CHAPITRE VII. — LA PllÉQt'BNCE DU DIVOhCfi BT LA NUPTIALITÉ
M. Laferrière, qui en est le champion, invoque :
!** Trois ou quatre ans d'observation en Suisse, sous prétexte qu'il y a beaucoup de divorces dans ce pays. (Mais quel drôle de choix I Jusiement la Suisse est dans un état anormal (voyez chapitre II, § 7, et chapitre xi, § 48), puisque la loi de 1876 n'est entrée en vigueur que depuis six ans ; et, de plus, le nombre des divorces y diminue chaque année depuis cette époque.)
2** Cinq années pour la Belgique. (Oui, et c'est là-dessus qu'on juge un pays ! Il se trouve que pendant cinq ou six ans les mariages ont été rares en Belgique, et Ton en conclut qu'ils diminuent depuis que le divorce existe, et à mesure qu'il augmente, c'est-à-dire depuis qua* rante ans. — Voyez ci-dessus quarante ans d'observation.)
3"" Des documents américains. (Sur ce point, je me suis déjà déclaré incompétent, p. 16. La parole est à celui qui connaîtra l'Amérique ei les documents américains.)
§ 33. — Cmclusion. — D'ailleurs, quand même vous trouveriez que les mariages diminuent de fréquence dans un certain nombre de pays, qui vous donnerait le droit de dire : « C'est la faute au divorce i?
Oui-, il est plusieurs pays où la nuptialité s'affaiblit régulièrement, et la Suède en est le type le plus accompli, — c'est ce que montrerait plus clairement une élude plus soignée que celle qui précède (1). Mais pourquoi diable en accuser le divorce ? Pourquoi ne pas en accuser tout de suite les chemins de fer, ou le télégraphe électrique, ou le roi Sésoslris? Quelle singulière logique!
Pour qu'on puisse rattacher l'un à l'autre deux phénomènes démographiques, il faut qu'ils se suivent avec fidélité pendant un long espace de temps, croissant et décroissant avec parallélisme. Alors seulement on peut dire qu'ils sont liés l'un à l'autre par une certaine relation. Encore est-il délicat d'affirmer que l'un est la cause de l'autre, ou qu'ils ont tout simplement quelque cause commune. Le plus souvent il est plus prudent de s'abstenir, et de remarquer simplement la relation qui parait les unir.
Ici, ce n'est pas le cas : il n'y a rien à remarquer du tout.
i. Voy. article Mariage, par M. BertiUon père (IHct. enç, des «c. mérf.)-