Peillaube, Théorie des concepts, p
,, Au nominalisme des sensualistes et des positivistes,
\ilme s'oppose radicalement le réalisme absolu des idéalistes fi" platoniciens et des ontologistes.
Platon enseigne que les universaux,en tantqu'universaux, tels que l'être en général, le vrai, le bien, le beau, les genres et les espèces, tels que l'humanité ou l'animalité en général, existent réellement en dehors de l'esprit qui lesconçoit.Le monde des idées, le monde intelligible, tÔttoç vor-ôç, est une réalité supérieure à celle du monde corporel. Or, nos âmes ont contemplé déjà ces objets éternels et immuables, dans une existence antérieure à la vie présente, et depuis qu'elles ont été enfermées dans des corps mortels, en expiation de leurs fautes, elles se ressouviennent de ces idées, à la vue des objets créés de ce bas monde, parce que chacun de ces objets est une image ou une participation, à des degrés divers, de ces réalités éternelles.
On connaît ce beau passage du Phédon, où Platon a brillamment condensé cette thèse qui lui est familière: « Si quelqu'un vient me demander ce qui fait qu'une chose est belle... je réponds simplement, sans art, quasinaïvement, ce que j'éprouve : rien ne la rend belle sinon la présence en elle du beau, ou sa participation au beau, de quelque manière que cette participation se fasse, — car je n'assure rien là-dessus ; — j'assure seulement que toutes les belles choses sont belles par la présence du beau même, t6ù y.oc)m rà xaÀà yiyverai xaXa. .. De même, les choses grandes ne sont-elles pas grandes par la grandeur, et les petites par la petitesse?... Ce qui fait qu'un et un font deux, c'est une participation de la dyade ; et ce qui fait qu'un est un, c'est une participation à la monade, à l'unité. Deux et un ne seraient pas s'ils ne participaient ainsi à la monade ou à la dyade, car leur
LES CRITERES : 2 L'IDEE
attribuer pour raison d'être une division ou une addition, c'est une argutie ». »
Ce beau dialogue, sous sa forme que Platon jugeait Partde lui-même simple et naïve, contient une pensée très venle profonde et très solide. Il est certain que l'esprit humain ne fait pas la vérité, mais qu'il la découvre telle qu'elle est, c'est-à-dire nécessaire et universelle.
Il faut donc qu'elle existe telle, en dehors de notre esprit. Le savant a pour mission déjuger de toutes les choses contingentes d'ici-bas, d'après des idées et des principes nécessaires et universels. Si ces idées et ces principes étaient inexistants, la science ne serait plus possible. Ainsi, pour reprendre l'exemple donné par Platon, le fait que un et un font deux, avant d'être un fait contingent, réalisé ici ou là, doit être une vérité nécessaire et éternelle, exprimable ou réalisable dans des faits contingents. Sans cette norme immuable, il se pourrait que un plus un fassent plus ou moins de deux, soit dans une autre planète, soit dans une autre contrée de notre globe, soit dans un autre moment, pour le même esprit. Et partant, il n'y aurait plus rien de certain en mathématique, ni dans aucune science.
Voilà la pensée maîtresse de Platon, qu'il opposait si vaillamment et si victorieusement à Protagoras, Heraclite et autres sceptiques relativistes de son époque, qui déjà soutenaient que l'esprit humain est la mesure des choses 2, alors qu'au contraire il doit se laisser mesurer et régler par ce qui est.
Mais si la vérité existe en dehors de notre esprit, unique. Platon ne dit pas où elle existe, ni comment les choses créées y peuvent participer ; il réserve même expressé-