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CHAPITRE VII. — LA FRÉQUENCE DES DIVORCES ET LA NUPTIALITÉ

Ils ne se marient donc pas. Rétablissez le divorce, et ces craintes légi* limes disparaîtront.

Cela est logique, il faut en convenir. Mais est-ce bien vrai? Je dois dire que pour ma part je ne le crois pas.

Mais M. Laferrière, président de section au conseil d'Etat, dans une série d'articles publiés par le journal le Tt^mp^, s'est montré disposé à croire le contraire. Il se fonde sur ce principe très contestable que la possibilité du divorce dégrade la dignité du mariage. Mettons que le mariage soit dégradé : pourquoi ces mariages dégradés seraient-ils moins nombreux que les aulres? C'est ce que je ne comprends pas très bien. M. Laferrière a d'ailleurs l'esprit trop prudent pour se prononcer nettement sur ce point. C'est simplement un doute qu'il exprime. Il Tappuie sur des documents américains et sur la diminution des mariages en Belgique et en Suisse (diminution qui d'ailleurs est extrêmement faible). € Les mariages, dit-il, semblent diminuer dans ces deux pays à mesure que les divorces augmentent. »

Mais, encore une fois, la Belgique (I) et la Suisse ne sont pas les seuls pays où le divorce existe. Il existe dans presque toute TEurope.

Or, voyons-nous dans toute TEurope dirainu.er le nombre des mariages? Il s'en faut ! Comme il faut se borner, je ne prendrai que des exemples extrêmes :

D'une part, la Suède, qui est peut-être le pays d'Europe où les mariages sont les plus rares et où, de plus, leur fréquence diminue avec une inquiétante persistance.

Et, d'autre part, la Saxe, qui est une des nations où les divorces sont les plus fréquents.

J'y joins la Belgique, quoique les divorces y soient rares, mais c'est un des pays où ils augmentent le plus rapidement.

Or nous avons vu qu'en Suède les divorces sont assez rares et qu'ils y augmentent fort peu.

Quant à la Saxe, les mariages devraient y être rares, si la théorie de M. Laferrière était vraie. Or ils sont très nombreux (9.5 pour 1 ,000 habitants) ; ils augmentent lentement, mais assez continûment depuis 1835 (il y en avait alors 7.5 seulement); et j'ajoute que la Saxe est le pays le plus fécond de TEurope.

Enfin, en Belgique, s'il y avait une relation entre la fréquence des divorces et celle des mariages, les mariages devraient diminuer puis-

1. C*cst en efful la Belgique qui csl en cause ! Et justement c*est un des paya où les mariages restent stationnaires. Voyez le tableau suivant et les observations qui suivent.

71 ÉTUDE DÉHOGRAPIUQUE DU DIVOBCR

que les divorces augmentent. Or ils restent stalionaaires depuis trente ans.

Il n'est donc pas vrai de dire que la fréquence des divorces entraine après elle la rareté des mariages. Rien ne le prouve; rien ne l'indique.

Les chiffres, il faut le dire, ne montrent pas davantage que le divorce encourage le mariage ; mais assurément il ne le décourage pas.

En regard du mouvement des divorces (voir les chiffres dans le tableau précédent], je mettrai le mouvement de la nuptialité depuis cinquante ans.

Je ne pense pas qu'une longue démonstration bien rigoureuse soit ici nécessaire. Elle nous entraînerait trop loin.

Tableau XXX.

Sur i,000 habitants de tout âge, combien de mariages en un an f

— Saie.

Belgique.

Je ne puis insister plus longuement sur une élude qui ne nous donnerait qu'un résultat négatif.

§ 3Î. — Pauvreté des arguments adverses. — D'ailleurs j'aurais bien tort de m'armer d'une massue formidable pour combattre l'opinion adverse : elle s'appuie sur si peu de chose 1

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