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CHAPITRE XII. — CONCLUSIONS DB LA PREMIÈRE PARTIE

1^ En tête de toutes, il faut inscrire Vinfluence des traditions religieuses. Elles n'agissent pas dans tous les pays avec la même puissance, mais partout elles agissent, et agissent dans le même sens. Partout les protestants ont plus de tendance au divorce et à la séparation de corps que les catholiques et partout la différence est con- ^ ^

sidérable. Il n'y a, à celte règle, pas une seule exception, .J^'^S^

2*" La tendance au divorce et à la séparation est toujours beau- C^rr^^ * coup plus forte dans les- villes, et surtout dans les grandes ville^jvX^ ^^J^ (plus de 100,000 habitants), que dans les campagnes avoisinantes. \y (^

Voilà encore une règle qui se vérifie avec une évidence manifeste "^ dans tous les pays sans aucune exception. L'agglomération urbaine est un des gros facteurs de la fréquence des divorces.

3"" Le temps en est un autre au moins aussi important.

Partout, dans tous les pays, dans toutes les provinces, dans toutes les villes de TEurope, la fréquence du divorce et de la séparation de corps va sans cesse en augmentant (1).

Cet accroissement parait encore plus rapide en Franco que dans les autres pays. Il n*est pas exact qu'il soit dû à la loi sur l'assistance judiciaire.

4® La race des habitants est un élément important (quoique moins évident que les trois précédents) de la fréquence des divorces.

Les Allemands paraissent y être plus portés que les autres races ; au contraire, les Latins, les Slaves, les Celtes, les Flamands y ont, toutes choses égales d'ailleurs, moins de tendance (2).

5^ Voici enfin une dernière règle d'une rigoureuse et constante exactitude, et qui résume toutes les autres.

Elle est extrêmement bizarre, mais il est impossible de n'en pas reconnaître la vérité lorsqu'on aura parcouru les chiffres :

Lorsqu'un pays est dans des conditions (ethniques, religieuses, économiques) telles que les suicides y sont rares, les divorces y sont rares.

Lorsqu'un pays compte un nombre moyen de suicides, on peut affirmer qu'il comptera un nombre moyen de divorces.

Lorsqu'un pays comptera beaucoup de suicides, il compte toujours beaucoup de divorces.

Cela prouve une fois de plus que c'est avant tout du caractère des

1. Deux exceptions pourtant : Tune bien démontrée, mais déjà ancienne, concerne la Saxe; mais ce royaume est rentré depuis dans la règle générale; l'autre exception, bien moins clairement établie, concerne la Bavière ; la période d'observation a été trop courte pour nous permettre d'être affirmatif en ce qui concerne ce pays.

3. Cette règle est la moins bien établie des cinq que nous formulons ici.

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habitants d'un pays que dépend le nombre des suicides qu*on y trou^ vera.

Telles sont les cinq régies, d'une constance absolue, qu'il nous est permis de formuler à la fin de cette Première partie. Elles nous font connaître les vrais facteurs de la fréquence des divorces.

Une autre vérité se dégage de tous les chiffres que nous avons étn* diés :

C'est que les lois qui gouvernent le divorce gouvernent aussi la séparation de corps.

Sur elle, comme sur le divorce, la religion, la race^ l'agglomération urbaine, la profession, agissent et agissent exactement de la même manière. Comme les divorces, on les voit nombreuses dans les pays où le suicide est fréquent, rares dans ceux où le suicide est rare. Ëofin la fréquence des séparations, absolument comme celle des divorces, augmente progressivement avec le temps.

Les r^les qui gouvernent le divorce sont donc exactement celles qui goviverpent la séparation.

c Et la législation? me dira-t-on. Vous oubliez la législation! >

Non, je ne l'oublie pas, mais je suis bien obligé de la citer après toutes les autres causes de la fréquence des divorces, puisque c'est la moins importante et la moins constante de toutes.

Les hommes peu versés dans les sciences sociales sont toiyours très surpris quand on leur dit qu'une loi humaine ne pe^{ pas toujours régler les affaires humaines. Ils conçoivent facilement qu'un décret ne puisse pas prescrire le temps qu'il fera demain. Mais qu'un décret ne puisse pas régler le prix des salaires, ou 1^ prix du pain, c'est ce qu'ils ne peuvent imaginer.

Les anciens rois de France croyaient même pouvoir régler par décret la valeur des pièces d'argent. Cette opinion (qui n'était pas partagée par leurs créanciers) a fini par ne pas prévaloir. Mais on a cru très sincèrement jusqu'à la fin du siècle dernier qu'une loi pouvait fixer la valeur maximum des vivres. Et même à notre époque beaucoup d'ouvriers pensent qu'il suffirait d'une loi pour déterminer la valeur de leur journée de travail.

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