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RECHERCHE TOXICOLOGIQUE

On sait que si l'empoisonnement par l’opium et ses diverses préparations est l’un des plus fréquents; celui par les alcaloïdes est déjà plus rare : au point de vue théorique ils sont inséparables.

Il est facile de trouver la raison pour laquelle l’empoisonnementpar l’opium esf le plus fréquent. Tout le monde, plus ou moins, connaît les propriétés de l’opium, et, en dehors des suicides, les criminels s’en servent soit pour donner la mort, soit pour endormir la victime, et la mettre hors d’état de se défendre. Il faut aussi faire entrer en ligne de compte les empoisonnements accidentels qui résultent de l’emploi thérapeutique très-fréquent des alcaloïdes de l’opium. Remarquons tout d’abord que ces accidents mortels se rapportent moins fréquemment à l’ingestion des préparations opiacées par les voies alimentaires, que par la méthode dite hypodermique; pourtant il n’est pas sans exemple que des applications directes sur la peau intacte (cataplasmes ou autres) aient amené la mort.

Quant aux alcaloïdes, en dehors du cas exceptionnel où l’on se trouve en présence d’un criminel versé à la fois dans les sciences chimiques et

physiologiques, on n’a guère affaire qu’aux sub- • stances qui se rencontrent couramment dans le commerce. C’est-à-dire aux six principaux alcaloïdes et à leurs sels les plus communs.

Ce que nous avons vu dans le chapitre précédent conduirait même à restreindre la question toxicologique à la recherche des sels de morphine et de codéine. Mais cela suppose que l’on soit en présence de produits purs, et c’est évidemment l’exception.

Qu’il ait’lieu par l’opium ou par ses alcaloïdes, l’empoisonnement présente les mêmes symptômes. Il revêt diverses formes que Tardieu distingue en trois catégories : 1° Forme foudroyante. — La mort arrive au bout de quelques heures, sous l’influence de doses extrêmement considérables; la pupille est toujours dilatée.

2° Forme aigue . — Symptômes : rougeur de la face, pupilles contractées, bourdonnement d’oreilles, vertiges, puis vient la perte de connaissance, l’insensibilité accompagnée d’une pâleur extrême, l’asphyxie se prononce de plus en plus, on constate le refroidissement rapide des extrémités, avec sueur froide et collapsus général, au milieu duquel survient la mort. Parfois la période de coma est précédée par une excitation générale pouvant simuler le tétanos. Les pupilles contractées se dilatent aux approches de la mort, qui survient au bout de douze heures à trois jours environ.

Quant à l’empoisonnement lent, ou forme lente c’est le morphinisme chronique des thériakis ou

mangeurs d’opium (1), nous ne faisons que la signaler en passant.

Lésions anatomiques. — Ces lésions, à vrai dire, ne sont pas très caractérisées, mais en revanche elles sont toujours les mêmes. A l’autopsie, on trouve de la congestion au cerveau, avec infiltration séreuse sous l’arachnoïde, et dans l’intérieur des ventricules, parfois quelques foyers d’apoplexie capillaire. Le sang est noir et fluide, les poumons sont le siège d’une congestion manifeste qui s’accompagne très rarement de noyaux apoplectiques; la peau, décolorée, offre par places l’aspect de la chair de poule (Tardieu).

Il est encore d’autres caractères, plus particulièrement la coloration jaune des téguments ou des muqueuses, quand l’empoisonnement a eu lieu par le laudanum de Sydenham. La putréfaction se trouve, dit-on, sensiblement retardée.

Ces indications, comme on le voit, n’ont rien de spécifique, et il faut toujours en venir, en dernière analyse, à l’examen chimique destiné à isoler et à caractériser le poison en nature. 11 est bien entendu que nous ne nous préoccuperons pas de savoir si la substance toxique est le résultat d’un traitement régulier, d’une habitude invétérée, ou de l’accoutumance. On sait en effet, jusqu’à quelle dose formidable on peut s’élever dans certains cas : 600 gr. de laudanum pendant plusieurs jours (Murray); 500gr,d’extrait d’opium en douze

(1) Ou encore celui qui provient de l’alius des injections

heures (Littleton). La médecine des aliénés, le traitement des tétaniques, offrent aussi de ces doses vraiments colossales.

Écartons les questions d’origine, qui ne rentrent pas dans notre cadre; il s’agit donc de procéder purement et simplement à la recherche du poison. La recherche toxicologique portera surtout sur les déjections, le contenu, du tube digestif, et, s’il est possible, l'examen du sang et des glandes vasculaires sanguines. On sait, en effet, qu’il n’y a pas de localisation spéciale à cette variété d’empoisonnements, sauf peut-être le foie, (ce qui reste encore à démontrer).

Les alcaloïdes passentdans le sang, mais bientôt l’élimination se fait, notamment par les urines, qu’il faudra examiner toutes les fois qu’il sera possible. On recherchera également les boissons, potions et médicaments de toutes sortes, saisis chez la victime, ou l’inculpé.

Cette recherche toxicologique des alcaloïdes de l’opium ne périt dans l’état actuel de la science, être effectuée que pour les six principaux.

Encore est-il bon de remarquer que les impuretés mises à part, la narcéine et la narcotine sont inoffensives. Quant à^la papavérine et la thébaïne elles sont relativement rares. Les autres sont uniquement des produits de laboratoire, et n’existent pas, commercialement parlant.

La morphine se présente donc toujours au premier rang. Ingérée dans l’économie elle passe rapidement dans le sang, mais n’y séjourne pas longpr. 172. 12

temps. Normalement elle est éliminée par les urines. De là l’utilité de les examiner.

Elle ne paraît pas se détruire si ce n’est au bout d’un temps très-long, en présence des liquides ou tissus anatomiques (Orfila, Stas, Tardieu, etc.)

Les alcaloïdes, autres que la morphine, se comportent d’une façon tout à fait semblable. La narcotine, la codéine la thébaïne passent comme elle dans le sang. La papavérine du commerce renferme une substance que l’acide sulfurique concentré colore d’un bleu violet, ce qui aide beaucoup à la caractériser dans les recherches toxicologiques. Quant à la narcéine, son passage dans le milieu sanguin est lent ; c’est donc dans le tube digestif qu’il faudra l’aller chercher en tenant compte de l’élimination par labile et aussi par l’urine.

Ces différents alcaloïdes résistent pendant plus de deux mois à la putréfaction des matières organiques, sauf l’impureté signalée à propos de la papavérine.

recherche chimique. — Il y a plusieurs méthodes. Nous parlerons d’abord de la méthode Stas à laquelle on ne p'èut guère faire d’autre reproche que sa généralité même. On sait en effet qu’elle permet d’isoler et de caractériser les plus importants des alcaloïdes connus. Envisagée au point de vue où s’est placé son auteur, qu’il suffit d’ailleurs de nommer pour que tout éloge devienne superflu, cette méthode est donc irréprochable. Si l’on veut s’en servir pour la

recherche particulière dont nous avons à nous occuper, elle reste encore l’une des meilleures sinon la meilleure de celles qu’on peut avoir recours.

Nous en donnons la description, empruntée à l’ouvrage de M. le professeur Bouis en supprimant ce qui se rapporte aux alcaloïdes volatils.

Méthode de Stas. — « Elle repose : 1° sur la solubilité dans l’eau et l’alcool des sels acides formés par les alcaloïdes avec l’acide tartnque on l’acide oxalique ; — 2° Sur la décomposition de ces sels acides en solution, par les alcalis caustiques, par le bicarbonate de potasse ou de soude, et la solubilité des alcaloïdes au sein du liquide; — 3° Sur la faculté que possède l’éther, employé en suffisante quantilé, de s’emparer des alcaloïdes mis ainsi en liberté.

« Quand on veut rechercher un alcaloïde dans le tissu d’un organe comme le foie, le cœur, les poumons etc., on le divise en petits fragments; on mouille la masse avec de l’alcool pur et concentré, on exprime et on épuise avec de l’alcool le tissu de toutes les substances solubles.

« On agit sur le liquide obtenu comme pour un mélange de matière suspecte et d’alcool, d’après la marche suivante: on commence par additionneras matières avec le double de leur poids d’alcool pur et concentré; on ajoute ensuite suivant la quantité et l’état de la matière suspecte, 1 et 1/2 à 2 gr. d’acide tartrique; on introduit le mélange dans un ballon qu’on chauffe à 70°-75°. Après refroidissement, on filtre et on lave la partie insc-

lubie avec de l’alcool concentré ; le liquide filtré est évaporé dans le vide ou dans un courant d’air, à une température ne dépassant pas 35 degrés ».

a Si le résidu renferme des corps gras ou des matières insolubles, on verse de nouveau le liquide sur un filtre mouillé par de l’eau distillée; on évapore ensuite dans le vide, presque à siccité, ou sous une cloche, au-dessus de l’acide sulfurique concentré. On reprend le résidu pardei’alcoo! absolu et froid; on évapore l’alcool à l’air libre & la température ordinaire, ou dans le vide ; on dissout le résidu acide dans la plus petite quantité d’eau possible, on introduit la solution dans un petit flacon éprouvette, et l’on ajoute peu a peu du bicarbonate de potasse ou de soude-pur et en poudre, jusqu’à ce qu’il ne se produise plus d’effervescence. On agite alors le tout avec quatre ou cinq fois son volume d’éther, et l’on abandonne au repos. Quand l’éther est parfaitement éclairci, on en décante une petite partie dans une capsule de verre et on l’abandonne dans un lieu bien sec à l’évaporation spontanée ».

L’aspect du produit dira si l’alcaloïde est liquide et volatil ou solide et fixe. Dans le premier cas l’évaporation de l’éther laisse des stries liquides qui exhalent dès qu’on les chauffe légèrement une odeur plus ou moins piquai.te et désagréable. Nous n’avons pas à nous occuper ici de ce qui a trait aux alcaloïdes volatils. Nous passons donc au second cas celui des alcaloïdes solides et fixes.

« Si le résidu fourni par l’évaporation de l’éther

a laissé dans la capsule un alcaloïde solide, on aioute une solution de potasse ou de soude au liquide, et l’on agite vivement avec l’éther, qui dissout l’alcaloïde devenu libre, on épuise par l’éther, et, par évaporation il reste sur les parois de la capsule un corps solide, mais, le plus souvent, une liqueur incolore, laiteuse, tenant des corps solides en suspension. L’odeur de la matière est animale, désagréable, mais nullement piquante. Elle bleuit d'une manière permanente le papier de tournesol.

« Il faut maintenant tâcher d’obtenir l’alcaloïde cristallisé. On verse quelques goultes d’alcool dans la capsule qui renferme l’alcaloïde, et l’on abandonne la solution à l’évaporation spontanée. Pour isoler l’alcaloïde des matières érangères dont il peut être souillé, on verse dans la capsule quelques gouttes d’eau très faiblement acidulée par l’acide sulfurique, et on les promène de manière à mettre le liquide acide en contact avec la matière; souvent les corps gras restent adhérents à la capsule, et l’alcaloïde passé à l’état de sulfate se dissout dans l’eau acide. Ce liquide décanté est évaporé aux trois quarts dans le vide ou sous une cloche au-dessus de l’acide sulfurique. On verse ensuite dans le résidu une solution très concentrée de carbonate de potasse pur, et l’on reprend le tout par de l’alcool absolu. Celui-ci dissout l’alcaloïde et laisse le sulfate de potasse et l’excès de carbonate de potasse. La solution alcoolique fournit l’alcaloïde cristallisé. On en détermine ensuite la nature par l’examen de ses diverses propriétés »;

Cette méthode permet d’isoler les alcaloïdes dans un état de pureré suffisante pour qu’on en puisse toujours constater la nature, et parfois même étudier 1er réactions colorées.

En Allemagne elle porte le nom de Stas-Otto à cause de quelques modifications de détail apportées par ce chimiste. Elles portent sur la nature de l’acide (l’acide oxalique est écarté) qui doit être ajouté jusqu’à réaction franchement acide. L’expression du liquide alcoolique est effectuée à chaud mais on filtre à froid. Sitôt qu’on a ajouté le bicarbonate, on se hâte d’agiter avec 4 volumes d’éther, (pour éviter que les alcaloïdes amorphes ne repassent à l’état cristallisé — la morphine surtout). .

Les objections qu’on peut faire à la méthode de Stas portent donc sur cette particularité que la morphine se sépare de ses combinaisons salines à l’état amorphe ; elle est alors soluble dans l’éther mais elle passe très facilement à l’état cristallin, et elle est alors presque insoluble. Si la précipitation de l’alcaloïde a lieu au moyen d’une base, elle est ensuite redissoute en partie par l’excès du précipitant, auquel l’éther est presque impuissant à enlever la morphine. Enfin la solution éthérée de morphine élle-même est sujette, au bout de peu de temps, à déposer à l’état de cristaux la majeure partie de l’alcaloïde dont elle s’était chargée à l’état amorphe.

Aussi nombre d’auteurs ont-ils cherché par.de légères modifications au procédé de Stas à échap-

per à ces inconvénients. C’est ainsi que Pollnitz a conseillé l’emploi de l’éther acétique, à la place de l’éther ordinaire, pour l’extraction de la morphine ; mais la solubilité de l’éthei acétique dans l’eau, et l’affinité de l’eau ammoniacale pour la morphine empêchent cette méthode de dépasser comme rendement la moitié de la morphine. Dans ce cas il vaut mieux déplacer l’alcaloïde par la magnésie (Dragendorff). L’emploi de l’éther acétique aétéétendn par Valser à l’extraction de plusieurs autres alcaloïdes organiques.

Enfin le procédé de Stas comporte le passage répété des alcaloïdes qui sont l’objet de la recherche, d’une solution alcaline ou acide dans l’éther et réciproquement. Ce passage est parfois imcomplet, surtout pour la morphine et la cicutine. Cependant, de l’aveu de Dragendorff lui-même, e procédé de Stas est encore le meilleur, en lui faisant subir quelques légères modifications.

Citons, comme exemple, l’une des modifications usitées en France en cas d’empoisonnement par l’opiurn ou la morphine.

Procédé Roussin. — La méthode de Stas a été modifiée par Tardieu et Roussin, et appropriée de la manière suivante à la recherche spéciale dont il s’agit.

k Toutes les matières solides, organes ou autres, sont divisées en très-petits morceaux, à l’aide de ciseaux ou d’un bistouri, mélangées ensuite à tous les produits liquides ou semi-liquides, tels que déjections, sang, vomissements, etc., puis

additionnées d’une solution saturée d’acide tartrique pur. jusqu’à réaction nettement acide. On étend cette bouillie animale d’une quantité d’alcool à 66 degrés, telle que toute la masse devienne bien liquide, et qu’une nouvelle addition de ce liquide ne détermine plus aucun précipité sensible.

« Apiès une digestion de quelques heures dans un ballon de verre maintenu à la température d’un bain-marie chauffé à -f- 50 degrés, on laisse refroidir complètement et l’on passe sur un morceau de toile, fort propre, préalablement lavé à l'eau acidulée par l’acide chlorhydrique. On exprime fortement le résidu insoluble, qu’on épuise une seconde fois par l’alcool à 95 degrés, et qu’on soumet de nouveau à l’expression. Toutes les liqueurs alcooliques, étant réunies, sont filtrées au papier Berzélius, puis soumises à une évaporation ména„ gée à la température du bain-marie d’eau chaude.

« Lorsqu’elles sont arrivées à la consistance d’un sirop épais, on délaye ce résidu dans cinq fois son volume d’eau distillée tiède, et l’on filtre sur un papier Berzélius, préalablement mouillé ; le résidu insoluble est épuisé par l’eau distillée tiède sur le filtre lui-même. Ces solutions aqueuses, évaporées au bain-marie en consistance d’extrait semi-liquide, sont traitées par cinq ou six fois leur leur volume d’alcool absolu, filtrées et évaporées de nouveau.

C’est dans ce nouveau résidu qu’il convient de rechercher la présence deséléments constitutifs et des

principes spéciaux de l’opium. A cet effet, on le dissout dans une petite quantité d’ammoniaque. L’addition de cette substance doit être faite avec beaucoup de ménagements ; il importe surtout de n’en pas ajouter un excès trop considérable. Le liquide, après saturation, doit seulement exhaler une très-légère odeur ammoniacale, et ramener très-longtemps au bleu un papier de tournesol rougi, maintenu quelques instants à un centimètre de la surface. Dans tous les cas, qu’il y ait ou non empoisonnement par l’opium, il se produit un faible précipité blanchâtre. Lorsqu’il n’y a aucune substance étrangère dans la liqueur soumise à cette réaction, le précipité qui se forme par l’addition de l’ammoniaque est presque exclusivement composé de phosphates calcaires et ferriques, imprégnés d’un peu de matière anim le. Dans ce cas, ce précipité, lavé à l’eau distillée, refuse complètement de se dissoudre dans l’alcool, même bouillant, et laisse à la calcination un résidu trèsabondant qui se charbonne en partie et ne disparaît pas, malgré son exposition prolongée à une température rouge cerise. Si les matières organiques soumises à l’analyse, organes, vomissements, etc., renferment au contraire, de l’opium ou une préparation dérivée de cette substance, le dernier extrait alcoolique, dissous dans l’eau et additionné d’ammoniaque, en blême temps qu’il laissera déposer les composés ci-dessus, normale ment contenus dans l’économie humaine, fournira un précipité de morphine qui se mêlera aux autres ph. 172. 13

produits, ce dépôt de morphine ne se produit pas toujours instantanément ; il est important de laisser en repos pendant quelques heures la liqueur ammoniacale, pour permettre à la morphine de se séparer complètement du liquide. Souvent, dans ce cas, elle prend à la longue une certaine cohésion, et même la forme cristalline ; elle peut même adhérer aux parois du vase où s’opère la précipitation, et ne s’en détacher qu’avec une certaine difficulté. Quoi qu’il en soit, voici la meilleure manière de séparer cette substance des phosphates terreux et autres matières étrangères précipitées avec elle : à l’aide d’une petite barbe de plume très-courte et coupée en brosse rude, on racle toutes les parois internes du vase à précipité, et lorsque le dépôt blanchâtre est remis en suspension, on le jette sur un très-petit filtre de papier Berzélius plié en quatre. Avec les premières portions du liquide qui s’écoule, on lave à plusieurs reprises l’intérieur du vase à précipité, ainsi que la petite barbe de plume qui a servi d’agitateur, et l’on verse sur le filtre ces produits de lavage. Lorsque tout le liquide est écoulé, on arrose le résidu insoluble, resté sur le filtre, avec un peu d’eau distillée, jusqu’à épuisement de toute matière sq« lubie, et l’on met de côté toutes les liqueurs filtrées. Le filtre, bien égoutté, est enlevé de l’entonnoir de verre, placé sur plusieurs doubles de papier buvard, comprimé avec prudence et méthode pour exprimer tout le liquide dont il est gorgé, puis introduit dans une capsule de porce-

laine chauffée au bain-marie ou dans l’étuve à air chaud de M. Cou lier jusqu’à complète dessiccation. Dans cette dernière opération, la température ne doit pas dépasser 80 degrés.

ce Le filtre ainsi que son contenu est alors divisé en très-menus fragments, au moyen de petits ciseaux, et mis à digérer avec de l’alcool à 95 degrés dans un petit ballon de verre plongé dans de l’eau à la température de 50 à 60 degrés. On agite de temps en temps, pendant un quart d’heure, et l’on jette le contenu du ballon sur un filtre de papier qu’on lave avec de nouvel alcool; les liquides alcooliques sont évaporés à une douce chaleur, si la quantité de morphine qui s’y trouve dissoute est assez considérable, il se dépose par l’évaporation du liquide de petits cristaux brillants et durs ; si la morphine est en très-petite quantité, on obtient un résidu écailleux, d’un aspect résinoïde, sans apparence sensible de cristallisation. A l’aide d’une petite spatule de platine, en enlève ce résidu, cristallin ou non, et on le soumet aux réactions capitales précédemment énumérées. » (Roussin).

—MM.Erdman etUslar, ont proposé un procédé basé sur l’emploi de l’alcool amylique. Il ne paraît pas devoir être préféré aux méthodes précédentes.

Procédé Dragendorff, — Enfin Dragendorff est l’auteur d’une autre méthode, dont le point de départ est l’emploi de dissolvants variés que l’on agite successivement avec les solutions acides ou alcalines. Voici comment il conseillé d’opérer :

- ICO -

Les matières finement divisées sont délayées avec de l’eau de manière à obtenir une masse trèsfluide à laquelle on ajoute 1/10 de son volume d’acide sulfurique étendu de 4 parties d’eau (la réaction du mélange doit être acide). On fait digérer à 50 degrés. (On sait pourtant que la thébaïne est attaquée dans ces conditions.) On exprime et on reprend la masse par 100 cent, cub d’eau acide. On filtre et l’on évapore en consistance presque sirupeuse. On traite alors par 3 ou 4 volumes d’alcool à 95° pendant 24 heures.

On filtre, on chasse l’alcool par distillation et le résidu aqueux, amené à 50 centim. cub. en volume, est agité à deux reprises avec 20 ou 30 cent. cub. chaque fois de benzine pure. On sépare la benzine, et par addition convenable d’ammoniaque, le liquide aqueux acide est rendu alcalin. On l’épuise à nouveau à deux reprises avec 50 centim. cub. de benzine, après avoir eu soin de chauffer vers 40 à 50 degrés. L’évaporation de la benzine abandonne souvent l’alcaloïde sous forme de dépôt blanc qu’on lave à l’eau froide.

Au point de vue qui nous occupe, cette méthode par la benzine, permet d’extraire la narcotine, la codéine, la papavérine et la thébaïne, mais la benzine ne saurait enlever la morphine. On devra donc recourir dans ce cas à l’alcool amylique, en opérant à chaud entre 50 et 70 degrés. Il faut prendre soin de ne mettre en liberté la morphine que lorsque le mélange de l’alcool amylique et du li-r qui de est bien intime, ce qui permet de dissoudre

la morphine à l’état naissant sans lui laisser le temps de passer à l’état cristallisé. On répète le traitement plusieurs fois car la morphine est peu soluble. L’alcool amylique l’abandonne à l'état amorphe.

Si la recherche porte sur un liquide de l’économie comme la bile ou l’urine, il faudra épuiser les liqueurs acides par l’alcool amylique afin d’éliminer complètement l’urée et les acides biliaires qui pourraient ultérieurement induire en erreur.

Si l’on a affaire à un mélange des alcaloïdes de l’opium (nous avons vu déjà que la benzine séparait la narcotine, la codéine, la papavérine, la thébaïne), la narcèine est dissoute (quoique difficilement) par l’alcool amylique avec la morphine. Quand on aura sujet de rechercher la narcèine il faudra, après la benzine, traiter la substance en solution acide, par le chloroforme qui entraîne la papavérine et une partie de la narcèine.

On termine ensuite en liqueur ammoniacale par l’alcool amylique, employé à plusieurs reprises, qui se charge de la morphine et de la narcèine.

Un procédé spécial aux alcaloïdes de l’opium et proposé par Dragendorf est celui-ci :

Le résidu de l’évaporation du traitement de la benzine donne la narcotine la codéine et la thébaïne. On «épare la codéine par digestion en présence de l’alcool amylique froid; la thébaïneseule se dissout dans l’acide acétique très étendu (une goutte par centim. cube) ; et la narcotine reste

comme résidu. Le chloroforme enlèverait ensuite la papavérine et une partie de la narcéine à la solution acidulée par l’acide sulfurique, et l’alcool amylique intervient toujours en dernier lieu, pour enlever la morphine avec ce qui reste de narcéine. La séparati on de la morphine et de la narcéine s’effectue au moyen de l’eau bouillante qui dissout cette dernière.

Séparation d’avec les alcaloïdes voisins par leurs caractères chimiques. — On vient de voir la séparation d’ensemble pour les six principaux alcaloïdes; il nous reste à insister sur quelques points complémentaires.

Il est facile en effet, quand il n’y a que des alcalis tirés de l’opium, de les séparer comme il vient d’être dit. Mais nous devons maintenant nous placer au point de vue d’un mélange plus complexe. A côté des alcaloïdes de l’opium peuvent se rencontrer les alcalis du quinquina, ceux des solanées, des strychnées etc. On emploie alors la méthode des dissolvants qui fournit en même temps de précieux caractères (Dragendorff).

C’est ainsi qu’à une solution acidulée le pétrole enlève la pipérine ; l'a benzine, la caféine ; l’alcool amylique, la théobromine.

En neutralisant par l’ammoniaque et recommençant le même traitement, le pétrole sépare la strychnine, la brucine, la quinine, l’émétine et la vératrine", la benzine, la quinidine, la cinchonine, l’atropine , V hyoscy amine, ïaconitine et la plxysosttqnine. La morphine sera enlevée ultérieurement par l’alcool amylique.

La séparation de la codéine est plus difficile,, on y arrive approximativement en ajoutant un excès d’ammoniaque et agitant de suite avec la benzine, qui dissout la codéine. La narcotine se sépare au moyen des bicarbonates. La thébaïne est précipitée par ce réactif, même à froid. La papavérine est précipitée dans des conditions, analogues. On a rarement à faire cette recherche.

Quant à la nareéine, on aura surtout des difficultés à la séparer de la curarine et de la berbérine qui peuvent être isolées en même temps qu’elle. On peut alors se servir de l’acide sulfurique pur pour caractériser la curarine (coloration rouge, passant au violet). Et la couleur jaune de berbérine suffit à éveiller l’attention.

Il est bien évident que l’expert cherchera de toutes manières à se mettre en garde contre les surprises d’où qu’elles viennent.

On sait par exemple que Favre et Hasselden ont vu que les clous de girofles et le piment renferment un principe qui se comporte comme la morphine avec l’acide azotique et l’acide sulfurique. Dragendorff attribue ces propriétés à la cary ophilline et il se sert de la benzine pour la séparer de la morphine. En effet en solution: acide la morphine n’est pas enlevée tandis que la caryophiline se dissout. Il a lieu de se tenir également en garde quand il s’agit d’empoisonnement par la conicine qui offre aussi certains caractères colorés communs avec les substances dont il s’agit, les-

quelles se rencontrent assez fréquemment dans les alimenls.

Enfin il est des circonstances où la morphine extraitedes organes est mélangée d’impuretés dont on ne parvient pas à se débarrasser. Certaines des réactions caractéristiques peuvent alors être masquées, comme celle de l’acide azotique, ou encore la réduction des persels de fer. Dans ces cas particuliers M. Selmi propose l’emploi de l’acide iodhydrique chargé d’iode. Les cristaux qui se forment quand il y a de la morphine, sont tellement nets et caractéristiques que d’après lui, il est presque impossible de s’y tromper.

Le même auteur indique aussi l’usage de l’acide acétique agité avec du minium; par évaporation en présence de la morphine il y aurait coloration spéciale.

M. Pellagri conseille d’évaporer la matière suspecte à une douce chaleur, de dissoudre dans l’acide chlorhydrique conservé et finalement d’évaporer vers 120° après une légère addition d’acide sulfurique. S’il y a de la morphine, les bords de la capsule commencent d’abord à se colorer en rouge, et, après le départ de l’acide chlorhydrique, la masse rougit à son tour.

L’action ultérieure de l’acide chlorhydrique, du carbonate de soude, de l’acide iodhydrique, etc. fournit des colorations spéciales : ces apparences seraient dues à l’apomorphine.

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