‹ Étude des alcalis de l'opiumChapitre 2 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

MORPHINE. — C 3 *H lu AzO°. 2H0.

La morphine est le plus important des alcaloïdes de l’opium. Ses propriétés énergiques unies à sa masse de beaucoup prépondérante déterminent le sens des phénomènes.

historique. — La découverte de la morphine en tant que substance nouvelle, paraît fort ancienne déjà, et peut être reportée jusqu’à Bayle, au XVII e siècle, qui rendait Yopium plus actif en traitant sa solution par du carbonate de potasse et reprenant par l’alcool. Le dissolvant se chargeait ainsi de morphine impure. Bien entendu Bayle ignorait la nature de ce composé, ainsi que son importance théorique.

Pour noter sur ce point de sérieux progrès, il faut arriver jusqu’au commencement de ce siècle 1802-1804, époque à laquelle la morphine fut obtenue à l’état cristallisé presque simultanément par plusieurs observateurs, parmi lesquels il faut citer en première ligne Séguin et après lui Derosne, Sertuerner, etc. C’est en général à Sertuernerqu’on attribue l’honneur de la découverte, mais dans ce cas il ne s'agit pas de la morphine elle-

.même, puisque nous avons vu que Séguin l’avait obtenue cristallisée avant lui (et à ce point de vue le travail de Sertuerner paraît calqué sur celui du savant français) (1), mais dix ans après, en 1817, Sertuerner donnant le résultat définitif de ses recherches, décrit les cristaux grenus,'obtenus par lui, et bien purifiés. C’est alors qu’il ajoute: « Ces « cristaux, étant lavés . à. plusieurs reprises, sont « la morphine, la partie efficace de l’opium, com- « binée à unpeu d’extractifetd’acideméeonique.., « C’est une base alcaline, substance trèsysingu- « librequi semble se rapprocher de Vammoniaque . » En résumé, si ce n’est pas Sertuerner qui a isolé la morphine, c’est lui, comme on voit, qui. a reconnu et proclamé sa nature alcaline* et immédiament il le rapproche de l’ammoniaque^ Telle est la raison pour laquelle.on doit.lui attribuer en toute justice la gloire d’avoir fait connaître le premier alcaloïde, végétal.

Ser.tuernèr, insistant sur le même point de vue,, montre que la morphine nenontient.pas d’ammor niaque, bien qu’elle sature parfaitement les acides* et reconnaît aussi qu elle-peut déplacer de leurs combinai sons; les oxydes, de mercure, de cuivre, de plomb et de fer. Enfin il fait voir que la morphine* à petites doses,.produit,tous les effets soporifiques ou toxiques .qui appartiennent à l’opium. Malgré quelques observations, antérieures de Vauquelin sur< l’alcalinité, d’un principe retiré du. Dïxphne,

(1) .'C’est ce.q.ue Vauquelin 1 fait,judicieusement remarquerr.

alpina, la monographie de Sertuerner sur la morphine n’en est pas moins 1 la première qui ait incontestablement fait entrer dans la science la notion d’àlcaloïde naturel.

! Et cette interprétation mérite d’autant plus de fixer l’attention que Sertuerner ignorait la véritable composition de la morphine: il croyait en effet qu’elle ne contient pas c’azote, opinion erronée dont M. Bussy a fait justice plus tard.

La découverte de Sertuerner attira vivement l’attention des chimistes ; ses expériences furent reprises de tous les côtés; en France par Robiquet et Pelletier, en Allemagne 1 par Liebig, et l’on sait comment deux membres de l’Ecole de Paris, Pélletier et Caventou surent tirer de là, le point de départ d’une série de découvertes qui ont illustré leur nom.

Toutefois la notion d’alcaloïde naturel n’acquit toute -son importance théorique qu’à partir du moment ouleur composition et plus particulièrement leur nature azotée fut définitivement mise en lumière. C’est, comme nous le disions plus haut, *M. Bussy le premier qui donna une analyse exacte de là morphine, dans laquelle il annonce la présence de l’azote. Ce fait attira l’attention de Pelletier qui, de concert avec M. Dumas refit, à.ce point de vue, un travail d’ensemble sur les alcaloïdes dont il avait découvert un si grand nombre.

De ce travail résulta une généralisation de l’observation de M. Bussy, qui s’étendit dès lors à tout l’ensemble des alcaloïdes naturels.

préparation. — On l’effectue de diverses manières. L’ancien procédé consiste à épuiser l’opium par l’eau et à en faire un extrait aqueux qu’on redissout ensuite dans l’eau froide, ce qui permet d’éliminer, par filtration, la majeure partie de la narcotine et des matières colorantes, résineuses ou graisseuses. La solution concentrée, jusqu’à 5° àl’aéromètre est mélangée à froid avec

10 grammes environ d’ammoniaque par kilogr.

d’opium. On filtre et l’on porte à l’ébullition. On ajoute alors de l’ammoniaque en excès et l’on soutient l’ébullition pendant quelques instants afin de se débarrasser de la plus grande quantité d’ammoniaque qui n’a pas servi à la réaction. La morphine se précipite : onia recueille sur une toile et on la lave à l’eau froide. On purifie ensuite le produit en le transformant en un chlorhydrate que l’on fait cristalliser et dont on déplace la'morphine au moyen de l’ammoniaque ajouté en quantité exactement équivalente. On fait recristalliser dans l’alcool et. s’il y a lieu, on digère sur le noir animal pour décolorer.

Ce procédé a été graduellement remplacé par celui de Robertson, modifié par Robiquet et enfin par Grégory. Ce procédé, qui porte le nom de Grégory et Robertson, présente le précieux avantage de fournir à la fois la morphine et la codéine.

11 a été adopté par le Codex qui prescrit d’opérer de la manière suivante:

Prenez : Opium. dix kilogr. 10000

Chlorure de calcium fondu... douze cents. 1200 Acide chlorhydrique. » ^ ç.

Ammoniaque. j

Epuisez l’opium par plusieurs macérations successives dans l’eau ; réunissez, les liqueurs et évaporez-les au bain-marie en consistance d’extrait. Reprenez l’extrait par l’eau, filtrez, évaporez en consistance de sirop clair, et ajoutez à la liqueur encore chaude le chlorure de calcium préalablement dissous dans 2 fois son poids d’eau. Délayez ensuite le tout dans l’eau froide, et séparez par le filtre le précipité formé, qui renferme du méconate et du sulfate de chaux, ainsi qu’une portion de la matière colorante et de la matière résineuse de l’opium.

Concentrez la liqueur au bain-marie, séparezen le nouveau dépôt de méconate de chaux, évaporez en consistance de sirop ; ajoutez une petite quantité d’acide chlorhydrique, de manière à donner à la liqueur une légère réaction acide. Cette addition a pour but de rendre la matière colorante plus soluble. Abandonnez ensuite le tout à la cristallisation dans un endroit frais: au bout de quelques jours, la liqueur se prendra en une masse cristalline, imprégnée d’une eau mère noire. Exprimez fortement les cristaux dans une toile; faites-les dissoudre de nouveau dans la plus petite quantité d’eau bouillante, et abandonnez la solution à elle-même, jusqu’à ce qu’elle soit prise en une masse cristalline, séparez les cristaux par

Page 1