu'il y réussisse.

Si enfin il se reconnaît impuissant contre les querelles conjugales, il peut du moins les rendre aussi inoflensives que possible, en les régularisant. Agir autrement, ce n'est pas guérir le mal, c'est le rendre plus douloureux.

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