‹ Etude des bases de la connaissance et de la croyanceChapitre 60 sur 104 · S. Thomas, la, q. 1, a. 8, ad · texte numérisé non relu

S. Thomas, la, q. 1, a. 8, ad

2. « Le consentement universel (des savants) est la garantie de certitude empirique. » De Lapparent, Science et Apol., p. 282.

moderne ne date que d'hier, et que l'étude des anciens est tout au moins superflue. Tous ceux qui dans ces derniers temps ont renoué avec l'étude des anciens, ont été étonnés de l'utilité et de la richesse de cette étude. Et M. Barthélémy Saint-Hilaire a pu justement reprocher aux savants modernes de ne pas connaître et même d'affecter d'ignorer leurs propres origines. C'est là plus qu'une grave lacune, c'est un grave péril pour le progrès de ces sciences et des sociétés humaines.

Resterait, pour être complet, a indiquer rapidement

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tiomLan- jes principes de solution des objections les plus cou-

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s'est rantes contre l'autorité du consentement universel.

trompée. un

On dit d'abord qu elles est trompée souventetl on allègue certaines croyances des peuples comme la croyance au mouvement du soleil autour de la terre. Mais l'exemple est bien mal choisi. Le sens du mouvement n'étant pas l'objet propre de la vue, mais du toucher, l'erreur ne porte pas sur une vérité élémentaire, à la portée de tous, mais éminemment scientifique. Savoir distinguer entre le sens réel et le sens apparent du mouvement, lorsqu'on ne peut le vérifier par le toucher, reste encore un des problèmes scientifiques les plus difficiles.

Du moins les hommes ne se trompent-ils pas sur des vérités morales élémentaires, telles que l'existence de Dieu ?

Nullement, l'existence de Dieu a élé universellement reconnue par tous les peuples. Seule la nature de Dieu a été souvent méconnue et a l'ait l'objet des plus graves erreurs. Mais si l'on peut se fier au vulgaire sur l'existence des choses, il ne faut pas lui demander quelle en est la nature. Les questions de nature sont toujours les plus relevées et les plus difficiles de la science, et l'on ne peut

see a l'immanence et à l'autonomie.

les compter parmi ces vérités élémentaires dont il s'agit ici à propos du consentement universel.

Mais la principale objection contre l'autorité des sa- 2„ Objeo. vants, celle du consentement universel, et contre toute ^utoaulorité en général, est tirée de la fameuse théorie kan- riÏ£T> tiste de Y immanence. « La pensée moderne, nous dit M. Blondel, avec une susceptibilité jalouse, considère la notion d'immanence comme la condition même de la philosophie... Elle est très juste au fond, l'idée que rien ne peut entrer en l'homme qui ne sorte de lui et ne corresponde en quelque façon à un besoin d'expansion, et que. ni comme fait historique, ni comme enseignement traditionnel, ni comme obligation surajoutée du dehors, il n'y a pour lui vérité qui compte et précepte admissible, sans être de quelque manière « autonome » et (( autochtone »... C'est la conception même de la raison et de la philosophie, telle qu'elle est admise par la scolastique (?) comme un héritage du passé, qui enferme les germes de tous les combats livrés depuis lors à la pensée chrétienne l. »

Assurément, nous ne pouvons rien admettre dans notre esprit, ni de « l'héritage du passé », ni de l'enseignement présent, sans nous l'être assimilé de quelque manière. Une vérité, pour devenir nôtre, doit être comprise par nous, aussi l'inintelligible ne peut-il être as* similé ni compris par aucun esprit. Il faut non seulement avoir compris une chose, mais avoir compris les motifs qui nous forcent, ou tout au moins nous engagent, à l'admettre, et ces motifs nous venons précisément de les développer longuement en analysant les critères directs et indirects, et qui se réduisent tous à l'autorité de l'évidence ou à l'évidence de l'autorité. Mais exiger davantage, exiger qu'il n'entre en l'esprit

1. Blondel, Lettres êur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique, p. 22, 28, 48.

Sa part de vérité.

BASKS UK LA CONNAISSANCE ET DE LA CBOYANCE

L'immanence ne suffit pas en histoire.

Ni dans .es autres sciences.

de chacun que ses propres découvertes, que des vérités nées dans ce môme esprit et sorties de lui, ou tout au moins des vérités qui lui agréent ou lui plaisent, c'est une affirmation gratuite et même inintelligible.

Gomment, par cette méthode d'immanence, pourrions-nous, par exemple, nous démontrer à nous-mêmes les faits historiques ? Qu'un fait historique s'harmonise ou ne s'harmonise pas avec mes pensées ou mes tendances personnelles; qu'il corresponde ou ne corresponde pas à mon « besoin d'expansion », qu'estce que cela peut prouver pour ou contre son authenticité, pour ou contre le devoir qui peut en découler pour moi, si je veux être raisonnable, d'y croire ou de ne pas y croire ? La méthode d'immanence en histoire est donc impossible. Des faits historiques « autonomes » ou « autochtones » sont un véritable non-sens.

Et ce n'est pas seulement en histoire que la plupart de nos connaissances sont venues en nous du dehors, plutôt que découvertes par la réflexion et le travail personnels, c'est, on peut le dire, dans presque tontes les autres branches des sciences humaines. L'homme étant essentiellement un animal enseigné, les premiers éléments de ces sciences, tout d'abord, nous arrivent du dehors. La docilité du disciple commence par les accepter, sa réflexion vient ensuite pour se les approprier plus à fond par l'étude personnelle, mais sans qu'il ait à refaire tous les calculs et toutes les expériences qui ont produit ces découvertes '. Même après la formation de l'esprit et sa maturité complète, c'est

1. « Que deviendrait l'astronomie s'il fallait que chaque astronome relevât lui-même toutes les positions des étoiles ; que deviendrait la chimie si chaque chimiste devait être obligé de recommencer toutes les analyses et les Bynthèsea ; que deviendrait la physique... et même les mathématiques, si chaque calculateur devait vérifier les tables de logarithmes et les instruments dont il se sert ? » Ponsegrîve, Philosophie, II, p. 7 2.

encore à la conversation des hommes instruits; et à la lecture des auteurs les plus estimés, — et partant à l'autorité, — que nous recourons, pour compléter nos connaissances, surtout dans les domaines du savoir humain qui sont en dehors de nos études habituelles et de notre compétence professionnelle. Nous nous confions alors, tout naturellement, aux opinions les plus communes des savants qui font autorité, et dans les matières de simple bon sens ou de sens commun, où tous sont compétents, le consentement universel, si nous sommes sages et modestes, nous servira de gardefou, car en ces matières, un seul ne peut avoir raison contre tous.

Voilà ce qui a toujours paru raisonnable, parce que L'iiinsion c'est humain, essentiellement humain. Et si nos moder immanennes « immanentistes » ont réussi le tour de force prodigieux de faire sortir des seules données de leur conscience individuelle, toute une science morale et même une métaphysique sinon très complète, du moins très riche sur Dieu, l'âme et la vie future, n'est-ce pas que cette conscience, d'où ils tiraient tant de science, s'était déjà elle-même enrichie par tous les apports d'une culture intellectuelle et morale très soignée et même d'une éducation chrétienne ? Leur illusion serait alors d'avoir cru opérer sur des consciences prises dans la « nature pure », alors qu'elles étaient tirées des milieux déjà très cultivés.

Du reste, pour prouver que l'individu ne se suffit pas à lui-même, c'est aux partisans mêmes de l'immanence que nous allons avoir recours.

Bornons-nous aux procédés de la philosophie « im- Les im manentiste »; replions-nous sur nous-mêmes, pour sur- tj™"6"^ prendre notre âme dans ses besoins intimes. L'analyse f,ltee*x!!ar même de l'action et de la pensée, — et par suite du mêmes" sujet lui-même, — va nous conduire à cette inéluctable

conclusion, que L'autorité loin d'être un obstacle à l'expansion de l'activité humaine, est postulée par elle comme une nécessité absolue. En effet, nous dit M. Blondel, « le progrès de notre volonté nous contraint à l'aveu de notre insuffisance, nous conduit au besoin d'un surcroît, nous donne l'aptitude, non à le produire ou à le définir, mais à le reconnaître et à le recevoir1. » Observation très profonde et très juste que fait aussi M. Fonsegrive : « Nous ne pouvons nous suffire; ni notre pensée demeurer enfermée en elle-même, sans exiger des objets ; ni notre action ne peut s'achever ni même peut-être se commencer sans une coopération.... Même dans les opérations les plus humbles, l'homme ne peut se passer de coopérateurs... A mesure que son opération devient plus importante et plus haute, à proportion aussi laide qu'il lui faut est d'un ordre plus élevé... L'aménagement d'une vie morale ne saurait se faire sans la conception d'une justice, d'une destinée, d'une autorité morale, et conséquemment dogmatique 2. )>

Mais alors, si la seule méthode d'immanence nous conduit fatalement à l'aveu que l'homme individuel ne se suffit pas à lui-même, et qu'il a besoin des autres et de l'autorité extérieure pourcompléterses connaissances et atteindre sa « pleine expansion naturelle », n'est-ce pas précisément l'aveu que la méthode d'immanence elle-même ne suffit pas ; et qu'elle doit se compléter par la méthode d'enseignement et d'autorité ? Que deviennent alors les formules si pompeuses et si prétentieuses de science exclusivement «autonome» et «autochtone »? Encore la vaine piperie des mots du vocabulaire moderne !

1. Ulondel, Lettre..., p. 28, iH. Cf. Lu Quinzaine. 1" janv. 1S97, p, 124, 125.

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