CHAPITRE PREMIER
Observation
(Docteurs PLisson et BRoUssE)
C..., Georges, soldat au 3° colonial. Entré à l'hôpital Villemanzy le 17 mars 1920.
Antécédents. — En 1917, blennorragie sans complications.
Juin 1917 : angine pultacée (?) très sérieuse.
En 1919 : deux ou trois légers accès de paludisme, en Orient.
En août 1919 : chute avec la jambe gauche en extension suivie d’hydro-hémarthrose ; guérison en quinze jours.
Aucun antécédent pulmonaire.
Pas de lésion auriculaire ni nasale.
Très mauvaise dentition et bouche mal soignée. Tartre dentaire abondant.
Maladie actuelle. — Le 15 mars, au réveil, sans au-
cun trouble préalable, le malade sent une douleur sourde dans le genou gauche. Le genou est tuméfié, la température élevée (41°). A l’infirmerie, il est soigné pour hydarthrose et paludisme.
Entre à l'hôpital (service de chirurgie), le 17 mars. A ce moment, les symptômes sont les suivants : Genou gauche tendu et chaud avec une circulation collatérale très apparente sur fond blanc œdématié. La jambe est immobilisée en demi-flexion.
Douleurs spontanées constantes mais supportables. Douleur violente à la pression et à la mobilisation. La synoviale est tendue, rénitente.
Pas de points douloureux osseux à la pression. Pas de réaction ganglionnaire dans l’aine.
Etat général bon malgré une température de 39°2.
La ponction permet de retirer un liquide verdâtre, absinthique, sirupeux, contenant des grumeaux blanchätres en suspension.
L'examen bactériologique pratiqué immédiatement après la ponction par M. le médecin-principal Nicor, décèle la présence du pneumocoque pur en abondance.
L’épanchement s’étant renouvelé rapidement avec nouvelle ascension de la température à 39°2, le 19 mars, nouvelle ponction suivie d’immobilisation.
Les douleurs persistent. La température remonte le soir à 40°6. L'état général devient plus mauvais. La circulation collatérale s’accentue.
Le 20 mars : arthrotomie par double incision verticale para-rotulienne.
Essai de traitement mobilisateur par la méthode de WiLLeMs, sans drainage, pendant trois jours. Le malade indocile ne s’y prête pas et la mobilisation imparfaite ne permet pas la vidange du genou.
On pratique alors le drainage avec immobilisation.
Le 7 avril : premier pansement, ablation des drains.
Le 15 avril : deuxième pansement. L'article est fermé. Le quadriceps est très atrophié et réduit à la corde tendineuse du muscle crural.
Reprise de la mobilisation accompagnée de massage du mollet et de la cuisse, en respectant le genou. Cicatrisation des plaies para-rotuliennes le 45 mai.
Entre temps, on s'aperçoit que le mollet s’œdématie dans toute sa hauteur, sans douleur, sans élévation de la température. Le 6 mai, un point d’œdème rouge et chaud apparaît en avant et au-dessous de la tête du péroné.
Le même jour, incisions de drainage multiples qui évacuent une collection purulente considérable occupant toute la hauteur du mollet entre le soléaire et les muscles profonds (pas d'examen bactériologique du pus). Pas d’élévation de température après l'intervention.
Cicatrisation en 15 jours. Le 21 mai, reprise des massages et de la mobilisation. Le 10 juillet, le malade guéri quitte l'hôpital.
L’atrophie musculaire a diminué fortement. Il subsiste encore 1 cm 1/2 d’atrophie sus-rotulienne et 2 cm 1/2 à 20 cm au-dessus de la rotule. Le mollet, du côté malade, mesure À cm de plus que du côté sain en raison d’une légère infiltration œdémateuse persistante des plans superficiels. Les culs-de-sac synoviaux restent épaissis, surtout au niveau du ménisque externe où ils forment bourrelet. Les tissus périarticulaires sont un peu empâtés.
L'extension de la jambe est complète. La flexion atteint l’angle droit. Tous les mouvements se font sans douleur. On note un peu de rétraction du tendon d'Achille. La flexion du pied ne dépasse guère l’angle droit. Marche facile.
— Au cours du traitement, on a pratiqué des examens bactériologiques de la bouche et du naso-pharynx.