‹ Étude démonstrative de la langue phénicienne et de la langue libyqueChapitre 6 sur 66 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

L’invocation d'Hannon, qui remplit la première scène, débute par seize vers en langue étrangère, et se termine par onze vers latins. On a pensé naturellement que les seize premiers vers sont écrits CD punique. Cette opinion s’est soutenue sans conteste depuis Jos. ScAliger josqu' h

Sam. Pelil iDclusivenicnt, c'esl-Mire, jiuqa’àce qucS. Borhart, sur un indice qui lui avait été donné par ann ami Sarrau, fit remarquer que Ica onze premirrs seuls comprennent te conteste reproduit dans les vers latins. Cette a.ssertion, suggérée d'abord par la répétition de quelques formules, et surtout par la position corrélative des noms propres, fut bienlAt démontrée par la traduction de ces vers, qui se trouva en grande partie concorder avec celle de Plaute lui même. Les six autres, où l’on reconnaît la même symétrie matérielle, parurent amssi à Rochart, pour le même motif, uninouvelle reproduction do même conteste , mais dans une troisième langue. Les onze premirrs vers furent donc considérés comme puniques par ce savant critique, et il avança que les six qui suivent son libyques : il renonça en conséquence à en recbereber l’explication dans l'hébreu.

Gesenius a adopté sur ces divers points l'opinion de Bochart; mais, par une inexplicable contradiction, il s’efforce de ramener son prétendu texte libyque aux racines et aux Tonnes phéniciennes, et après avoir blâmé S. Petit d’y avoir appliqué l’analogie hébraïque, il se livre péniblement à la même tentative. C'est qu’en effet il est Impossible de ne pas reconnaître une ressemblance frappante entre plusieurs de ces mots et une partie de ceux do texte punique proprement dit; ressemblance que la raison se refuse à considérer comme on rapprochement fortuit et simplement apparent entre deux langues dilTérentes. D'un autre côté, la même observation se présente an sujet de la similitude de plusieurs autres mots avec des mots latins ; cc second rapprochement ne parait pas non plus pouvoir être purement accidentel. Je pense donc i[ue ce passage est une parodie do précédent, un mélange incohérent de termes puniques et de vocables latins, du phénicien enfin à la manière du latin et du turc de Molière; il n’y a pas lieu de s’y arrêter .sérieusement; les onze premiers vers méritent seuls de nous occuper.

Le texte punique a dû, on le conçoit, éprouver plusieurs altérations en passant successivement par les mains des copistes qui eu ignoraient la signification ; aussi un grand nombre de variantes se sont-elles introduites dans les différentes éditions. Il faut en restituer en partie le texte luimême, et, à cet effet, chercher dans les variantes et retenir les sons qui se prêtent le mieux à une interprétation concordante avec la version fournie par Plaute, laquelle doit inrontestablemeni servir de critérium. C’est la règle que se sont imposée les deux habiles commentateurs cités en dernier lieu. Mais il est aussi un autre secours qu’ils ont peut-être trop négligé, et qui m’a fourni plusieurs traits de lumière ; c’est le rapprochement de quelques locutions avec des expressions qui se présentent, en quelque sorte comme leur éeho, dans les scènes suivantes.

Je transcrirai d’abord la partie latine, puis les restitutions du texte punique proposées par Bochart et par Gesenius; j’analyserai ensuite comparativement, et vers par vers, l’une et l’antre de ces restitutions, en proposant les modifications dont elles m’ont paru susceptibles. J’aurai occasion de profiter des observations de deux auteurs qui ont , l’un, M. Yex, en 1839, l’autre. M. Movers, en 1845, traité le même sujet avec beaucoup de développements et d'érudition. Je ne connaissais pas, en 1843, l’ouvrage de M. Yex, lorsque j'ai publié le travail que je vais en grande partie reproduire.

TEXTK L.VTIS.

Dcos deasqiio veneror qui banc urbem cotnnt.

Ut, quod do meâ re hùc veni, rit* venerim,

Measque hic ut gnatas et moi fratris filium Reperirc mesirilis: d! vostram fidem!

Qux mihi surrepta- sunt, et fratis filium.

Sud htc milii antchac bospes Anlidamas fuit.

Eum fecisse aïuul sibi (]uo<l faciiinduni fuit.

Ejus filium hic prædicaut esse .\gorasloclem :

Ad eum hospilalem hanc tesseram niccum fero :

In tiisce habilaro monstratu’st regionibu.v.

Hosce percontabor qui bue ogrediuolur foras.

ET Î)E LA LANGEE LIBYQl E.

TEXTË

Lfçm df Bochart,

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