‹ Etude des bases de la connaissance et de la croyanceChapitre 49 sur 104 · objec- Le second argument attaqué par Stuart Mill serait · texte numérisé non relu

objec- Le second argument attaqué par Stuart Mill serait

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stuart celui-ci : L expérience nous montre ce qui est et non

Mill

pas cequidoit être. Or la proposition idéale exprime non ce qui est, mais ce qui doit être. Donc l'expérience ne suffit pas à nous donner la proposition idéale.

Stuart Mill nie la mineure de cet argument. Non, ditil, la proposition idéale ne peut exprimer cequidoit être, parce que cela n'existe pas, c'est une pure illusion de l'esprit. Qu'est-ce à dire que deux et deux font quatre ou que le tout est plus grand que la partie, sinon que l'on ne peut concevoir le contraire? Sans doute, nous ne pouvons concevoir que 2+2 fassent plus ou moins dé 4 ; ni que le tout ne soit pas plus grand qu'une seule de ses parties. Mais cette incoîicevabiiité d'une proposition contradictoire est un fait relatif et contingent, qui a été démenti plus d'une fois, comme l'histoire le prouve surabondamment. Jadis nos pères ont cru que l'existence des antipodes était inconcevable ; que Je mouvement terrestre de rotation était inconcevable ; que l'action à distance de la parole ou de la pensée était inconcevable ; et ce ne sont pas des esprits médiocres ou incultes qui le pensaient ainsi, mais des esprits émiuents, des savants de premier ordre» comme

Ptolémée. Que serait-ce si on avait parlé à ces mêmes savants, de nos télégraphes, de nos téléphones, de la télépathie, ou même simplement de nos chemins de fer ? Gomme ils auraient traité d'inconcevables toutes ces histoires d'un autre monde ! Donc rien de plus caduc que l'argument tiré de l'inconcevabilité d'une contradictoire. Et, monté sur ce grand cheval de bataille, Stuart Mi 11 a pris facilement des airs de triomphateur. Cependant nos arguments ne sont nullement en déroute, et notre réplique va montrer qu'ils ne sont pas atteints.

Commençons par l'examen du dernier raisonnement ir. Réde StuartMill.il nie que la proposition idéale 2 + 2 = 4, ""confond ou bien le tout est plus grand que la partie, puisse ex- vabieet primer une nécessité absolue, ce qui doit être, parce Die. que cette nécessité, dit-il, n'est qu'une nécessité mentale passagère, tenant peut-être à notre ignorance présente, que des progrès futurs pourront dissiper. Et il résume sa pensée dans ce mot si expressif : ce n'est là qu'une inconcevabilité actuelle et provisoire.

Or nous nions résolument cette assertion. Sans doute, la contradictoire de nos deux propositions est inconcevable. Je ne puis concevoir, ni personne ne peut concevoir, actuellement, que 2 4- 2 soient supérieurs ou inférieurs à 4, ou que la partie soit plus grande que le tout. Mais c'est ici plus qu'une inconcevabilité, c'est une véritable impossibilité, et le sophisme du Stuart Mill consiste à identifier ces deux concepts si différents, à confondre uneimpossibilitéavecunesimple inconcevabilité. L'impossibilité implique une contradiction dans les termes, comme un cercle carré ; l'inconcevabilité peut n'impliquer qu'une simple ignorance du comment, qui pourra être dissipée par une explication subséquente. Ainsi les anciens ne comprenaient pas la notion d'antipodes, parce qu'elle heurtait leurs théories physiques

sur l'univers. Mais l'attraction newtonienne ayant paru une explication physique plus acceptable, une théorie nouvelle a fait place à l'ancienne, et la notion d'antipodes a été comprise. Cependant elle n'avait jamais été déclarée une notion impossible, mais seulement une notion incomprise et même incompréhensible dans l'hypothèse copernicienne où l'on se plaçait, avant Newton, pour l'apprécier.

Or, si nous accordons volontiers qu'une notion incomprise, ou simplement inconcevable, puisse cesser de l'être, nous nous garderons bien d'accorder qu'une notion contradictoire et impossible puisse jamais cesser d'être contradictoire et impossible. Ce serait la ruine du principe d'identité ou de contradiction, et la porte toute ouverte au scepticisme universel. Accorder que le cercle pourrait être carré, ou la partie plus grande que le tout, dans un autre siècle ou dans une autre planète, ce serait dire qu'on ne peut plus rien affirmer ni rien nier, et condamner les philosophes et tous les simples mortels à ne plus s'entendre entre eux ni avec eux-mêmes, car l'accord subjectif de nos pensées entre elles serait lui-même devenu impossible ; il serait même impossible d'affirmer si nous pensons et si nous existons.

Les affirmations de Stuart Mill seraient donc ruinées

à l'avance ; cependant, sans nous prévaloir de ce droit

logique, nous allons continuer à les examiner.

2 Ré- L'autre objection du positiviste anglais se peut résu-

Se- mer ainsi: Il est nécessaire à la production du juge-

dèr"raV ment que l'observation empirique nous en montre à la

Sp™ fois les termes et aussi leur rapport ; donc elle doit être

la cause totale du jugement.

L'antécédent pourrait être discuté avec intérêt. Il serait curieux de rechercher s'il est nécessaire que l'observation sensible, après nous avoir montré les termes de

notre jugement, doive encore nous en montrer le rapport, pour que nous puissions prononcer le jugement. L'espritne pourrait-il jamais deviner un rapport sans l'avoir expérimenté ? Et nesuf(it-il pas, au moins très souvent, de la simple confrontation des idées pour apercevoir le lien qui les unit ? Pour le lien logique, c'est bien incontestable, et nous l'apercevons clairement dans nos raisonnements, sans avoir besoin de l'expérimenter.

Par exemple, lorsque nous raisonnons ainsi : L'être infini a toutes les perfections ; Or être éternel est une perfection ; Donc Dieu est éternel.

Il est clair que l'esprit seul a saisi le lien ou le rapport qui unit la mineure à la majeure de ce syllogisme, et que l'expérience sensible ne peut ici jouer aucun rôle.

Que si l'esprit seul se suffit à découvrir les rapports cette entre deux jugements, pourquoi pas le rapport entre n,risetnceag deux termes du même jugement ? Et de fait, dans une requise. multitude de jugements métaphysiques très généraux ou très subtils, on ne voit pas que l'expérience puisse être utile, ni même possible.

Lorsque j'affirme le principe d'identité : ce qui est, est ; ou celui de contradiction : ce qui est ne peut être en même temps et n'être pas ; ou celui d'unité : tout être est un, je ne vois pas de vérification expérimentale utile à leur certitude, ni même possible.

L'impossibilité d'une expérience est encore plus manifeste dans les principes qui affirment une impossibilité idéale, et partant non expérimentale. Lorsque j'affirme que deux droites prolongées à l'infini ne peuvent renfermer un espace, je reconnais clairement que tandis qu'il est possible d'expérimenter une ligne courbe renfermant un espace, il est impossible d'expérimenter une ligne droite renfermant un espace. Il y a ici con-

tradiction dans les termes, et c'est cette contradiction reconnue qui motive la certitude de ma proposition, et nullement une expérience que je n'ai pas faite, puisque je la déclare impossible avant de l'avoir essayée. De même lorsque je soutiens que le vide absolu est impossible, ce n'est pas l'impossibilité expérimentale qui motive mon assertion, mais le rapport de contradiction dans les termes.

Nous reconnaissons toutefois que, très souvent, la vue sensible d'un rapport, auquel peut-être nous n'aurions jamais pensé, nous en donne l'idée, et stimule la paresse de notre esprit, en le provoquant à chercher encore d'autres rapports inconnus. De même, après la découverte de ces nouveaux rapports idéaux, l'expérience vient confirmer l'exactitude de nos vues, en nous montrant leur réalisation dans le monde sensible. Et cette harmonie bien constatée des lois de la pensée avec Jes lois de la nature, procure l'apaisement de notre besoin de connaître, et le repos de l'esprit.

Mais il n'en est pas moins constaté que la nécessité, pour concevoir un rapport entre des termes donnés, d'avoir déjà expérimenté ce rapport est loin d'être évidente.

opinion Cependant il s'est trouvé d'éminents scolastiques ',

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de pour soutenir cette nécessite. Prenant a la lettre la fameuse thèse d'Aristote sur l'impossibilité d'acquérir l'idée sans image préalable, ils ont cru pouvoir en conclure qu'il fallait à l'esprit non seulement l'image de chaque terme mis en présence, mais encore l'image de leur rapport, en sorte que sans cette nouvelle image le rapport ne pourrait être perçu.

Quoique cette conclusion nous paraisse excessive et même contraire aux données de l'expérience, nous

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