CHAPITRE I
Expositiok. — Pn^is historique. Analogies de la langue phénicienne.
Les Phéniciens forent salués dans l'antiquité du nom d’inventeurs des lettres. Placés, à l'cxtrêniitp orientale de la Méditerranée, entre les civilisations de l’Inde, de l'Égypte, de l’Assyrie d'une part, et, de l’autre, la barbarie de l'Europe et de la Libye, ils s'étaient élances, sur leurs hardis navires, comme sur l'aile de la Providence, à travers le vaste bassin ouvert devant eux, pour porter les semences de l'initiation civilisatrice aux nations dispersées sur les lies et les rivages de cette mer, vers laquelle gravitent depuis cette époque les principaux intérêts de l'ancien monde. C'est à l'étincelle apportée par eux que s’est allumé le génie grec à qui doit tant, à son tour, notre vie intellectuelle! Ils avaient amassé des archives nombreuses et renommées; ils avaient décerné à l’une de leurs cités le nom de ville des livres, de ville de la science.
Et voilà que tout à coup, le ministère d’initiation étant achevé pour eux, leur puissance s’écroule ; leurs annales disparaissent jusqu’à la dernière page; leur langue s'éteint ; le souvenir de leurs lettres s’efface de la mémoire des nations. Cet oubli doit durer Jusqu’au milieu du sei/.ième siècle de notre ère.
Toutefois, le peuple qui avait détruit la plus puissante colonie des Phéniciens, la grande Carthage. et qui avait conçu contre cette république une telle haine qu’il se réjouissait de ce que le nom de cette capitale ne pût être lu sur ses propres ruines, ce peuple, par une heureuse inadvertance, lui a conservé on souffle de vie dans sa littérature ; il nous a transmis, dans une de ses comédies, un écho de la langue de cette rivale détestée, et longtemps, à part quelques noms propre.s plus ou moins déflgurés, ce fut l'unique monument que l’on en possédât.
Enfin, dans le cours de notre seizième siècle, le goût et l’élude des médailles ayant pris un subit et remarquable essor, on signala plusieurs monnaies antiques, trouvées en Sicile et en Es
pagne, sur lesquelles se montraient des caractères jusque-là inconnus et que l’on s’accorda à considérer comme phéniciens. Le nombre de ces monuments s’est rapidement accru, et depuis la céte orientale de la Méditerranée jusqu’à celle de l’océan Atlantique, presque tous les points jadis occupés par les Phéniciens ont fourni leur contingent.
En même temps des inscriptions lapidaires, ennoblies desmémes signes, sortaient de la poussière ;
ou du milieu des ruines.
Ainsi, en 1631, un Français, Thomas d’Arcos, découvrait à Dugga, l’ancienne TuccaouThugga, i
pri-s de Tunis, le monument le plas précieux de ce genre que l'on ait fait connaître , une épigraphe bilingue, contenant, d’une part, sept lignes d’écriture phénicienne, de l’autre, sept lignes '
d’écriture lihyque. !
Peu d’années apres on en trouvait deux fort remarquables à Malte, où l’on en a trouvé deux aulre.s en 1820.
En 1738, on en déterrait trente-trois dans les ruines de Cilium, aujourd’hui Chieti ouTschietti, ancienne ville phénicienne de l’île de Chypre, et le professeur Ross vient d’en déterrer, dans le même lieu, deux autres que M.de Saulcy a publiées et traduites.
Puis, à Athènes, en 1797, on en découvrait deux, et trois autres ont été découvertes tout récemment.
L’Egypte, déjà si riche par ses propres monuments, en a conservé aussi quelques-uns que la main des Phéniciens avait gravés sur la pierre ou peints sur le papyrus. M. AmpîTe a rapporté l'estampage d’une magnifique inscription qu’il a vue à Ipsamboni, gravée sur le colosse brisé, à gauche de la porte du grand temple.
En Sicile, en Sardaigne, à Gerbi, il en a été trouvé soit dans le dix-huitième siècle, soit de nos jours.
L’Afrique proprement dite, outre celle que noos avons citée en premier lieu, en a récemment fourni un grand nombre, découvertes, deux à Tripoli, une quinzaine aux environs de Carthage cl plus encore en Numidie, où, dans quelques points que noos occupons et particulièrement à Chelma, l’ancienne Calamade saint Augustin, on en trouve, pour ainsi dire, tous les jours encore.
M. de Lamarc, chef d’escadron d’artillerie, membre de la commission scientifique de l’Algérie, a plus que tout antre, sous ce rapport, mérité des amis de la science; il a signalé, très près de Chelma, à Hanschir-Aîn-Nechma ou Kassar des Oulcd-Ilarrid, des ruines dont fait partie un cimetière rempli d’inscriptions phéniciennes cl libyques; il en a rapporté plusieurs, ainsi que quelques-unes trouvées à Chelma même; elles ont été déposées au Ixiuvrc, avec beaucoup d’autres monuments recueillis par cet explorateur éclairé, afin de servir de premiers éléments à un musée africain que le gouvernement a la louable intention de fonder. Mon ami, le docteur Grellois, a découvert aussi, tant à Chelma qu’à Hanschir-Aîn-Nechma, d’autres inscriptions dont il a eu l’obligeance de m’envoyer soit des copies, soit des moules en plâtre.
Enfin, dans notre propre patrie, dans l’antique ville des Mas.siliens, qui a su toujours garantir le sol gaulois de l’invasion des Phéniciens, on vient tout récemment de déterrer le plus considérable monument que ce peuple ait laissé.
Yoici donc, après le long ensevelissement dont nous avons parlé, que les témoignages de la présence des Phéniciens so rélèvent de l’Orient à fOecident, autour et au sein de ce lac immense dont ils ont les premiers franchi toutes les distances et qu’ils ont longtemps couvert de leurs voiles et de leur gloire !
Merveilleux concours de circonstances! en ce moment aussi l’opulente Ninivc secoue le linceul qui pesait depuis tant de siècles sur sa dépouille ignorée! L’antique et mystérieuse Egypte a laissé, depuis plusieurs années, pénétrer ses secrets, dont elle avait été jusque-là si jalouse ! Estelle donc levée la malédiction qui a puni cette race? Approchent-ils les jours où doit s’accomplit la promesse de réconciliation avec le pays de l'Égypte et l’Assyrien, et leur union avec Israël, représenté maintenant par la chrétienté ?
Digllized byGooglQ
KT DK I.A LANGUE LIBYOUE.
Notre bat n’est point de noos absndonner à ces mcdiutions. Nous n’avons en me que de proliter dn nombre assez grand de monomenls qui ont été, depuis peu de temps, ajoutés à eeox que l’on ronnaissail et que l’on avait plus ou moins heureusement commentés, pour essayer de faire faire de nouveaux progrès à l’élude de la langue phénicienne et d’en asseoir la démonstration sur une méthode rigoureuse. Nous nous proposons de profiter aussi do petit nombre de textes libyqnes que l’on possède pour tenter de jeter sur eux quelque lumière.
Le débris de langue phénicienne conservé dans une comédie latine, dont nous avons parlé précédemment, appartient, chacun lésait, au Pœnulus de Plaute. C’est sur lui que se sont naturellement portées les premières recherches concernant cette langue, et Jos. Scaliger, à qui l’initiative appartient, avança cette proposition qui fut on irait de lumière, savoir, quece texte s’éloigne peu de la pureté de l’idiome hébraïque.
Cette oondusion en effet est d’accord avec les témoignages historiques; tous proclament l’analogie reconnue par Jos. Sraiiger ; tous nous apprennent que c’est dans la langue hébraïque qu’il faut avant tout cliercher les moyens d’interpréter les monuments phéniciens qui nous restent.
Le prophète Isaïe, ch. 18, v. 19. donne à la langue hébraïque le nom de tangue de Canaan, et d’un autre côté .saint Augustin* fait savoir que de son temps encore les paysans de son diocèse se disaient eux-mémes Canantene ; le pays de Canaan, en clfct, n’est que celui auquel les Crées ont donné le nom de Phénicie
Ces paysans, contemporains de .saint Augustin, parlaient encore punique, c’est-à dire phénicien, et le grand évéque a pu reconnaître qu’une étroite parenté existait entre ce Ungage et celui des Hébreux, ainsi qu’il le déclare en plusieurs endroits de ses œuvres : • /sl<e lingur (hebrna et puoica) «on muUum inter se différant^.,. Hune (Christom) Uebrœi dieunt Metsiam , çuod cerlium lingua punietr eonsonum est, aïeul alia permuUa et pcme omnia*.., Hebreeam rerbum est (Mammona) cognatum linguar punira ; ista enim lingua significationis guadam vicinitale foriantur^... Loeuti» est (Et extendit manurn suam) guam propterca hebraam puto. quia et punira Kngua familiarittima est, in qua multa inrenimus hebreeis rerbis cotuonantia^... Cognata quippè auni lingua ista et ricina, Hebrœa, Punira et Syra’’... •
Saint Jérdine, qui était aussi fort bien placé pour juger la question, s’exprime ainsi : •Tgnu et Sidon in Phanices littore principes eiritates rel. Quarum Carihago colonia. Unde et Pani sermons eorruplo quasi Phani apfallantur. Quorum lingua lingua hebraa magna ex parte eonfinis eal"... Lingua quoque punira, qua de Hebrœorum fonttbus manare dieitur, propne virgii aima appellaturS... Xonnulli pulonl aquat ralidas juxta punicie Itngua sricmiam, qua hrbraa eontermina est, hoc vocabulo (B’S’) significari'”...”
Enlin Priscicn dit à son tour: •Maxime cup» lingua Panarum, qua Chaidaatei Hebraa similis est et Syra, «on habeat neutrum genus »
Saint Augustin né s’en tient pas tout à fait à des assertions; « il rapporte, dit M. Et. Quatrenicre, qu’ayant entendu on paysan de son diocèse prononcer le mol satus et lui en ayant demandé le sens, cet homme répondit qu’il désignait le nombre Iroia. Or il est aise de rcconnailre id le mot hébreu '*.•
Ces observations ne s’appliquent qu’aux sons de la langue. Lorsqu’on eut recueilli des monuments, ou s’aperçut que pour l’expression matérielle aussi , pour les caractères graphiques, il y a analogie fort étroite entre le phénicien et l’hébreu, car la plupart des signes pbéuicien.s
(6) Loculione» iu Gen., bb. I,'8, 0 (7> la Juaan. tract, 15, t. lit, 6 col., 302
(8) la Jereia., 5, 23.
(9) la Jta , 3, 7.
(to; tlujaat, ia Geaea., 36, 34.
(11) Lib. 3, p. lis.
(131 Epbt. adKaoi.,eXp.
(1 Epôtobe ad Ruai- expositio, I. Ht, coi. 933, ed. bcaed.
(3) Et Quaireaière, Nouv- jour, aaiat . 1S38, 1, p. 17. (3) (>uÆ>i. 10 judicra, lib. VU, qua-sU 10, 1. III, p. 47T, ed. Deacd-
(4, Contra lut. Petdtani, lib. Il, cap. 104, L 1\, eot 196. (.3) Ui; verbli tloaiuil wriii 33.
oDtU pliM grackdc re&semblânce avec les anciens signes hébraïques conservés sar les médailles asroonéennes. M. Et. Qoatremère, dont on ne peut trop invoquer le témoignage dans de pareilles questions, dit à ce sujet : «« On sait que les Hébreux firent usage pendant bien des siècles d'un caractère qui offre la plus grande analogie avec le caractère phéniden et que nous retracent les légendes gravées sur les monnaies des princes Asmonéens ou Macchabées. Cest le même qui, modifié et altéré pendant un laps de temps con.sidérable, s’est toutefois conservé jusqu'à nos jours chez les familles peu nombreuses qui forment les tristes débris du peuple Samaritain. Cette question n’a plus besoin d'être prouvée, depuis surtout qu'elle a été démontrée avec tant d'érudition Pt de critique par M. Gesenios dans son Biiioire de la langue hébraïque ' •
C'est donc dans l'Iiébrcu qti'on chercha la clef du phénicien. On s'attacha d'abord » puisque c'était le seul reste que Ton possédât . au passage de la célèbre comédie de Plaute.
Joseph Scaliger , ainsi que nou.s l'avons dit , doit être cité le premier ; puis vient Sam. Petit et enlin Sam. Bochart, dont l’interprétation , comme le proclame Gesenios, est digne de ce savant auteur *-
Les médailles ont été, dès 1Ô7G et successivement, décrites dans un assez grand nombre d'ouvrages.
Khcnferd^, le premier, entreprit d'en expliquer quelques-unes dans un essai où se trouvent plusieurs aperças justes au milieu d’erreurs dépendant en grande partie du nombre insuffisant de matériaux et de rincxactitude des copies qu'il avait pu consulter.
Vprès lui, Montfaucon mérite aussi d'éirc mentionné pour avoir lu l'une des légendes des médailles de Sidon^
Ce ne fut, toutefois, que vers le milieu du dernier siècle, alors que des inscriptions lapidaires commencèrent aus.si à être découvertes , que l'étude des monument.s phéniciens prit un caractère sérieux et scientifique. Ce caractère lui fut surtout , et dès le principe , imprimé par l'illostre ahhé Barliicleiny, jteureux et rare mélange d’érudition, de sagacité cl de rctcnue'\ En même temps, le docteur Swintoo, d’Oxford, déterminait aussi la plupart des lettres avec exactitude, mais, contraste singulier, en s'égarant presque toujours dans l'expUcation des textes; à lui le mérite d’avoir découvert la série des chiffres’.
Depuis cette époque Jusqu'à celle où Gesenius fit paraître son ouvrage intitulé : Scripturœ lingua que p/uenicia monumenla quotguol tujxrêunt , etc. , Leipsick , 1837, un grand nombre d'auteurs, dont il rapporte le catalogue, ont continué, avec des succès variables , les travaux si bien inaugurés par Bartliélemy. 11 y a lieu de citer d'aliord ses contemporains Dutens^et Bayer ^ dont le dernier a eu l'honneur de le faire coasentir à une importante rectification.
Dans le premier quart de notre siècle , on doit signaler Tychsen surtout Fabricy ** et Akerhlad 'S, Ge.senias qui prélude avec distinction à ses recherches ultérieures , Kopp enfin «qui exagère un excellent principe**.
<t) Jour- dr«Sav.« ocl. 1838. p.631.
(2) Mi»cell. lib Dovrm- Parii, [V, p.
(S) Géogr. sacra, part il, 2, 6.
(4} Opera philolog. Trajccti ad Rbeoiim, 1722, IV, p. 732.769.
'5) PaJéogr. grccqu**. p. 118rtauiv.
^6) Mém. de rxcaii de* liuchp., t XXX, p- 401, un , in.l2, p 3U; U XWIl, p. 733, UX. iii l2. p 366 — Jouro. de» Scavana, 1760, 1761, 1763. — Lellrc a M. le iiiarqui» d’Oiiviért au aujei de quelquir* moounenl» phêiiictcn», 1766-
(7) ln»cr- citicæ Uxon-, 1733. — Piiilus. iraïutaciiona, fol. L, p. 791; un. p 274. UV, p 119; I.VIII ei I.XI.
^8} txplicalion de quelque* médaille» grecq. et pbéo.
(0) Del alphabilo y leitgua de lo« Fciiicr* y de su* teloiiias, à la Miite de la traduction dr Salluste par Gabr. de Borbon. Madrid. 1772.
(10) De liogUiT pliœn. et bebr. mutua squalitaïc, nof. acu SoeiM. l’psal, vol. VII. p. 87-103, 1813.
(11) Üi' pba'niciæ litteraiurec fonlibus, 1804.
(12) laacripi. ptium. oxonlemis oov. ioterprel. Pari*, I8(lf. — Comment. Oulling., vol. XIV, p. 233*228. — Lettre à lulifhki, Aon. encyd. de BlUtm, II.
(13) Uberdie pbdnU. utid puoisc. »prarbe. Leipit,1813.
(14) Bilder und icbrtfico der vorreit, 1 . 1. Manbetm, 1819.— Fmuickelung der Mrfoit. *chrirten, p. I78-J2U.— Beu»erkuiigcn uber einige puoÎKhc «tcinarlirifirii ou» Kariliago.
La décade goivante voit naître des ouvrages remarquables dont la pobiication parait excitée par les découvertes récentes de nouveaux monuments dans les environs de Carthage , découvertes faites d'abord par Humbert puis par l'infatigable M. Falbe*. Ces ouvrages sont dns à Hamaker’, qui n’a cependant pas tiré un parti très heureux de ses connaissances variées en littérature orientale, à M. M. Lanci*, à M. Lindbergs qui, auteur de l’explication d’nne inscription de Malte , a groupé un grand nombre de documents précieux sur la numismatique phénicienne , à M. Et. Quatremère®, enfin à Cesenius encore’.
Quel que soit toutefois le mérite particulier de chacune de ces o'uvres, Cesenius a été en droit de (lire, en tête de la préface du grand ouvrage dont nous avons, il n’y a qu’un instant , rapporté le titre: • l^uanquam bæc interpretantium opéra, si paucos(in bis Bayerum, Akerbladlum),
• excipias, lam parum ista studia incrementi ceperunt, ut baud raro judicii infirmitate dicam - an perversitate, quum pr.Tsertim certa principia deessent, infra Bartbelemyum relaberentur...
• .Noper in cxpli(»ndis inscriptionibus numidlcis in lucem édita sunt interpretationum mon-
• stra, in quibus nescias utrum magis mireris insolentem idiomatis ex omnibus dialectorum
• latebris coiiquisili formam an orationem contorlam argumentumque ineplum monumento
• publico prorsns indignum. Et quid dicamus de miro et singulari interpretum, tum in singulis
• litteris definiendis, tum in integris monumentis legendis, dissidio?Quid de eorum circadialec-
• tum Phœniciam , quant alii puram bebraicam, abi ex omnibus dialectis semiticis mixtam
• existimarunt dissensu ? •
Mallieureusemenl cet illustre orientaliste, dont l’ouvrage est d’ailleurs si utile par l’ensemble de monuments et le trésor de science qu’il renferme, est loin d’avoir évité tous les défauts dont il accuse les plus rapprochés de ses devanciers ; lui aussi manque souvent de rigueur dans la détermination des caractères ; lui aussi n'a que trop d’interprétations d'une frappante invraisemblance.
L'abbé Arri a publié, en 18S9, dans les actes de l'Académie royale des sciences de Turin, un mémoire destiné à relever quelques-uns de ces torts. Mais, bien qu’il se fût posé lui-même des règles sévères, ce jeune antagoniste, enlevé si tAt à de brillantes espérances, n’a pu éviter à son tour de graves erreurs, sans doute parce qu’il s’était enfermé dans no horizon trop étroit. Barthélemy disait dans sa lettre de 1760 aux rédacteurs du Journal dei Sçavant: • On sera
• sans doute surpris dans la suite qu’il ait fallu tant de temps et de peines pour éclaircir les monu-
• ments phéniciens. » Combien il s’en faut que ce soit à noos qu’il appartienne d’exprimer cette surprise , à nous qui n’avons comparativement le droit de noos étonner, au contraire, que de l’élévation à laquelle ce beau génie était parvenu avec si peu de ressources I
J’ai fait déjà quelques efforts pour tenter de nouveaux progrès : on doit beaucoup enfin aux travaux exécutés dans le même but par mon savant ami M. deSaoIcy, esprit éminent, qui a le don de répandre la lumière sur tous les sujets qu’il aborde.
Quant à la langue libyqoe, outre les restes dont il a été déjà parlé, il en a été récemment trouvé d’autres à Challik, par Honegger; à Uanschir-Makther-Ouled-Agàr, par M. Falbe; à Tifesh, par M. lionnafond ; à Tacouka, chez les Aninebas, province de Constantine, par M. le chirurgien aide-major Midi. Stéphanopoli ; à Hanschir-Ain-ISechma, par M. Delamare, comme il a été dit ci-dessus, et par le docteur Grellois. Mais la plupart ne sont que des fragments auxquels il parait impossible de trouver aucun sens. Jusqu’à présent, l'inscription bilingue de Thugga seule s'est prêtée à rinlerprétalioc. Cesenius a le premier débrouillé la valeur de la plupart des caractères ;
(I) Itoiicc ,urquairccippe>Mpulcraui. LsHaye, 1S31. (Z) ItcchcrLtit'B sur l'CDipUcenirnt de Corlluge.
C3) Diatribe de aliq. monuro. punicta, etc. Lugd.^Batav., IriSZ. — LfUrrà U. R. Rochette. Leyde, I8Z4. — Miacell. pbiTiiicia. ISZ8.
(4) Oaaervaciuni sut basaoriliero di (iarpentroaao. Ro. ma, tltsa. — la-tira sopra uoo icarabeo feaico-egiaio.
Napoli, 18Z6. — La sacra scrittura illuitrata coo moau- Dieiiti feDico-asiiri ed egiai. Roma, 16Z7.
(5) De itumis punicta Sexlorum , Raunîae, 18Z4. — De ÎDscrtpl. meittoitai phœnicio-gneco- 1BZ8.
;0) Mêmoirri sur quelques inrcnptloaa puniques, Bouveau Journal asiatique, 1. 1, 1SZ8.
(7) Pslaographiscbe vludlen, 1S.7V
<i DE LA LANGI E l'IlÉNIClEXNE
ijuclqucs erreurs ou omissions lui avaient néanmoins échappé; elles ont été réparées fort heu* rcusement par M. de Saulcy dans une lettre, modèle de méthode, que ce savant a publiée dans le Journal Atialique,i' série, Ll (lévrier ISlii). iNoos-mème,nous nous en sommes occupé et nous ,vvons essayé de la traduire par le berbère, dans un mémoire lu à la Société asiatique, le 11 uctobre 1844.
Kéduites à ces faibles éléments, nos éludes sur la langue libyque ne seront par conséquent qu'incidentes, et c'est i la langue phénirienne que cet ouvrage est presque eiitièrenient consacK'.
Nous allons asseoir notre base en reciicrchant, dans l'analyse des passages phéniciens do funiufiu de Plaute, si, selon toute vraisemblance, cet idiome a réellement avec l'Iiébreu l’analogie dont il a été parlé. Noos n'uublieroDS pas toutefois qu'en donnant, d'un commun accord, la première place à celte analogie, saint Augustin et Priscien ajoutent que la langue phénicienne avait aussi 'crlaios rapports avec le syriaque et le chaldéen.
On ht, d’un autre côté, dan.s saint Jérôme, m Is., 19, 18. le passage suivant : • Non poisu- « mus loqui lii.gua hebræa, sed lingua cananitide, qme inter jligyptiam et llebream media est et v Hebra-re magna ex parle conlinis. • Noos aurons donc aussi à examiner si les rapports certain^ qui existaient entre l'ancieoae langue égyptienne et la langue hébraïque, si d'autres rapports propres à l’idiome phénicien ne justiUeraient pas ce nouveau rapprochement, ou si l’on ne doit pas. au contraire, adopter la correction proposée par Gesenius, savoir, qu’à Æjypliam il faut peut-être substituer Aranueam; saint Jérôme, dans la dernière hy pothèse, se trouverait en parfaite Itarmonic avec saint Augustin et Priscien.
CH.APITRE If.
’f raduclion des passages phéniciens des trois premières scenes du cinquième acte du l'imulut.
Un ne peut mieux faire connaître le sujet qu'en reproduisant l'exposition tracée par Plaute Inilucme, dans son prologue, en ces termes :
Cartliüginenses fratros palriicles duu Fiiérc, snmmo pencrc et siimmU divitiis :
Ennim alliT vivit, aller est ccnortuu.s.
Sed ilh seni qui mortuus est, filius,
Unieus qui fucrat, abditivus à pâtre.
Puer .septuenuig surripitur Carthagtne,
Sexennio prius quidem quam moritur pater.
(juomam periisse sibi vùiel gnatum unicum,
Conjicitur ipse in morbum ex a-gritudine*
Facil ilium lui'redem Iratrcm palruelem suurn,,,
Ille qui surripuit pueruin, Calydonom avehit :
Vendit eiim domino hic div iti cuidam seni...
Emit liospitalem is filium imprudens senex Purrum ilium, eumque adoptât sibi pro Hlio :
Eumque haîredem focil, cùin ipso obiit diem.