I..I. Simon, Religion nui.. 3< partie, en, I
commun.
L'ind ividualisme,en philosophie, n'est pas moins dan- L'indivi-
, , i î • i • i dualisme
gereux qu en tous les domaines des sciences morales, en pwioéconomiques ou sociales. Et si l'on doit estimer, comme sop M elle le mérite, la personnalité du penseur et même une certaine originalité debonaloi, c'est à la condition expresse que celle originalité ne se heurte jamais de front au sens commun. Le sens commun, le bon sens, doit être le point de départ de toute recherche scientifique, et aussi le point de retour, en ce sens que la science doit expliquer et compléter les données du bon sens, sans avoir le droit de les contredire jamais. Le savant abbé de Broglie, si regretté, a eu le courage de rappeler sans cesse à ses contemporains une vérité si élémentaire, et hélas ! si oubliée ou si outrageusement méconnue.
Depuis Descartes, en effet, chaque génération, et Mépris même chaque individu de chaque génération, croit taire du pouvoir se distinguer en affichant la prétention de re- mu... commencer de fond en comble à construire l'édifice que les générations précédentes avaient mis vingt siècles de collaboration patiente à édifier. Améliorer et faire progresser ne suffit plus à certaines activités dévorantes, il faut renverser et mettre tout au rebours. Penser comme le commun des mortels serait une déchéance et une humiliation ; penser juste l'inverse et prendre le contrepied des axiomes du sens commun, sera le rêve de tout philosophe qui veut percer et se signaler à l'admiration des foules, car les foules applaudissent surtout les acrobates de la pensée, marchant la tête en bas, ou d'une manière contrefaite. La « maison à l'envers », tant admirée à la dernière exposition universelle, est en voie de devenir l'idéal de la pensée et du génie philosophique.
Nous sommes loin du temps où le penseur se vantait n,n'yj a
r ■ plus de
modestement de vouloir être impersonnel, et de ne faire rf«scipie8. que condenser et traduire sous une forme un peu nou-
velle la pensée des génies qui l'avaient précédé, et résumer autant que possible la raison de L'humanité tout entière. Aujourd'hui l'on veut à tout prix dire du nouveau et paraître personnel, coûte que coûte, même au risque de paraître paradoxal et excentrique. Aussi que reste-t-il de tant de systèmes, plus ou moins brillants, qui ont traversé depuis trois siècles le ciel nuageux de la pensée moderne ? La postérité répétera quelques noms plus ou moins illustres, mais rejettera ou laissera dans l'oubli les révélations contradictoires qu'ils apportèrent au monde, d'abord étonné ou ravi, et bientôt tristement déçu.
l'buio- Cette remarque prépare déjà les voies à la seconde ravants! question que nous avions à résoudre: que penser de V autorité des savants, en matière scientifique ?
Les opinions singulières des savants, seraient-ils éminents dans leur spécialité, lorsqu'elles sont en contradiction manifeste avec les vérités de bon sens ou de sens commun, — doivent être impitoyablement rejetées. Et nous en dirons autant lorsqu'elles contredisent les règles de la logique, ou les notions élémentaires de l'ontologie, qui est la science des premières idées et des premiers principes. Or il n'est pas inouï, il n'est même pas rare, que des savants très forts en physique, en chimie, en astronomie ou dans les autres sciences naturelles, mais dont l'éducation philosophique a été nulle, se hasardent à émettre des propositions dont ils ne voient pas le caractère antilogique ou antiphilosophique, inconciliable avec ies premières notions de la raison humaine. Nous avons présents à l'esprit des exemples typiques de ces aberrations toujours possibles. Un jour, dans une assemblée imposante de savants réunis dans la capitale, n'avons-nous pas entendu un vieux médecin, qui porte un nom bien connu, et auquel M. l'abbé Gavraud reprochait le peu de logique de son
argumentation, lui répondre avec feu et d'un ton solennel : « apprenez, monsieur l'abbé, que la Logique et la Médecine sont deux sciences entièrement séparées, qui ne doivent avoir rien de commun l'une avec l'autre !... » li suffît d'avoir fréquenté un peu le monde des savants, pour s'apercevoir, sans s'indigner, de ces ignorances fondamentales. L'autorité de certains, savants ne saurait donc prévaloir contre le sens commun.
Que s'il n'y a pas cette contradiction avec le bon sens, critère l'opinion de quelques savants, les plus estimables, doit pra^ue être regardée comme la plus probable ; mais ce n'est là qu'un argument bien faible dans toute controverse, et le dernier de tous les arguments, comme le déclare S. Thomas : « locus ab auctoritate qusp fundatur super ratione humana, est infirmissimus « ».
S'il y a, au contraire, parmi les savants une opinion très commune ou universellement admise, on doit la prendre comme la règle du vrai, au moins en pratique et jusqu'à preuve du contraire.
Bien plus, si celte opinion commune et universellement admise, porte non pas sur des questions très difficiles et très relevées de la science, mais sur des questions scientifiques élémentaires, leur autorité fait complètement foi. Elle équivaut, dans le domaine scientifique, au consentement universel des hommes dans le domaine des vérités les plus vulgaires. On ne peut, en effet, la suspecter, sans suspecter la raison elle-même 2.
On voit par là l'importance, ou pour mieux dire la né- sonim cessité, de l'étude des savants qui nous ont précédés, et poraDtemême de l'histoire des sciences, soit pour notre formation personnelle, soit pour l'avancement de la'science elle-même. On est trop porté à croire que la science