SES PROFESSIONS DES £PODX QUI DBMÀNJDBNT LE DIVORCE
OU hX SÉPARATION
§ 53. — Règles générales. — Les professions bourgeoises, et plus particulièrement les professions commerçantes, sont celles où le divorce et la séparation se rencontrent le plus souvent. Puis viennent les professions ouvrières dans les pays ou Tassistance judiciaire est libéralement accordée. Divorce et séparation sont rares chez les paysans*
Telles sont les règles générales.
§ 53. — Question de méthode. — La plupart des auteurs, pour étudier la fréquence dtt divorce par professions, présentent les chiffres sous la forme suivante : Sur 100 époux gui demandent le divorce^ combien appartiennent à chaque profession f Cette méthode de calcul est évidemment vicieuse ; elle n'indique en rien la probabilité du divorce dans chaque profession, et ne peut conduire qu'à des erreurs d'appréciation. Mieux vaudrait encore se borner à considérer les chiffres absolus.
La probabilité du divorce, au sens strict du mot, serait le rapport suivant : < Sur 100,000 couples vivants de chaque profession^ combien demandent (ou
1. Avtflissement général, — Dans la première partie de ce mémoire, nous nous sommes appliqué à nous servir toujours de la même méthode de calcul ; tous nos rapports étaient calculés de la même manière et avaient la même signitication, à savoir la suivante : « 5iif i,000 mariages, cominen de divorces, ou combien de séparations f »
Cette unifonnilé ne nous sera pas possible dans cette seconde partie. Nous rapporterons le nombre des divorces tantôt à 100,000 habitants, tantôt à 100,000 ménages existants, etc. Nous prévenons ceux de nos lecteurs qui n*ont pas Thabitude de lire des ouvrages de statistique que, lorsqu'ils croiront voir une contradiction dans nos chiffres, généralement ils trouveront dans la rubrique de ces chiffres l'explication de leur dissemblance.
Cette variété de méthode exigera de notre part un surcroît de prudence qui ne nous fera pas défaut.
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110 ÉTUDE DEMOGRAPttlQUE DU DlVORCË
combien obtientieht) le divorce en unanf» Malheureusement il est impossible de calculer ce rapport, puisque les recensements ne nous indiquent pas simultanément rétat civil et la profession.
Les recensements ne nous indiquent que les résultats les plus généraux de la composition de la population par profession. Nous sommes donc limités au rapport suivant : < Pour 100,000 habitants de chaque profession (y compris les célibataires, les veufs, les enfants), combien de divorces annuels? »
Encore les rubriques adoptées pour la classification des professions ne sontelles pas toujours les mêmes dans le recensement et dans les statistiques judiciaires. Souvent des hommes appartenant aux classes bourgeoises sont confondus avec des ouvriers et des manœuvres; les patrons sont confondus avec leurs employés, etc.
On est donc exposé à prendre des rapports disparates et peu démonstratifs.
Pour ces motifs, les chiffres que nous présentons au lecteur dans ce chapitre ne doivent être consultés qu'avec prudence. Ils donnent des indications dont le sens général est indubitablement conforme à la vérité, mais il est certain qu'ils ne sont que la traduction atténuée des différences qui séparent, au point de vue de la fréquence du divorce, les différentes classes sociales.
§ 54. — Étude de la France. — Ces réserves faites, voici quelques chiffres :
Tableau XL.
Frange (1865-75). — Sur 100,000 habitants appartenant à chaque profession^
combien de séparations de corps en un an f
Propriétaires, rentiers et professions libérales .... 12.5
Négociants et marchands 13.5
Cultivateurs 2.0
Ouvriers, journaliers, domestiques 13.3
On voit combien les paysans usent rarement de la séparation de corps. Quant aux trois autres groupes professionnels distingués par les Comptes du ministère de la justice, il semble qu'ils soient tous trois également exposés à la séparation. Mais ce ne sont là, nous le répétons, que des comparaisons tout à fait approximatives.
Si les chiffres du ministère de la justice ne sont pas très exactement comparables à ceux du recensement (la classiûcation des professions ne se faisant pas avec assez d'uniformité dans les différentes administrations françaises), du moins les chiffres recueillis dans les publications du ministère de la justice sont très exactement compara^ blés à ceux qui ont été recueillis naguère par la même administration ;
CHAP. XllI. — t>ROFÊSSlONS DES ÉPOOX QCl bEMÀNbENt LE DIVORCB IH
car elle s'est appliquée avec juste raison à maintenir intactes les traditions établies lors de sa création, en 1837. Aussi peut-on voir par notre tableau XXV quelle part chaque profession a prise à Taccroissemenl du nombre des séparations de corps. On y voit notamment que les ouvriers étaient loin de se séparer naguère autant que les marchands ou que les professions libérales ; ce sont donc les ouvriers qui ont surtout profilé de la loi sur l'assistance judiciaire. D*ailleurs la fréquence de la séparation a augmenté depuis 1837 dans toutes les classes sociales.
§ 55. — Élude de la Suisse. — Examinons à présent un pays où le divorce présente une fréquence tout à fait exceptionnelle, la Suisse :
Tableau XLI.
Pour 100,000 liakUants appartenant à chaque profession^ combien de
divorces en un an (Suisse 187&-80) ?
Prodaction du sol 19 *
Industrie •' . 49
Commerce 62
Transport 67
Administration publique, justice, lettres, sciences et arts 47 Journaliers (non compris ceux qui sont attachés à la culture des champs), gardes-malades, gens de maison sans
condition, personnes sans profession 49
On voit que toutes les classes professionnelles prennent part à la fréquence du divorce en Suisse.
Mais, en Suisse comme en France, ce sont les paysans qui présentent le moins de divorces. Les professions libérales en présenteraient moins que les professions commerciales. Quant aux journaliers et aux gens sans place et sans profession, la proportion des divorces ne serait pas plus élevée chez eux que parmi les professions libérales. Mais il faudrait savoir s'ils comptent proportionnellement autant de gens mariés. Tous ces chiffres sont trop généraux pour être acceptés autre* ment que sous bénéûce d'inventaire.
§ 56. — Élude de la Suède et de la Finlande. — Nous pouvons
lis ÉTUDE DÉMOGRAPUIOCË DC DIVORCE
encore examiner la Saède, pays où la rréqoence du divorce peut être considérée comme rentrant dans la moyenne.
On sait qu'en Suède les fiançailles ont une valeur exceptionnelle, et qu'il faut un jugement pour les rompre, de même qu'il laut un jugement pour rompre un mariage. Ibns les chiffres relatifs à la Suède que nous avons cités jusqu*îciy nous n'avons jamais tenu compte des divorces de fiançailles. Ici, nous pouvons nous en occuper, mais en les comptant à part.
Tableau XUI.
Pour 100,000 kabilanU appartenant à chaque profession^ combien de
divorces en un an (Suède 1876-80) ?
Divorces
Dirorces
deBariages.
de locailles.
Agricaltare, forêts, pèches
Mines et industrie
Commerce, navigation, transports ....
Culte, administration, force armée . . .
Enseignement, arts et lettres
Service 'sanitaife et charitable
Ouvriert^joumaliértf, indigents, prisonniers, etc
Ce tableau est le meilleur peut-être que nous puissions présenter au lecteur sur la profession des divorcés. L'excellente statistique suédoise donne même un certain nombre de détails qui nous seraient précieux si nous avions & notre disposition une plus longue série d'années. Ces chiffres ont en outre lavantage de pouvoir être exactement comparés à ceux du recensement, les professions ayant été classifiées suivant les mêmes principes.
Ils confirment ce que nous avaient déjà appris les précédents. C*est que les paysans recourent au divorce beaucoup plus rarement que les autres hommes. On remarquera qu'en Suéde, comme en France et comme en Suisse, les commer<;ants paraissent recourir assez fréquemment au divorce. Le divorce parait au moins aussi fréquent chez les ouvriers que parmi les professions libérales.
La rareté du divorce parmi les paysans est encore confirmée par l'étude de la Finlande.
1. Ce nombre élevé est surtout dû aux garçons de ferme : ils ont fourni en qoatf^ ans i^d divorces de fiançailles et 14 divorces de mariages seulement.
chap. xin. — professions des époux qui demandent le divorc^ 113
Tableau XUII.
FlKLAKDE (1875-79).
Pour 100,000 agriculteurs, forestiers, mtoeurs, combien de divorces annuels? 1 .23
Pour 100,000 habitants d'autres professions (commerce, industrie, poche, senices domestiques], combien de divorces annuels? 10.26
S 57. — Conclusions, — Nous ne pouvons malheureusement pousser cette étude plus loin ; ce n'est pas que les documents nous manquent, mais les rubriques des recensements sont rarement comparables à celles des statistiques judiciaires ; or cette comparaison des chifTres du recensement et de ceux des statistiques judiciaires est essentielle ; lorsqu'elle n'est pas possible, les chiffres deviennent presque complètement inutiles ; nous ne jugeons pas nécessaire de les reproduire.
Tels qu'ils sont, ils démontrent que la fréquence du divorce est bien moindre chez les agriculteurs que chez les autres hommes.
Un auteur autorisé a exprimé récemment la crainte qu'une loi autorisant le divorce en France ne jetât le trouble dans les familles des paysans, jusqu'à présent si unies, c Ily a là un danger! » s'écriait cet homme timide. Les chiffres des pays étrangers Tauraient peut-être rassuré. Dans les pays où le divorce existe comme dans ceux où il n'existe pas, les ruptures conjugales sont toujours rares à la campagne.
§ 58. — La règle précédente a son analogue parmi les règles de la fréquence du suicide. — Encore une remarque avant de terminer ce chapitre :
C est que si les professions intellectuelles (marchands, professions libérales, ouvriers) sont celles où le divorce est le plus répandu, ce sont aussi celles où l'on rencontre le plus de suicides. C'est un des nombreux facteurs communs de ces deux faits démographiques.
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