‹ Étude démographique du divorce et de la séparation de corps dans lesChapitre 88 sur 112 · CHAPITRE XVII. — INFLUENCE DES ENFANTS SUR LE DIVORCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. — INFLUENCE DES ENFANTS SUR LE DIVORCE

Ces chifTres seraient très intéressants si le recensement néerlandais nous disait combien il y a, dans la population générale du royaume, de couples vivants ayant, 0, 1, 2, 3, 4... enfants. Mais ce renseignement ne nous étant pas fourni, il nous est impossible de mettre en valeur les chiffres qui précèdent. Nous les donnons pour être aussi complet que possible, mais sans pouvoir en tirer de conclusion circonstanciée.

Remarquons pourtant ceci :

Sur les 155 ménages dissous en 1877, il y en avait 106 stériles, et 49 féconds. Or, combien ces 49 ménages féconds avaient-ils d'enfants? 99 en tout, c'est-à-dire* 2 enfants par ménage. Ce nombre est évidemment faible, et certainement inférieur à la fécondité moyenne des ménages hollandais (surtout si dans ce dernier calcul on fait abstraction des ménages tout à fait stériles).

En 1878, résultat analogue. Les 59 ménages féconds qui ont été rompus celle année comptaient 130 enfants, c'est-à-dire 2.2 enfants par ménage, proportion qui doit être inférieure (1) à la moyenne (du moins si l'on s'en tient à un calcul approximatif, car les données positives n'existent pas).

Ainsi il semble, non seulement que les ménages stériles sont beaucoup plus exposés que les autres au divorce, mais qu'encore les familles peu nombreuses y soient plus exposées que les autres.

§ 75. — Elude des Pays-Bas [suile). Fécondité des ménages qui se séparent de corps et de biens. — Les documents hollandais nous permettent une autre recherche qui serait curieuse s'il était possible d'en généraliser les résultats.

Nous avons vu qu*en Hollande comme ailleurs la présence des enfants détourne les parents du divorce. Les détourne-t-elle avec autant d'énergie d'une action en séparation de corps?

C'est par la même méthode que dans le paragraphe précédent que nous éclaircirons ce problème :

1. Dans les Pays-Bas, il y a en moyenne 4 naissances vivantes par mariage (fécond ou stérile). Mais sur cos 4 nouveaux-nés il en est une partie qui meurt peu après la naissance. Ou peut donc admettre en moyenne environ 3 enfants vivants à un moment donné par couple marié.

DlTOIGB 10

1^3 btudfi dbmooraphîqus ou divorce

Tableau LXII. Pats-Bas. — Couples $éparê$ et leur pêcondiié mofftnne.

Couples séparés de corps (nombre absolu). ... 131 106

Enfants issus de ces mariages (nombre absolu). . 169 150

Un couple séparé compte en moyenne 1.3 enf. 1.4eilf.

Cette fécondité 6st (bible âssyréftiôQt ; ell« «si fbrt au-dessous ûê la Knoyenoe, qui doit être environ deui fois plus fbrtei Gependank, si faible que soit la fécondité des eouplen séparés de corp^, elle est pllift élevée que celle des divorcés, quelle que eoit la période que l'on considère.

Ainsi il semble que si les épouX qui ont des efifiint^ reculeni devant un divoroOi ils reculent avec moins de répugnance devant une séparation.

Pourtani il ne fondrait pas accepter ce résultât corome défini'tivement acquis.

Il aurait besoin d'être soumis à une analyse plus rigoureuse, que les documents ne nous livrent pas.

§ 76. — Étude de la Suède. — La méthode dont nous venons de faire usage dans les trois derniers paragraphes pour les Pays-Bas nous permet de vérifier qu'en Suède aussi la présence des enfants détourne les parents du divorce.

Tableau LXItt.

Suède. -* Couplts diisons par diwnve et leur fécondité moyeime.

1878. IST}. MS. iSlO. iSSO. ToUl.

Couples dissous par

divorce (nomb. abs.) 212 211 205 206 217 1^051

Enfants issus de ces

mariages 259 270 275 275 279 1,358

Un couple dissous

compte en moyenne. 1.4 enf. 1.5 enf. i.7 enf. 1.7 enf. Ldenf. 1.3 enf.

Or la fécondité moyenne est de 4.2 naissances par mariage^ ce qui suppose environ trois enfants vivants à un moment donné. On voit que la fécondité des époux divorcés est bien inférieure à ce chiffre.

CfiAP. XVltl. — DB LA OARDB DBS BNFANTS APRÈS LA SÉPARATION 143

Sans doute, il en est en Suède comme en Hollande, et ce résultat est dû à ce qu'un grand nombre des époux qui demandent le divorce sont sans enfants.

Ainsi la Suéde conGrme (quoique indirectement) la règle générale que nous avons établie au cours de ce chapitre, et qui s'applique, selon toute apparence, à tous les pays de l'Europe sans exception.

§ 77. — Conclusions. — Ainsi, dans tous les pays où cette étude est possible, nous sommes arrivés au même résultat. Partout nous avons vu les parents reculer devant le divorce et devant la séparation, lorsqu'ils ont des enfants. Si néanmoins ils se décident à demander le divorce, c'est vraisemblablement lorsquMls ne peuvent absolument pas faire autrement.

Il est permis assurément de généraliser ce résultat, et de croire que, toutes les fois qu'un intérêt majeur s'oppose au divorce ou à la séparation, les époux reculent devant une solution aussi fâcheuse. Us n'ont besoin ni de la loi ni du conseil de personne pour en voir tous les inconvénients. La preuve, c'est que l'intérêt des enfants, que la loi ne vise pas et ne doit pas viser (ce serait donner une prime immorale à la stérilité), les occupe beaucoup plus qu'on ne le croit et qu'on ne le dit généralement. Je ne doute pas que des intérêts de fortune, de position et autres ne doivent avoir un effet sinon égal, du moins analogue.

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