‹ Etude des bases de la connaissance et de la croyanceChapitre 24 sur 104 · Le Roy, Demain, numéro du 15 juin · texte numérisé non relu

Le Roy, Demain, numéro du 15 juin

encore faut-il, pour qu'elle puisse vivre et progresser, qu'elle existe déjà à quelque degré, qu'elle soit au moins un commencement de connaissance, — si fragmentaire et si inadéquat qu'on le suppose, — de cette vérité absolue, sinon elle ne serait plus une science même imparfaite, et serait incapable de se perfectionner.

Tout progrès suppose deux éléments (ixes: un commencement donné, et un but réalisable au moins en partie. De môme, tout progrès dans les sciences suppose au moins des premiers principes certains et des vérités nouvelles qui puissent être un jour découvertes et acquises à la science. Sans doute, toute acquisition elle-même demeure perfectible, en ce sens que le progrès ultérieur pourra la compléter, la préciser et même la dépasser, mais pas en ce sens qu'on pourrait ne plus tenir pour acquis ce qui est acquis. Si rien ne pouvait être définitivement acquis à la science, tous les efforts des savants deviendraient chimériques, et la science ne serait plus Le ton- qu'un autre tonneau des Danaïdes. En se complétant

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Danaïdes. par le progrès des sciences, la vente humaine ne change pas, elle s'enrichit. Ce qui change dans les métamorphoses de certaines sciences, ce n'est pas la partie vraie, c'est au contraire la partie hypothétique, la supposition, la théorie provisoire, qui fait place à la théorie définitive. Les éléments éliminés par ces progrès, s'ils sont définitifs, n'étaient pas la vérité, mais le contraire de la vérité. En cela, la vie de la science diffère essentiellement de la vie organique. Les parties désassimilées par les organes ont été vivantes, et peuvent le redevenir, les parties désassimilées par la science, définitivement, n'ont jamais été vraies, et ne le deviendront jamais.

A celte différence près, les Scolastiques admettent volontiers que la science humaine estime vie, une connaissance vivante et progressive de la vérité immuable; tandis qu'en admettant que c'est la vérité elle-même

qui est vivante et changeante, les Kantistes détruisent toute vérité, môme partielle, et partant toute science *. Au lieu d'être un progrès, comme ils s'en vantent, leur doctrine n'est qu'un énorme recul de vingt-cinq siècles jusqu'au izdvta. pel d'Heraclite et des sceptiques grecs, pour lesquels la vérité, comme une vapeur légère ou une ombre fugitive, était à jamais insaisissable. Plus de vérité fixe, absolue, plus de dogme philosophique \ Mais Plus de seulement des règles provisoires et commodes pour l'ac- do&mel tion. Aussi lorsque notre éminent auteur posait récemment la question retentissante : qu'est-ce qu'un dogme religieux1, on pouvait à l'avance deviner la réponse. L'erreur théologique est presque toujours tille d'une erreur philosophique.

Mais, si la science en général, s'évanouit comme impossible, dans la théorie kantiste, les sciences en particulier,et d'abord les sciences expérimentales, ne pourraient prétendre à un meilleur sort.

Il est clair, en effet, que si nous ne pouvons percevoir que nos idées, c'est-à-dire nos manières de penser ou de sentir, et nullement les objets tels qu'ils sont en eux-mêmes 2, les sciences expérimentales se réduisent

1. Les agnostiques modernes nous objectent un tex>te de S.Augustin qui est au contraire la condamnation de leur scepticisme. « Cherchons, dit le S. Docteur, comme cherchent ceux qui doivent trouver (tandis que nos agnostiques cherchent comme ceux qui ne doivent jamais trouver) ; — et trouvons comme ceux qui doivent chercher encore (c.-à-d. qui doivent encore chercher autre chose, et non pas rechercher encore ce qu'ils ont trouvé ; ce recommencement perpétuel serait absurde) ; — car il est écrit : l'homme qui est arrivé au terme ne fait que commencer (ici-bas, en effet, nos termes successifs ne sont que des étapes vers la vérité totale, qui n'est jamais atteinte que partiellement et imparfaitement). C'est là une belle leçon d'humilité et non pas de scepticisme.

2. « Les choses que nous percevons ne sont pas en elles-mêmes, telles que nous les percevons et leurs rapports ne sont pas essentiellement non plus ce qu'ils nous paraissent être... Nous ne connaissons que notre manière de les percevoir, qui ne doit pas être nécessairement celle de tout autre êlre. <> Kant, Critique de la raison pure (édit. Tissot), t. I. 1" part., sect. 2.

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