‹ Étude démographique du divorce et de la séparation de corps dans lesChapitre 67 sur 112 · H EXTRAIT DES ANNEXES · texte numérisé non relu

H EXTRAIT DES ANNEXES

Voici ses principales conclusions dans les termes mêmes où il les a formnlies. J'y joins une réfatation sommaire de la plupart d'entre elles, et l'indication des chapitres où les opinions contraires sont soutenues.

1® t II ne faut pas se faire trop d'illusions sur les facilités que les époux divorcés pourraient trouver à former des unions nouvelles. Ces unions seraient rares, les femmes surtout n'y pourraient guère compter... Quant aux hommes divorcés qui aspireraient à convoler, les femmes et filles à marier montreraient sans doute peu d'empressement à épouser des veufs dont la femme vivrait encore. «

(Fantaisie toute pure que ces paroles. L'auteur est tellement sûr de son opinion qu'il n'a cherché à les appuyer sur aucun chiffre. Ces chiffres sont pourtant faciles à trouver. Voy. la réfutation de cette erreur, — qui est complète, — dans notre Troisième partie y chap. xxvi, ou encore dans notre Note pour Vélude ttatislique du divorce, 1880, § IV.)

2o La plupart de ces unions « se seront formées quand la première durait encore... 9 c La GAïambre a eu à cœur de ratifier, lors de son premier vote, cette régularisation de l'adultère qui avait paru peu morale à la commission. Elle a sans doute pensé que ces seconds mariages seraient à peu près les seuls auxquels les femmes divorcées pourraient aspirer. »

(Ces plaisanteries ne suffisent pas pour affirmer un fait de' cette gravité. L'auteur d'ailleurs ne cite aucun chifi're à l'appui de son dire. Ceux que j'avais déjà publiés dans ma Noie de 1880, §V, et ceux que je développe dans ma/Troi$ième parOCj chap. xxvii, méritaient au moins la discussion.)

3<» Sur les conséquences prétendues désastreuses du divorce par consentement mutuel, voy. chap. xv.

40 Après avoir reconnu que les neuf dixièmes des séparations de corps sont, en France, réclamées par les femmes, M. Laferrière estime que, lorsque le divorce existera, « il est très vraisemblable 9 que ce sont les hommes qui le réclameront par esprit de débauche.

(Il est regrettable que M. Laferrière n'ait pas consulté les statistiques des pays où le divorce existe. Il aurait reconnu son erreur, qui est complète. Voir notre Seconde partie, chap. xiv, et encore, Troisième partie, chap. xxvii).

50 < Les statistiques nous montrent que la désunion légale et l'emploi des expédients légaux destinés à y remédier ne sont nullement inconnus dans les rangs les plus modestes de notre démocratie... »

(Cette conclusion est conforme à celle de notre chap. xiii. Mais l'auteur emploie une méthode vicieuse, qui le porte à exagérer la fréquence des séparations dans la classe ouvrière.)

60 « On peut se demander avec quelque inquiétude si le nombre des petits ménages rompus ne serait pas fort accru le jour où l'homme, mis en mouvement à son tour par l'espoir de la liberté, userait du divorce aussi volontiers que la femme recourt à la séparation de corps. »

(L'auteur fait bien d'être inquiet, m:iis c'est sur sa conclusion qu'il devrait Têtre : outre qu'il admet comme démontrée une prédiction qu'il ne regardait tout A l'heure que comme c très vraisemblable 9, et qui en réalité est fausse, il aa« rait prudemment agi et étudiant les pays étrangers. Leur exemple prouve — et je parle de ceux où l'assistance judiciaire existe — que les différentes classes sociales recourent au divorce dans les mêmes proportions qu'en France. Voir Seconde partie^ chap. xiii.)

EXTRAIT DBS ANNEXES lU

• 1^ La moitié des ménages séparés ont plus de dix ans de durée.-

(Cette conclusion est la seule peut-être qui doive être approuvée dans le travail de M. Laferrière. Notre chapitre xx — et le § III de notre NoCe de 1880 — montre même que la plus grande probabilité du divorce est vraisemblablement plus tardive encore. M. Laferrière explique ce fait autrement que nous ; mais Timportant est que son point de départ soit vrai, et, cette fois, il l'est.)

8® La France est le pays où les discordes judiciaires sont le plus rares.

(Je cite cette erreur pour mémoire seulement, .car son auteur, après Tavoir très longuement développée, a reconnu lui-même qu'elle venait d'une faute de division, l'auteur s'étant contenté d'un chiffre unique.)

9^ Conclusions relatioes à la statistique internationale, -^ L'auteur n'avait à sa disposition que quelques chiffres généralement assez exacts, mais beaucoup trop rares, publiés par le Bulletin de législation comparée; aussi a-t-il cru qu'en Saxe c le nombre annuel des divorces a suivi, depuis 1840, une progression constante ot rapide » , ce qui est une erreur (voy. tableaux X, XI et XII). Pour l'Âlsace-Lorraine, autres erreurs (voy. tableaux XXXVII, XXXVIII et XXXIX.)

iOo « Les races qui pratiquent le divorce sont de race germanique, flamande ou saxonne, que leur tempérament ou leur discipline religieuse différencient notablement de la race française. Notre race... est une race latine, chez qui domine la mobilité et la vivacité des impressions » La conclusion est que les divorces seront

probablement plus nombreux en France qu'ils ne le sont à l'étranger.

(Aucun chiffre à l'appui. — On peut dire qu'il y a dans cette phrase autant d'erreurs que de mots : la « discipline religieuse » catholique, qui est celle de la France, est celle qui éloigne le plus du divorce, et son action est très manifeste (voy. chap. m). — En outre, plus un pays est latin, et plus les divorces et séparations y sont rares (voy. chap. iv.)

Ilo a L'expérience semble dire que... là où le nombre des divorces augmente, celui des mariages diminue dans de notables proportions. »

(L'auteur s'appuie sur des documents insuffisants. On les trouvera, joints à beaucoup d'autres, chap. vu. Il n'y a aucune relation constante entre la proportion des divorces et celle des mariages.)

12» c Le divorce se multiplie avec une rapide progression dans tous les pays où il est établi, — à la difTérence de la séparation de corps, dont le bilan est peu variable. >

Cette dernière phrase constitue une erreur grave. Il est clair que l'auteur a négligé de lire les chiffres dont il parle. La simple inspection lui eût démontré son erreur. La vérité est que les séparations de corps augmentent plus vite en France que ne font les divorces à l* étranger (voyez notre chapitre vi).

Cependant notre auteur ne doute de rien : ayant établi une règle fausse, il fonde toute une théorie sur cette base imaginaire : f action dissolvante que le divorce exerce sur la notion du mariage et de la famille », etc., etc. Tout cela est pure fantaisie. Les prémisses de cette belle théorie sont fausses ; ce serait grand hasard si la conclusion était juste.

En résumé, il est cinq des copclusions que je viens de rapporter (les 5«, 7*, 8«, 9* et 11^ conclusions) qui s'appuient sur des essais de recherches statistiques. Quoique insuffisantes et médiocrement conduites, ces recherches ont conduit deux fois l'auteur à des solutions évidemment vraies ou à peu près vraies. Sur deux

IT eXTRAIT SBB ANNEXES

antres pointa, je ne partage pu Eon &Ti», mais da moins les chiffres douent id A la discussion une base solide.

An contraire, H. Laferrière a eru, le pins sonvent, pouvoir se passer des chiffres, et deviner tes lois dénu^raphtqaei par des raisonnements ingénieux, Tontea les fois qn'il l'a tenté, il s'est invariablement et lourdement trompé; et ses errenrs ont été tellement manifestes qn'it n'est personne qui, ayant lu les chiffres, poisse ne pas Ini donner tort (1", 2«, 5», 4", 6", ÎO* et 12« conclusions).

Si nn esprit aussi distingué et aussi instmit que M. Laferrière a pu commettre de telles erreurs lorsqu'il a quitté le terrain des faits pour se livrer à son ims- ^native, qui pourra se vanter d'être plus heureux? Attachons-nous donc fortement à l'élude des chiffres. C'est dans les sciences sociales surtout qu'il faut se défler du raisonnement; le pins souvent il se fait l'écho de nos passions : l'esprit Cil touBetit la dupe du cceur.

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