‹ Étude démographique du divorce et de la séparation de corps dans lesChapitre 54 sur 112 · Cantons français · texte numérisé non relu

Cantons français

Vaud. . 352

Neuchâtel 560

%. — Cantons allemands.

Berne 229

Zurich , 288

Glaris 127

Bàle-Ville 323

B&le-Gampagne 288

Schaiïhouse 602

Appenzell extérieur 213

Thurgovie 281

liï. ~~ Cantons mixtes (quant à la religion).

Genève 360

Grisons 116

Argovie 195

Saint-Gali 179

CH\PItRE X. — PRÉQUEfîCÈ DES DIVORCEE fil" DES SDICÏDES SS

Comparez ce tableau au tableau Y et vous serez surpris de leur ressemblance.

Plus on les considère l'un et Tautre, et plus on en est frappé. Ils se ressemblent jusque dans leurs bizarreries.

Par exemple, Soleure et Appenzell intérieur se distinguent des autres cantons catholiques par le nombre relativement élevé de leurs divorces. Ils se distinguent de même par des proportions de suicide remarquablement élevées.

Zug et Lucerne qui sont, après les deux précédents, les cantons catholiques les plus chargés de divorces, sont aussi les plus chargés de suicides.

Fribourg, quoique catholique et quoique français, compte passablement de divorces ; il compte passablement de suicides.

Parmi les cantons catholiques allemands, il n'en est pas un qui compte autant de divorces que Schaffhouse : il n'en est pas un non plus qui compte plus de suicides I

Entre les deux tableaux, on peut dire qu'il y a parallélisme. J'ai exposé au cours de démographie que je professe à l'École d'anthropologie des diagrammes qui les traduisent aux yeux ; ils étaient tellement frappants, qu'on pouvait croire que l'un était la copie de l'autre.

§ 42. — Fréquence des suicides et fréquence des séparations de corps comparées dans les différents départements français. — Cette comparaison entre la fréquence du suicide et celle du divorce, faisons-la maintenant pour une région plus vaste, telle que la France : nous retrouvons la même ressemblance entre les deux phénomènes.

Dans tout le sud de la France, avons-nous dit, les séparations de corps sont rares; rares aussi sont les suicides.

Au nord de la Loire, au contraire, les séparations sont fréquentes ; fréquents aussi les suicides.

Mais, dans le nord, la Bretagne, avons-nous dit, et la Flandre et l'Artois font exception et comptent peu de séparations. Mêmes exceptions aussi pour les suicides I Ces trois provinces se distinguent par là de leurs voisines : elles comptent peu de séparations de corps; elles comptent aussi peu de suicides.

Dans le Midi, inutile de dire que suicides et séparations sont fréquents Tun et l'autre dans les départements du Rhône, des Bouchesdu-Rhône et de la Gironde ; nous avons déjà vu que les grandes

DITORCX &

8it ÊTITDB DÉMOaRAPHiQDE DU DIVORCE

vîHes cooptent i la fois beaucoup de suicides et beaucoup de siparatioDs. Ce qui est plus singulier, c'est que des départements, tels que lès Alpes-Maritimes, Vaucluse, les deux Charentes, ont (pour une raison inconnue) plus de séparations que le reste du Midi, et ont aussi plus de suicides.

De même, dans le Nord, la Manche et l'Orne h l'ouest, la Haute- Harne et la Prancfae-Comié à l'est, se distinguent pur le faible nombre de leurs séparations ; elles se distinguent aussi par le faible iKHobre de leurs suicides.

Ces deux cartfô se ressemblent donc même dans leurs détails [i). Le lecteur d'ailleurs en jugera aisément, puisque les Annales de Démographie ont publié en 1879 les cartes de M. Horselli avec les chiffres à l'appui.

§ 43. — Essai d'explication des règles çwt précèdent. — H aérait Bout à Hiit ridicule âe conclure de ce qui précède qu'une loi qui rendl'ait le divorce racile multiplierait les suicides (â).

il serait même imprudent d'en conclure que les gens qui divorcent sdtit i^las portés au suicide que les autres. ^

Je n'ai nulle envie d'entrer plus loin dans celte voie. Le lecteur sensé comprendra facilement que nous avons alTaire ici à des efTets d'ensemble, horriblement complexes, et dont l'analjse est très délicate el périlleuse.

Tout ce que nous pouvons dire, c'est que, dans un pays dont les iIlAÈArs sont telles que les suicides y sont nombreux, il y a généralement de nombreuses discordes de famille. La race, la religion, les professions, le séjour des villes sont des facteurs communs à ces deux tMdances de la population.

Pourquoi en est-il ainsi? C'est ce qu'il faut im^iner, car ici tes chiffres cessent de nous guider. On peut faire cent romans différents pour expliquer cette relation inattendue. En voici un que je soumets au lecténr, sans d'ailleurs y attacher une importance particulière.

Il y a très généralement , dans les divorces et séparations prononcés

' ~tiartant pu dans tous leurs délails. Ainsi le Var et le Finistère présentent un e de suicides relativement élevé el peu de séparations ; mais ces deux déparieconliennent des port.? niahlimes, où tes suicides sniit naturellement fréquents itd au grand nombre de militaires) cl où les séparalions sont ri)ri'.émcnt rares. t.a , \es Hautes-Alpeij ont passablement de suicides et peu de tiéparations. Au conla'Uajennecomille peu de suicides et passablement de séparations. tbs terrons' pins tard, chapitre xivi, que c'est justement le contraire qui est vrai.

CftAPITRE X. — FRÊQUeNGB DBS DlYORCBS ET DBS SUICIDES 87

par les tribunaux, un époux coupable (d'adultère, de violence, letplts souvent encore de folies et de sottises de toute espèce) et une vidinae.

Le nombre des divorces et séparations dépend donc d'une part du nombre des époux insupportables, et d'autre part du degré de résignation des victimes.

De quoi sont coupables les époux que je viens de qualifier d'insupportables ? En France, et dans la plupart des autres pays (voyez cliapitre xvi), leurs fautes sont généralement rangées par le juge sous la rubrique très vague d'injures graves. Ce n'est donc pas pour on fait nettement spécifié qu'on les condamne généralement, c'est pour une série de vilaines actions qui rendent la vie commune impossible ou même déshonorante.

Ces gens, dont la vie est condamnable tout entière sans qu'aucun de leurs actes coupables tombe directement sous le4;oup des lois, ce soBt justement ces caractères mal faits, ces irréguliers, ces mal équilibrés dont je parlais tout à l'heure.

Là où ils sont nombreux, les suicides sont nombreux, parce que le suicide n'est pas, le plus souvent, un acte sainement raisonné, c'est ^généralement un acte de folie misanthropique,ou,plus souvent encore, la résultante nécessaire d'une série de folies et de sottises ; d'autre part, qui pourrait s'étonner que, là où ils sont nombreux, les divorces soient nombreux ? Le moyen de continuer la vie commune avec un de ces êtres atrabilaires, irréguliers et malfaisants?

Ainsi s'explique peut-être la ressemblance qui existe entre les lois qui régissent la fréquence du divorce et celles qui règlent la fréquence du suicide. C'est que ces deux catégories de chiffres traduisent un même facteur : la fréquence des gens mal équilibrés.

La ressemblance des deux catégories de faits serait peut-être plus grande encore si, à côté de l'époux coupable, nous n'avions à consi'dérer sa victime.

Mais il ne suffit pas que ces bourrus malfaisants se soient mariés pour qu'il y ait divorce. Il faut en outre que leurs conjoints (c'est la femme très généralement; voy. chap. i") se trouvent assez malheureux pour se plaindre d'eux à la justice. C'est ici peut-être qu'inter* vient l'influence de la religion catholique ((tlus influente contre le divorce que contre le suicide, parce qu'en matière de divorce c'est à la femme qu'elle adresse ses conseils). La religion catholique fait en efiet de la résignation la première de toutes les vertus. Les femmes se résignent donc dans les pays catholiques ; cela ne sert à rien, qu'à les rendre malheureuses toute la vie, mais elles se résignent parce que

88 ÉTUDE DÉMOGR\PniQUE DD DIVORCE

la religion ne leur enseigne pas à dîstingner un sacrifice utile cTun sacrifice simplement nuisible.

Il iaut plaindre ces malheureuses, mais j'avoue qu'il m'est impossible de les admirer. La résignation contre un mal évitable, c'est le contraire du courage.

La société doit-elle les forcer à faire ce sacrifice insensé? Vraiment, je ne répondrai même pas à cette question que je regarde comme barbare et comme stupide, car jamais vous ne forcerez une femme à vivre en bon accord avec un homme qu'elle déteste et qu'elle méprise.

La société doit-elle, sinon forcer une honnête femme à vivre avec une brute, du moins l'encourager à faire ce sacrifice? Je ne le crois pas.

La société a intérêt à ce que les familles soient honnêtes. Elle doit tout faire pour éloigner les brebis galeuses qui se sont fourvoyées dans le bon troupeau.

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