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Étude des alcalis de l'opium

La valeur thérapeutique de l’opium est universellement reconnue, et c’est même une chose depuis longtemps incontestée, que le médecin n’a pas d’auxiliaire plus précieux pour combattre la douleur, quels qu’en soient le siège et la nature.

Mais les propriétés de l’opium ne sont, en définitive, que la résultante de celles des alcalis contenus dans ce précieux suc végétal, ainsi que cela a été établi, au commencement du siècle, par une suite de travaux des plus remarquables qui ont opéré une véritable révolution dans le domaine pharmaceutique et médical.

Et ces découvertes capitales, on les doit à une pléiade de savants qui tous, à des degrés divers, ont a ppartenu à la Pharmacie, et que, pour la plupart, l’École de Paris peut à bon droit s’enorgueillir d’avoir compté parmi ses membres les plus îustement célèbres.

Sans sortir des limites de notre sujet, il suffira de citer: Vauquelin, Seguin, dont les recherches ont servi de point départ aux travaux de Sertuerner, Robiquet, Pelletier, parmi ceux qui ne sont plus ; puis ceux qui sont encore nos maîtres : MM. Bussy et Dumas.

Les autres observateurs appartiennent à la gérnuNiKR. 172. 1

nération contemporaine. Leurs nombreux travaux ont complété, développé ceux de leurs devanciers, mais on peut dire toutefois qu’ils sont restés dans la même direction. Inspirés par le même esprit d’investigation, ils ont continué l’œuvre commencée, sans s’écarter, en quelque sorte, de la tradition première.

Et le champ était fertile, la voie féconde, ainsi que les résultats l’ont prouvé, et aussi le nombre réellement prodigieux de recherches enregistrées parla science sur ce sujet important à tous égards.

Nous sommes donc en présence d’une ample moisson de faits.

Voyons l’usage qu’on en peut faire.

L’énoncé de la question ne permet pas l’hésitation quand à la division générale du sujet: elle s’impose d’elle-même. La Première Partie sera consacrée à l’étude chimique. La Seconde Partie à la recherche toxicologique.

L’embarras commence dès qu’il s’agit de l’ordre à adopter pour la partie chimique.

Le nombre des alcaloïdes extraits de l’opium, ou dérivés de ceux déjà connus, est très-considérable et chaque jour encore on en découvre de nouveaux. Un premier coup d’œil nous montre donc à cet égard une véritable profusion, mais la coordination de tous ces matériaux ne se laisse pas facilement saisir.

On voit bien « l’édifice abattu par les forces chimiques » ainsi que le disait Gerhardt, mais

quel peut bien être cet édifice ? — De son plan général, du lien de synthèse qui doit présider à la reconstruction, c’est à peine si l’on entrevoit quelques vagues linéaments : il semble que ce soit chose réservée seulement à nos successeurs.

Aussi pour procéder méthodiquement en cette matière délicate, on ne sait trop sur quoi s’appuyer: les difficultés surgissent à chaque pas, et font d’autant mieux saisir l’utilité, pour ne pas dire l’urgence, d’un travail d’ensemble sur le sujet.

C’est ce que nous devons maintenant essayer de réaliser. Mais comment la question doit-elle être comprise? Le but à atteindre nous dira la voie dans laquelle il convient de s’engager.

Pour arriver à relier, tôt ou tard, en un solide faisceau ces fragments éparpillés à l’heure présente, et parvenir à en faire un tout coordonné dans ses diverses parties, il faut d’abord que la question d’ensemble soit posée sur un terrain solide, et prenne corps au moyen de vues générales,déduites bien entendu de l’observation ellemême.Puis, graduellement, cette donnée première recevant les développements que lui fournira l’étude de plus en plus approfondie des dédoublements, le terrain se trouvera préparé pour la synthèse, à qui appartient le dernier mot.

Tel est, en somme, le processus général dans les sciences expérimentales ; c’est ainsi que la plupart des grandes questions, ramenéesaujour d’hui à une si admirable simplicité, sont successivement sorties du chaos.

Pour en revenir desuite à notre sujet, il ne semble pas qu’une telle manière de l’envisager soit totalement irréalisable, ni même, à l’heure actuelle, prématurée. T.a question, en effet, est parvenue à un degré de morcellement qui paraît indiquer qu’elle est mûre pour des généralisations plus compréhensives et plus larges.

Notre tâche, pour le moment, est donc de nous efforcer, conformément aux considérations qui précèdent, de constituer à notre travail un cadre qui soit admissible, c’est-à-dire tiré de l’expérimentation.

Nous avons vu que tout ce qui est d’ordre synthétique nous fait défaut. Car ce qu’on rencontre à cet égard se réduit à l’hydrogénation de la cotarnine donnant naissance à Yhydrocotarnine ; et d’autre part, à l’identité (encore à confirmer définitivement) de la pseudomorphine avecl’oan/morphine, obtenue à partir de la morphine elle-même.

Cela ne suffit pas, à coup sûr, pour faire un ensemble synthétique, et il n’y en a pas pour l’excellente raison qu’il ne peut pas y en avoir.

On sait, en effet, l’espèce d’axiome qui régit la matière, et que nous avons recueilli, il y a longtemps déjà, de la bouche du maître incontesté de la Synthèsp organique : avant de tenter une synthèse quelconque, il faut, au préalable, tirer à clair la question des dédoublements. On voit dès lors tout ce qui reste à faire. En dehors de. la narcotine, en effet, nous ignorons le mode de dédoublement de tous les alcaloïdes de l’opium.

Les données purement chimiques, et d’ordre général, se restreignent donc de plus en plus.

D’autre part, il est impossible de se contenter, comme base de classification, des propriétés physiologiques, bien qu’elles présentent au premier abord un ensemble assez séduisant. Mais dès qu’on a vu les différences, capitales à cet égard, qui séparent lamoiphine de l’apomorphine, la cotarnine de l’hydrocotarnine, si étroitement unies d’ailleurs, il devient impossible de s’y arrêter.

Autant vaudrait presque une classification absolument arbitraire, et tirée, par exemple, de l’ordre alphabétique, si commode en soi, et inattaquable ; ou encore des proportions relatives dans l’opium, de chacun des alcaloïdes en question.

Les inconvénients d’une pareille manière d’agir n’ont pas besoin d’être soulignés. Bornons-nous à dire qu’elle est inconciliable avec les idées générales énoncées plus haut.

Nous nous sommes alors tourné vers les indications plus modestes, plus pratiques, empruntées à l’étude de la préparation elle-même.

Ici nous trouvons un point d’appui d’un genre un peu différent, mais d’ue solidité très-grande.

Entrons dans quelques détails. L’extraction des alcaloïdes de l’opium, après quelques hésitations au début, s’est en quelque sorte unifiée, et réduite à l’emploi d’une seule méthode qui a pour point

de départ le procédé connu d’ancienne date sous le nom de Grégory et Robertson.

Développé successivement par l’étude des résidus, il a fourni la série actuellement connue des alcaloïdes de l’opium.

C’est ainsi que Robiquet a découvert la Codéine; Pelletier,la Papavérine;Thiboumery,laThébaïne; et c’est toujours dans les eaux-mères, comme dans une source inépuisable, qu’ont été rencontrés les nombreux alcaloïdes nouveaux, dits aussi Alcaloïdes de Hesse, du nom de leur inventeur, comme aussi la Cryptopine, et tout récemment la Gnoscopine de T. et H. Smith, YOxy narcotine de Wright, etc.

Et cette vue générale n’est nullement opposée aux données théoriques de notre point de départ. Si ce n’est pas, à vrai dire, le lien de constitution dans dans toute sa netteté et sa rigueur scientifique, c’est du moins l’étude des produits d’hydratation et d’oxydation, car tel est, en définitive, le caractère de la méthode.

Faute de mieux c’est à cela que nous nous sommes arrêté.

Des quatre principaux alcaloïdes, la morphine se place donc au premier rang, puis la codéine, ce qui s’accorde avec ce qu’on sait de leur action thérapeutique.. La. narcotine vient après, et; non loin, la narcéine.

Puis la thébaïneetla pa,pavérinie,iormanst transition pour arriver au groupe des nouveaux: alcaloïdes.

La narcotine, il est vrai, pourrait être mise en avant, puisque l’on sait qu’un simple traitement éthéréla fournit du premier coup. Mais qui peut dire, à l’heure actuelle, si la narcotine existe à l'état libre dans le latex delà plante et dans l’opium lui-même, ou si elle n’est pas le résultat d’un premier dédoublement ?

Restons-en donc aux indications que fournit le procédé Grégoryet Robertson. Elles sont quelque peu empiriques, si l’on veut, mais, ainsi qu’on l’a vu c’est un mal nécessaire. Avant de prendre la question de plus haut, il est indispensaole d’apporter des expériences nouvelles.

Nous aimons à nous persuader qu’on trouvera là un point de départ pour conduire à une simplification tout au moins souhaitable, ou ce qui est la même chose, à une généralisation d’un ordre supérieur.

Telle est la donnée expérimentale qui nous conduira dans l’exposé que nous allons entreprendre, et nous espérons que, de la sorte, il sera possible de mener à bout notre tâche, sans invrai-

semblance trop choquante. Dès lors, la distribution de la première partie s’ensuit naturellement.

Le Chap. I est consacré à la

Morphine

Codéine

Narcotine

Narcéine

Thébaïne etPapavérine

Alcaloïdes nouveaux

Dans chacun, on trouvera l’histoire chimique du corps en question, ses réactions caractéristiques et ses'principaux dérivés.

En outre le principe qui 'nous sert ‘de,guide nous amène à grouper autour des principaux: alcaloïdes, non-seulement les dérivés par réaction'Régulière, mais aussi ceux dont la découverte’plus récente a été faite dansleseaux mères del’alcaloïde principal. Et, pour le dire au passant, c'est ici qu’il est facile de se rendre compte des difficultés qu’eussent rencontré les autres modes de classification.

A la suite de la narcotine nous plaçons donc Vhydrocotarnine, inséparable de la calamine.

L’étude de la narcéine s’accompagne naturellement de celle de Y Oxynarcotine qui conduit ài;la narcotine, et de la Gnose opine qui semble former transition avec le groupe de la morphine. Et'àmsi de suite.

Le Chapitre VII, intitulé Généralités <èt 'Rapprochements occupe une place à part. Consacré, comme son nom l’indique, aux considérations .générales, il sert en quelque sorte de conclusion, et se relie à ce que nous avons dit en commençant cette Introduction. Il comprend enfin une'récapitulation succincte des propriétés physiologiques les mieux établies, et forme ainsi le passage à la "Secontje^Partie.

Ayant donné, à propos de chacun des alcaloï-

des leurs propriétés, leurs solubilités et leurs réactions spécifiques, le bilan de la partie toxicologique se trouve allégé sensiblement.

Sa grande homogénéité rend en outre surperflu d’y établir la subdivision par chapitras.,

On y rencontrera donc, après un court préambule consacré à l'origine* à la fréquence et aux principaux symptômes de cet empoisonnement particulier, la^ description résumée, des principales méthodes générales,, et de celles, plus spécialement appropriées à la recherche dès alcaloïdes de l’opium.

Et nous terminons par les procédés usités pour la séparation des mélanges d’alcaloïdes, en insistant sur les réactions particulièrement indiquées par leurs auteurs comme d’un usage avantageux pour la recherche dans le cadavre.

Est-il besoin maintenant, en finissant cet avant-propos, de taire remarquer que la manière dont nous avons compris notre tâche nous a conduit à l’aborder par ses côtés généraux et non par le menu. Le détail, à notre avis, est le lot d’une Encyclopédie ou d’un Dictionnaire.

Outre que la matière n’est pas de celles qu’on épuise sans excéder les proportions d’un Mémoire comme celui-ci, nous aurions craint, en procédant de la sorte, d’être trop évidemment dominé par notre sujet.

Nous n’avons donc, en aucune façon, la prétention d’avoir mis en œuvre tous les documents

qui se trouvaient à notre disposition. Nous nous sommes proposé de donner seulement les traits saillants, les caractères distinctifs, les relations les plus étroites. — Le reste et en particulier l’historique, a été écarté de parti pris.

Au surplus I’Index bibliographique qui se trouve à la fin du Mémoire, bien qu’incomplet encore, principalement en ce qui concerne les travaux antérieurs à 1870, est néanmoins suffisant, dans la plupart des cas, pour permettre au lecteur de remonter aux sources quand il s’agira de questions de détail.

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