‹ Étude démonstrative de la langue phénicienne et de la langue libyqueChapitre 35 sur 66 · Bigion tt/rtique · texte numérisé non relu

Bigion tt/rtique

i'rois villes principales, Oea on Octa, aujourd'hui Zacia, Leptis Magna, aujourd'hui Ltbdah. et Sabralha, aujourd'hui Zaoratk', existaient dans cette région et lui ont fait donner le nom de Tripolù. Toutes les trois ont conservé des monuments de la langue phénicienne qui y fut jadi.v parlée. MM. Falbe et Lindberg s’expriment ainsi, à ce sujet, dans leur Annonce d'un ouvrage sur let médaillei de faneienne Afrique :

1 ’ LeptU Magna. Médaille autonome punique.

S' Oea (Ocea). Médailles autonomes puniques; médailles impériales, les unes avec légende.', puniques, les autres avec légendes latines et puniques. — L’article descriptif de ces m^ailles sera accompagné de renseignements sur une inscription punique qui porte le nom de la ville d’Oea et confirme l'interprétation des médailles.

S* Sabralha. Médailles autonotnes puniques; médailles impériales avec légendes latiiies et puniques.

Nous ne connaissons point les médailles autonomes de Leptis, mais nous aurons à citer, de cette ville, quatre inscriptions lapidaires, dont une bilingue (latine et punique), denx trilingues (latines, grecques et puniques).

Nous ajouterons aussi à cette nomenclature des médailles de Macarée et de Subtutiu, que nous grouperons autour de celles d’Oea, parce que res deux villes étaient voisines de celle-ci et probablement sous sa dépendance.

A. Oea, Macarée, Sublultu.

Attribuées a tort à loi par Pellerin. a Nisua.vg ' de Ptolémée) par Kabricy, les médailli-.s d'Oea, autonomes et impériales, portent une légende de quatre lettres dont les variantes ont été reproduites par Gesenius, table 11 xxv, I), et par Pellerin, pl. cxxi, 16 . Cette légende se lit tré.s làeilement t\T', Oedl. On ne comprend guère comment Gesenius a pu prendre le oreniier signe pour un samech, ce qui l’a conduit à lire 71;"=, Sigal, Sigala. Toutefois la valeur gutturale attribuée dans celte circonstance à l'aïn, valeur qn'il a effectivement quelquefois, peut, dans notre leçon, expliquer la synonymie Ocea par ces transformations : Oegal, Okea, Ocra.

(t; Vay. Mémoire géogr.el nvmina. nr la partie orienlale de la Barbarie ajg^lre Afrilta parier Arahe'.— Catnlf Ch.-Oct. Caatlgtloai. Milan, tSXti.

l.^s DE LA LANGUE PHÉNICIENNE

Oéat n’est pas on mot phénicien ; il est d’origine égyptienne; c’est le substantif autt, aouity nouot, signifiant demeure, séjour.

exemplaires A, B, E de la table précitée de Gesenius offrent une légende formée de trois mots, dont l’un est encore évidemment r?"!. Celui qui le précède se transcrit sans plus d’hésita- • lion L’autre est plus difficile à déterminer; le premier et le troisième des caractères qui le «•omposent varient sur les différents exemplaires ; celui marqué E paraît les présenter le plus correctement tracés; il indique que la lecture doit être, ainsi que Gesenius l’a pensé, rS' 2 , et nous inclinons à croire aussi, avec le savant interprète, que cette orthographe remplace rSïi, viUe. La légende est donc nv* •’pït: nS'2, et nous pensons qu’on doit la traduire par l'rbs Macant, Ocœ. Il s’agit par conséquent de la ville de Maxapta, mentionnée dans le 2iTa5;acu<cc rr.c OaÀaciTr,;, et qui était située très près d’Oea; elle est nommée aujourd’hui Gargach La légende indique que cette ville, dans la circonscription tripolitaine, relevait d’Oea, et la position géographique est parfaitement d'accord avec cette induction; c’est ainsi que, sur quelques médailles de Carné, nous avons vu t'V Carne Aradi; c’est ainsi que, dans le périple de Scylax, nous trouvons ces titres : Opîtkiw tôXk i!w.ivii.jv, ïâpxTrra TuftViv Bt.àoî ■no).iî 'l'yotwv; sur le n“ 7 nous ne lisons que ipvz nS' 2 , L'rbs Macara ou Macarœa. 4

Une inscription lapidaire découverte, en 182-î, dans la même contrée et déposée actuellement dans le musée de Londres (loy. Gesenius, table 27 lxv) porte au commencement ces deux mots ■'pr '2 \vi, Baal Maqar ou Maqer, dont le dernier est figuré d’une manière tout à fait identique au même mot des médailles; c’est la divinité éponyme de la ville, c’est-à-dire Maîxrfuç, que, suivant Pausanias, on confondait avec Hercule, en Égypte et en Libye. Ce mot est mis en effet pour tpSt:, qui est lui -même une abréviation de p'^pS' 2 .

Le reste de l’inscription présente de grandes difficultés. Gesenius regarde les deux lettres qui suivent les mots cites ci-dessus eomme formant l’adjcctif 21 ; or, d'abord, le resh ne resscmlde pas à celui qui termine le nom tpye; cependant il ne paraît pas possible de nier fidentite de valeur; nous avons déjà signalé celte particularité très remarquable. D’un autre côté, le caractère pris pour un belh ne ressemble ni à celui qui est écrit au commencement de l’inscription, ni à celui qui occupe le cinquième rang, en comptant de gauche à droite, à la dernière ligne ; il a fapparence d’un r<sfc,‘'mais le contexte ne se plie point à celte dernière détermination, et je ne puis découvrir pour ce groupe d’autre sens que celui adopté par Gesenius, savoir, comme je l’ai dit,. 21 , seigneur, répondant au titre P2“ donné à Tanaïs sur les épigraphes de Humbert. Bien que Gesenius fasse savoir que le dessin qu’il présente et que nous avons reproduit ait été fait sur un moule que lui-même avait minutieusement collationné avec, l’original, on doit observer que la pierre^a subi des endommagements assez notables; on peut donc penser que (juelques-uns de.s linéaments de l’écriture ont été altérés; noos le croyons entre autres jiour la neuvième lettre de la première ligne et pour la huitième de.s figures apparentes de la dernière ligne; nous crovons que la partie inférieute de la tige de ces lettres devait être un peu courbée de droite à gauche comme celle du beih grave au commencement de l’épigraphe et comme celle du tsadé qui termine la première ligne. Au surplus on verra bientôt, sur une médaille de la ville voisine Sabralha, le heth et le resh se ressembler exactement comme ici d’après le dessin de Gesenius; on peut donc l'admettre à la rigueur. En second lieu, nous conjecluron.s que les petits iraiis qui suivent la quatrième lettre de la dernière ligne doivent être, non pas no nombre de deux, mai.s au nombre de trois, comme vers la fin de la seconde ligne, et qu’ils forment, dans l’un et l’autre cas, un rhei, ainsi que nous l’avons vu dans la j.remiêi e numidig>ie.

Nous iran.scrivons donc et traduisons l’inscription comme il suit :

(\) Voy. Kecueil d’ SUinirairei uiickns, cwfttcu4ul im-nibrr de ^n.^lllut, Paris, Imprimerie royale, lsi.'>. l'ilinrraire d'Anlonin, la Table do l’eulinper el un choix page 375. dr-> l’ériple, grec», par M. le ii iirquij de Tonia dTibao,

ET DE LA LANOl'E LIBYQLE.

33 3pV3 Sy3 Baal Ma ]!*! dominus conaulull ’ ton kSd MUlpS Qi-tamo, suülolit vitam

CK SaSa yry fe««i. SuatinuU aram rtona 33 rw ^3*7 ail duraliuneoa (ralw, princeps Bariala'.

yv est poor yr. — Le nom propre OKrp est analogue a celui de deux noms de villes. SKnp*. que Ton trouve dans la Bible, Jos., xv, 38, et II Rois, xiv, 7, et que l’on fait dériver de .3np ei de remplacé ici par CN ; il signifie subtgxt mater, — M'n est un chaldaîsmc comme nous en avons sonvent rencontré. — yj'y pourrait ftrc interprété, à la manière de Gcsenius, par jr 323, sm'i feui, ou 3J* 1327, servi sui fetsi ; mais je suis plus porté à regarder l'airi initial comme remplissant la fonction de mater lectionii, ainsi que noos l’avons vu plusieurs fois dans les inscriptions trouvées en iSnmidie. iSuus adoptons du reste le sens accablé par l'dgc donné par l’arcliéologue prussien. — Il semble diffîdle d’attribuer au mot c.x, qui finit la troisième ligne et dont la lecture est certaine, une autre acception que celle que je lui ai assignée, et c'est une nouvelle preuve en faveur de ce qui a été dit sur ce point dans le second livre. — Enfin nous souscrivons à l'explication proposée par Gesenius au sujet du dernier mot, rK'33, savoir qu'il s’agit de la \ illc de Baraüiia, que Ptolémée place dans cette région, et au nom de laquelle on a voulu à tort donner la forme grecque £ara(kra.

Les médailles B et A, table 44 xxvi de Gesenius, présentent, comme les précédentes, une legende composée, sur on exemplaire, de trois mots, et de deux sur l’autre.

Les légendes de ces médailles contiennent plusieurs signes qui demandent un examen particulier, savoir :

t* Le premier. Nous le retrouvons sur les exemplaires M, N, O des médailles figurées sur la table 39 xiii de Gesenius, et, en rapprochant ces variantes de celles de la même légende que présentent les exemplaires G, H, I, il est facile de se convaincre que le signe dont il s’agit est on •rkin, car le caractère correspondant sur les derniers numéros a incontestablement pour nous cette valeur.

t' Le sixième et, sur l'exemplaire B, le hoitièine. En comparant les variantes de la légende des médailles dessinées sur la table 43 xxii de Gesenius, et notamment les exemplaires G et B, on aeq.jiert la cn-titude que cette lettre, qui termine le mot sur l'exemplaiiv B, est équivalente au iod qui 'ur l'exemplaire G, termine le même mot sous une forme qui nous est déjà connue.

3 ' Enfin le second et, sur l'exemplaire B, le septième. Nous l'avons déjà vu sur un exemplaire desmcdailles de .Maraca, et nous avons remis la démonstration de sa valeur jusqu’à ce moment. Or les éléments connus dn dernier mot, savoir ryt, portent à penser qn’il s'agit encore ici du non. 7“**. et que par conséquent le caractère en question est un rou, conclusion avec laquelle l'arialogie de forme est d'aillenrs d'accord.

Lv Içgende entière doit donc se lire :

A. ,333 ’OO p33,

B. *£3ü prj.

Nous devons penser que, dans le premier cas. comme pour 1rs monnaies de Maeara, PV" indique une circonstanre accessoire, une condition de dépendance ou d'association, et que le nom (te la vitle est exprimé par les deux autres mots qui se trouvent seob, sur rexemplaire A. Le premier veut dire niarràé ; il se trouve encore avec celte signification et une orthographe un peu aduurie dans plusieurs noms de lieu de l’Afrique, ainsi que l’a fait remarquer M. le comte Castiglioni dans ses Recherches sur les Berbères atlantiques. Le second ne peut venir que de tgic. timon, et il fait très probablement allusion à une situation auprès de quelque marais. La réunion

no, DE LA LANGUE PHENICIENNE

des deux mots me semble former Suqtutu ou Suqlutlu, qoi, par mutation euphonique, s’est converti en SubtuUu; une ville de ce nom existait en effet à une petite distance d’Oea.

B. Leplis magna.

Quatre inscriptions phéniciennes ont été, jusqu'à présent, découvertes à Lebdah, l’ancienne Ijeplu magna, et nous allons voir que deux d'entre elles sont très précieuses. L’une de ces inscriptions est unilingue, une antre est bilingue platine et phénicienne), les deux autres sont trilingues (latines, grecques et phéniciennes). Ce sont ces deux dernières, on le conçoit, qui ont un grand prix. Nous allons suivre l’ordre que nous venons d’indiquer.

1“ Inscription unilingue.

Une copie de cette inscription vient d'étre publiée par M. F. Frc.snel dans le Journal asiatique, 1846. La pierre sur laquelle elle est gravée était naguère sur la terrasse du couvent à Tripoli ; mais elle a été récemment expédiée à Naples par M. le consul général Morelli.

Je reproduis, pl. 7, la copie adressée par M. Frcsnel. lin coin de la pierre a été cassé dans le t ransport de Lebdah au couvent de Tripoli.

Malheureusement la copie de M. Frcsnel est une moyenne entre un premier fac-similé tel quel, dit-il, fait pur loi, et un second communiqué par M. Morelli. On voit qu’il y aurait témérité à pousser la prétention jusqu’à vouloir complètement interpréter un texte si incertain. Il est à regretter que M. Fresnel n’ait pas envoyé les deux copies originales.

Quoi qu’il en soit, dans l'état où elle se trouve, l’épigraphe doit se transcrire ainsi :

. . . .antîKnOy’n . . . .am

On distingue, dans le groupe formé par les 4®, 5*, 6* et 7* lettres de la première ligne, le mot r z'S , Domina, que l’on voit si souvent, on doit sc le rappeler, sur les inscriptions de Carthage, comme litre de Tanit; mais puisqu’ici ce dernier nom ne suit pas, il ne s’agit pas de cette déesse. On doit donc penser que le mot en question a la même application que sur une inscription d’Eryx dont nous parlerons dans le chapitre relatif à la Sicile, où il occupe une place analogue, c’est-à-dire que c’est le titre d’une femme doul l'inscription est l’épitaphe. Des lors le nom propre doit venir après ; ce doit donc être nyS: pour rhz, signiliant accomplie. D’un autre côté, et en suivant le même ordre d’idées, on est autorisé à conjecturer que la première lettre de la ligne, incomplètement retracée, doit être on qùph, pour former le mot 'np, tombeau, au lieu d'un groupe auquel on ne pourrait trouver aucune signification. A cela sc borne tout ce qu’il me paraît prudent d'avancer sur une inscription tronquée et dont on n'a pas de copie exacte.

2" Inscription bilingue.

Il s'agit du fragment d’épigraphe retracé sur la table 27 lxiv de Gesenius. U a été découvert en 1806 par M. Delaporte, qoi l’avait, à cette époque, mentionné et dessiné dans on mémoire adressé au ministre des relations extérieures de l'empire français. Ce mémoire a été récemment exhumé en quelque sorte et publié dans le Journal asiatique, cahier d'avril 1836. Le savant e.spaguol Badia, qoi, vers le même temps, avait parcouru la même contrée sous le pseudonyme d'Ali-Bey, a fait paraître, en i8l4, une relation de ses voyages dans laquelle le fragment dont il

ET DE LA LANGUE LIBYyUE. 141

s‘agit se trouve aussi reproduit; mais les circonstances relatives à l’emplacement ne se concilient pas tout à fait avec celles de M. Delaporte -, elles paraissent même se contredire.

Quoi qu’il en soit, la pierre est maintenant en Angleterre, dans le jardin royal voisin du cbàteaa de Windsor ( Firÿinia Water), servant, les lettres renversées, de piédestal à une statue de Flore ou de Gérés. C’est là du moins que Gesenius l’a vue en 1835, et qu’il eu a pris copie. Cette copie ne diffère de celle de M. Delaporte qu'en ce que la dernière lettre, que celui-ci, ainsi qu’Ali-Ëcy, avait prise pour un F, est un E.

La pierre, au rapport de M. Delaporte, a soixante-quatorze centimètres de long sur soixante de liaut; les caractères en sont très purs et bien conservés. Ceux de la ligne latine, selon Gesenius, ont quatre doigts de haut; ceux de la partie phénicienne en ont deux et deini.

Hamaker', M. Lindberg*, Gesenius, Arri^et M. l’abbé Bargès^ se sont successivement efforcés d’interpréter ce fragment -, leurs tentatives n’ont pas été heureuses. Gesenius seul en a transcrit convenablement la partie phénicienne, sauf la première lettre qui ne me parait pas intacte. Cette transcription donne : d'?i* Dp' 2 -'r:ScSn ?

Nous n’essaierons pas une explication qui, dans l’état de mutilation do débris, ne pourrait être que conjecturale. Nous ferons seulement remarquer, d’une part, l’intervalle qui sépare les trois dernières lettres des précédentes; d’une autre part, que les 2», 3‘, 4*, 5® et 6* caractères forment Indubitablement un mot distinct signifiant au royaume ou du royaume. Nous renvoyons ceux des lecteurs qui désireraient pousser l'investigation plus loin aux auteurs cités ci-dessus, en particulier à Gesenius et à l’abbé Arri. Nous ne nous arrêterons qu’à une opinion récemment émise par M. de Saulcy, savoir que le texte pliénicien doit être transcrit ainsi : aSv n:h’::S n..., c’est-à-dire : à la souveraine de la demeure éternelle. Bien que l’état si incomplet du fragment ne permette pas d’apprécier comment cette phrase, où il est question de Tanii, et qui n’a aucun rapport avec la partie latine, s’adapte au contexte, bien qu’en outre la présence de l’article devant dS" eût été plus correcte, nous avouons avec empressement que cette application des idées nouvelles de M. de Saulcy sur la figure qu’il regarde comme le hé de la basse époque nous parait la plus heureuse de celles qu’il a faites.

3" Inserijitions trilingues.

Ces inscriptions sont au nombre de deux. Elles ont été trouvées en mai 1846 gravées sur deux pierres calcaires de mêmes dimensions, gisant l’une à côté de l'autre dan.s la partie orientale des ruines de Lebdah. Elles ont été publiées, comme la première, par M. F. Fresnel dans le Journal asiatique, second semestre de 1846. Malheureusement, comme la première aussi , elles ne présentent, pour la partie phénicienne, qu’une copie arrangée, résultant, à litre de moyenne, de la combinaison de deux fac-similé. Mais ici les textes latins et grecs, parfaitement équivalents entre eux sur chaque monument, viennent puissamment en aide aux textes phéniciens et |)ermettent de les rétablir presque avec certitude dans leur intégrité.

Ainsi, sur les deux monuments, les textes latins et grecs présentent une partie, la seconde moitié de chaque ligne, identique, sauf l'inflexion, savoir :

No l.j N« 2.1

Clodi medici.

KM>>£too locrpou.

Clodius medicus.

Kao>8io^ la'TfOf.

(t) Uiseelt- phetn-, p. 77. ^2) De inscript. llelil., p. lu. 'S} Jonrn. asiat., août 1S3C. (1) /tu'd., juin ts,-)?.

Sur le$ tpxtps punU|ups, la seconde moitié de chaque ligne est semblaldc aussi, si ce n'eat que, sur le n° t, il y a, an rang de cette moitié, un ain en plus que sur le n" 2. ainsi qu’on le voit djns te parallèle suivant en adoptant provisoirement le tracé de M. Fresnel :

N“ t. raTrytc''?

N* 2. (aiTKÎtbp

Mais nous connaissons asser le jeu de l’ala intercalaire pour pouvoir négliger ici la différence que sa présence simule entre les deus textes et pour les regarder comme Henliques au fond Ils doivent donc être les équivalents des portions pareillement identiques des textes latins et grecs. Or, il est impos.sil)lc de trouver celte équivalence aux passages plienicicns en question parce qu’il est im|)OssibIc de leur trouver un sens quelconque. On doit donc penser, et le procédé de fusion adopté par M. Fresnel y autorise pleinement, que c’est la copie qui est en défaut. En effet, de légères modifications au dessin de trois lettres rétablissent l'équivalence avec la plus grande* facilité: ces modifications consistent : 1“ à ajouter à la seconde lettre, la dix-septième de toute la ligne sur le n° 1 et la seizième sur le n° 2. une queue descendant verticalement, peu allongée, pour en faire un daleth: 2" à convertir la troisième avant-dernière lettre en une figure semblable à la dernière, c’est -a dire en un alrph; 3” à ne point fermer en anneau l'extrémité supérieure de ravanl-dernicr signe; à le ramener à un simple demi-cercle, ou phi, comme on en voit sur l’inscriptinndeMacareeetsurla première de Leptis magna. On aainsi.pour celte portion paralielcde clia.|ue épigraphe :

N« I . saut ’è’tnVp

' N» 2. ND1K >tnSp

t!e qui donne, comme dans la partie correspondante des textes latins et grecs; CloiUut le mfd-nn.

Il est à peine nécessaire de dire que Valeph qui précède .xE' est l’article, tel que nous l'avons signalé dans une classe des médailles de Cadix.

l a première partie du n" I, qui se coupe ainsi : 3N 'StrSy; n rend littérale-

ment la partie correspondante des textes latin et grec , savoir : ByryriA , fille de Baleileeli. mire 'le

I a liane entière est donc ;

•KûTK ’ïtrtSjj DK qSïtSpa na Bvrvclli. fille de Balsilech, mère de Clodius, le médecin.

Otie concordance ab.solue eutre les trois textes est la juslilicalion la plus satisfaisante du système de lecture exposé jusqu’ici.

Mais il n’est pas facile d’oinenir le même résultat |K»ur la première partie du n“ 2 qui reste à ciamiiier.

Impossible d’aboni de ramener le phénicien à une leçon qui donne Boncarmeerasi. premier mot des textes latin et grec. Mais ce mot ne se prête lui même à aucune signification. On doit donc penser qu’il est altéré. D’un autre côté, rt'ySyxa, que donne la Iran.vcriptlon du phénicien, d'après le tracé ilc M. Fresnel. n’offre point d'inlerprélalion acceptable. Il y a donc aussi vraivemblablement quelque inexactitude dans ce tracé. Or, l’analogie de plusieurs autres textes ap|>elle rfEhEftl. Bodmelqarl {la pari de Melqarl), dont nous avons déjà parlé. Cette restilulioo ne demande que la conversion de la troisième lettre, de la forme ronde qui loi a été soppo-

M«, fti colle d'ano poiiio croix de Saint-André, ou mem, lemblable à celle qui occupe te neuvième rang.

Reite •np';''. Ce mot est ineonlesublemcnt un aumom eilmique Tormé de ri"'p S”, la hauUur de la ville ou la tUle haute, et il signifie, jur conséi|uenl. vnÿinairr no habitant de ta ville haute. Il était naturel, dans ce cas, de purler le iud formatif de rcilinique. à la fm du couipoeé, comme on le voit dans ’'?nn r'3. H R., xvi, 34.

La véritable appellation phénicienne de Clodius était donc Bodmelqart-remqrati, nom entièrement semblable, pour la forme, à celui dont nous venons de citer une partie : “Vn.'ri'a Sm'H.

I.a terminaison en rroti des textes latin et grec provenait de l'babitude, qui domine encore chet les indigènes, d'adoucir le T en sifliante.

Le nom latin et grec est évidemment une syncope du nom jihénicien.

La ligne entière présente donc aussi une parfaite concordance avec celles des deux autres textes, savoir :

ita-iK ’inSp 'mpoT mpSOTa Huilnielqart remqrasi Clodius, le médecin.

Boncar se trouve parmi les noms des contractants sur on traité d’hospitalité publié d-ins 1rs .4c(a fratrum arralium (Rome, 179S, 4i, p. T8S. Boncaria oa Vonearia était un sirge épiscopal de la Mauritanie césarienne. Gesenius (.Uonum., p. 397, 3* note, p. 404 et 439) en donne cette explication, qui approche beaucoup de la vérité : ■ Contr. ex Bometrar, ahjecto /, ui in Maear. •

Quant au nom de la ville, Bemqrati, et, avec la terminaison latine, Aemqrafii, je ne doute pas que ce ne soit le mot primitif d'où Leptie s’est formé, par contraction au.ssi, et par mutation de r en f et de m en p.

La mutation de l'r en l est, comme chacun le sait, très commune ; on en voit en Afrique diver.ve.s applications, par exemple, pour les temps anciens, dans Magaria, Mogaiia ; pour les temps plus modernes dans Tremren, Jlemeen. Le changement de m en p n'est ni moins naturel, ni moins fréquent ; il était ici particulièrement appelé par le besoin de rompenser la contraction par le renforcrment du son. LoHn des miitractions analogues se montrent aussi en as») / grand nombre. Je ne citerai que Suthui pour Sufetula. Muthul pour Mutbaal.

Cest surtout dans la localité et dans l'inscription même dont il s'agit qu’on trouve la juslilication de cette opinioD, puisqu’on y voit précisément des mutations de lettres et des contraciions non moins remarquables. Au surplus, la probabilité arrive presque à la démonstration par le j arallèle suivant :

BodmGlqarl, remqcutis,

V Boncar, Reptis,

Vonearia. Leptis.

Les quatre inacripliont de Leptis magna ont entre elles, sous le pointdc vue grapliique, un air de famille frappant et incontestable. La ressemblanee s’étend aossi à relie de Ma< arée, dont onut avoos parlé dans le paragraphe précédent. Ellea sont évidemment de l’époque impériate et contemporaines ou de dates peu éloignées les unes des autres.

La première et les deux dernières épigraphes leplitaines ont un autre caractère de similitude avec eeUe de Marnrec : c’est l'emploi du resA, pareillement à ce que noua avons déjà vu sur la ringuiime numidifue. C’est précisément à l'occasion des iDscriptions de Leptis que ce fait a frappé M. de Saulcy et lui a inspiré la pensée de dépouiller l'aneienne et commune opinion à ce sujet pour assigner à l'une de tes formes, celle do R rétrograde, la valeur do hé, ce qui cnnatitoerait le Âé de bn.«se époque.

Dans l•eue ps nsée, il iranscrit la seconde inscription trilingue comme il suit : vr'p'cri r'îHaxi

I'i4 DE LA LANGUE PHÉNICIENNE

N 3 in 'NtSp. — 00 mieux NSin, comme nous lisons, serait certainement une restitution très

heureuse; mais, d’une part, M. de Saolcy ne sait comment expliquer l’ethnique nnpc; d’une autre part, il ne donne aucune interprétation pour la partie de la première leptitaine que nous croyons avoir sainement analysée. En conséquence, comme notre détermination, ou plutôt l’ancienne détermination, ne laisse point ces lacunes, et que l'emploi de Vateph pour article est aussi légitime que celui du hé, noos persistons dans notre première manière de voir.

D. Sabrata.

Nous avons eu déjà, dans l'un des chapitres du second livre, l’occasion de citer quatre des légendes des médailles dont il s’agit en ce moment, et noos avons alors transcrit de cette manière : t* nymsï la variante D de la table 43 xxiv de Cesenius, groupe principal des variante.s A, B, E ; 2° les variantes C et G. Tout ce que nous avons acquis depuis ne peut que confir-

mer cette lecture qui donne indubitablement le nom Sabratat. déjà trouvé, sauf le dernier signe, par l’abbé Barthélemy (Lettre au marquis Olivier!).

Les exemplaires A, B, £, outre le nom qui vient d’étre indiqué, ont. en exergue, un ou deux autres groupes dont la composition varie pour chacun de ces exemplaires ; ainsi sur A, c’est sur B sur E y'S.’n : nous n’en saurions donner l’explication.

La légende F est plus compliquée encore; Gesenius, qui l'a mal reproduite, la lit : D 2 □''

rvrr^^V, et il la traduit ainsi: Regia pojmli Achbor, Sabrathai il regarde le nom d'Achbor comme celui du fondateur du peuple dont il s’agit et compare l’expression C” à celles de l’Ancien Testament mi.i’ uv, SniW’ ay; enfin il fait remarquer que le nom propre Achbor luimême, qui signifie rat, /otr, se trouve en plusieurs endroits de la Bible (Genèse, xxxvi, .38. — Il R., XXII, 12, 14. — Jér., xxii, 26, xxxvi, 12).

Pellerio, sur la 2^ pl. de sa seconde Lettre, a davantage approché de la vérité en donnant une légende qui se lit : -ayyN’ D'' nymaï. L’examen d’un exemplaire du cabinet du roi m’a prouvé que le 9* signe seulement est incomplètement figuré, probablement parce qu’il était fruste; il manque, au devant de la figure en forme de 2, et y attenant supérieurement, un petit trait qui. au lieu d’un iod, en fait un tchin de forme numidique. La légende est donc layync oi nyniax’. c'est-à-dire, en adoptant une partie de l’explication de Gesenius, Sabrata, capitale d’Achbor, car nous verrons ultérieurement que lescAin préfixe est quelquefois l’exposant du cas oblique. L'aleph qui le suit parait prosthétique.

Cette légende me semble s’élever encore contre la détermination nouvellement pro|)osée par M. de Saulcy pour la première lettre du second groupe, car le hé, qne cette lettre représenterait, ne donnerait point de sens admissible. Cependant, mô par une conviction profonde, ce savant philologue croit pouvoir lire : pmi» i^ay np^n, ta grande ville ou la métropole, Sabrathan.

« L’aïn, ajoute-t-il, qui précède 323 , est superflu; maison trouve, dans toutes les épigraphes connues en écriture punique do bas temps, une telle surabondance de ai’n intercalés sans raison apparente dans les textes, que l’on a véritablement le droit de ne pas .se préoccuper de leur présence. Peut-être aussi cet afn ne joue-t-il d’autre rôle que celui d’une prise de son guttural inhérente au ruph initial du mot •'23 sous sa forme punique; peut-être encore avons-nous le superlatif arabe '23N, formé de T23. " Je ne m’attacherai pas à ces diverses conjectures, puisqu’elles tomlient toutes devant ce fait décisif, que la légende n’est pas écrite ainsi que le pense M. de Saulcy, trop confiant dans la leçon de Gesenius. Je maintiens donc, jusqu’à meilleure démonstration, et ma transcription et mon interprétation.

L’époque de ces médailles, qui sont toutes évidemment du même temps à peu près, est indiquée par celle qui porte les signes de la consécration d’Auguste ; elle a dû être frappée peu de temps après la mort de cet empereur.

Page 1