‹ Etude des bases de la connaissance et de la croyanceChapitre 25 sur 104 · ruine toute science expérimentale · texte numérisé non relu

ruine toute science expérimentale

à la science de nos idées, à la Psychologie '. L'accord de nos idées avec les choses, élant déclaré impossible el chimérique, toute autre science du réel s'évanouit, el toule recherche scientifique se réduit désormais à raccord de nos idées entre elles. Et cette conséquence, malgré son aspect paradoxal, est devenue le lieu commun de la philosophie contemporaine 2.

Kam est JNous n'ignorons pas que Kanta voulu restreindre son que pour scepticisme ou son agnosticisme au domaine du supraaçiencos. sensible ou de la métaphysique, et qu'il redevient avec éclat dogmatiste dans le domaine de l'expérience, soit dans les sciences physiques, soit dans les sciences mathématiques et géométriques, qui ont un certain contrôle expérimental. Ces sciences ont réussi, nous dit-il, à rallier définitivement les esprits, tandis que la métaphysique a échoué. Donc le succès de ces sciences prouve qu'elles sont le champ du savoir humain 3, et l'insuccès de la métaphysique prouve quelle est au-dessus de la portée de la raison humaine.

Mais les intentions de Kant ne sont pas ici en cause, et nous soutenons que, malgré son désir de sauver la valeur des sciences expérimentales, il aboutit Ma ruiner. C'est une En effet, pour lui, la connaissance expérimentale i'nconfé0. tout entière, soit dans sa synthèse, soit dans chacun de ses éléments perçus, est une construction ou une création de l'esprit, déterminée par la nature du sujet pen-

1. Cf. S. Thomas, la, q.85, a. 2, c.« Sequeretur quod scientine omnes non essent de rébus quœ sunt extra animant, secl solum de speeiebus intelligibilibus qu<e sunt in anima. »

2. « Je ne puis jamais juger que d'une chose, savoir : si ma connaissance s'accorde avec ma connaissance. ». — « La connaissance de la matière (de l'objet) est contradictoire en soi. » Kant, Log. lntrod. III.

:î. Kant s'est enlevé le droit d'invoquer ce succès des sciences de la nature, ta conformité des lois de La nature avec les luis de notre es prit, étant une création de notre esprit, ne saurait être qu'une vérification illusoire. C'est nous qui taisons les lois de la niture telles que nous les trouvons, d'après l'hypothèse kantienne.

<|iieicc.

extérieur.

sant, et qui serait entièrement différente si cette nature était différente, comme il peut arriver dans une autre planète, ou dans un siècle futur. Cette connaissance des sciences expérimentales ne nous apprend donc rien sur ce qui est vraiment dans la nature, sur les opérations physiques ou biologiques des corps, mais seulement sur les effets psychologiques que notre esprit en éprouve, vu sa structure et ses dispositions présentes.

Les phénomènes que nous avions cru percevoir dans n a le ciel ou sur la terre, dans nos cornues de laboratoire ^nde" ou dans les organismes vivants, ne sont plus des phénomènes physiques, chimiques ou biologiques, ce sont des phénomènes psychologiques, provoqués sans doute par les premiers, mais qui n'ont aucune ressemblance avec eux. Bien plus, ils ne peuvent être fonction les uns des autres : il n'y entr'-eux qu'un certain parallélisme très peu rigoureux, ou une proportion très peu sûre et très variable, puisque les réactions physiques ou psychologiques n'ont aucune proportion exacte avec leurs causes excitatrices. Par exemple, comme nous l'avons développé ailleurs, la réaction du picrate de potasse est sans proportion avec le léger frottementquila provoque, et la sensation de chaleur sans proportion rigoureuse avec le degré du thermomètre l.

Aussi la fameuse loi de Weber essayant de formuler un parallélisme constant entre l'intensité d'une sensation et son excitation a-t-elle été reconnue fausse ; la série des réactions ne pouvant être une traduction exacte de la série des causes provocatrices 2.

Page 1