Cf. Bulletin de littérature ecclésiastique, juin
timorée d'un croyant. Tous les Pères et les Docteurs de l'Eglise n'ont cessé de la pratiquer et de la recommander, et, dans tout le cours de sa Somme théologique, S. Thomas multiplie sans scrupule les objections qu'il se pose à lui-même, les videtur quod non, pour en montrer la solution et rasséréner méthodiquement sa foi.
Tel est aussi l'enseignement formel des Souverains Pontifes dans leurs Encycliques : « Que la raison humaine, enseignait Pie IX, fasse une sérieuse enquête sur le fait de la révélation, et qu'elle ne s'arrête qu'après avoir acquis la certitude que Dieu a parlé l. »
4° La raison humaine, dans les limites de son do- qiw. mai ne, est autonome, et cette liberté est nécessaire à son progrès. Cette naturelle autonomie de la raison humaine, ou de chaque science humaine, sagement circonscrite dans ses propres limites, découle de ce que nous avons établi sur la puissance propre et légitime de la raison. Bien loin d'y contredire, l'Eglise, par l'organe de ses Conciles et de ses Docteurs, n'a cessé de la proclamer et de la défendre. Qu'il nous suffise de rappeler ce magistral enseignement du Concile du Vatican :
« L'Eglise est si loin de s'opposer au développement des arts et des sciences humaines qu'elle n'a cessé de les favoriser et de promouvoir leurs progrès. Elle n'ignore ni ne méprise les grands bienfaits qui en découlent pour le bien-être de l'humanité. Elle professe au contraire que de même qu'elles viennent de Dieu, souverain Maître des Sciences, ainsi, elles ramènent les hommes à Dieu, avec le secours de sa grâce, chaque fois qu'elles sont bien cultivées... Rien ne s'oppose donc à ce que chaque science, dans son propre domaine, choisisse avec pleine liberté ses propres méthodes et ses
i. Pie IX, Encycl., 9 novembre 1846.
h'ième principe.
procédés spéciaux. Mais après avoir reconnu cette juste autonomie, elles doivent se garder avec soin de faire opposition à la vérité révélée, de tomber dans des erreurs, en sortant de leur propre domaine, et en envahissant et bouleversant celui de la foi l. »
Certes, en demandant à chaque science de demeurer chacune dans son domaine naturel, en respectant les vérités acquises dans les sciences limitrophes, l'Eglise ne fait que rappeler des règles de simple bon sens, et aucun savant, digne de ce nom, s'il est de bonne foi, n'y pourra voir un ordre tyrannique, ni un obstacle au progrès.
L'autonomie d'aucune science, en effet, ne saurait être complète et sans limite ; elle sera toujours limitée par l'autonomie des sciences voisines et dominée par les principes des sciences générales et supérieures, telles que la logique et la science des premiers principes de la raison.
cin- 5° On ne saurait donc admettre la licence ,/' ambition
sans limite, ni V indépendance absolue de la raison. La licence n'est pas la liberté, mais l'abus de la liberté et le désordre. L'ambition sans limite de la raison qui voudrait à elle seule résoudre tous les problèmes religieux et moraux, et supprimer, avec tous les mystères, notre besoin d'une religion et d'un secours d'en haut, serait une pure folie, et sur ce point des voix autorisées ont déjà proclamé sans réplique la « faillite » de la science
1. « Tantuni abest ut Kcclesia humanarum artiuin et diseiplinarum culture obsistat, ut hanc multis modis juvet atque promoveat. Non enini uommoda ab his in humanam vitam dimanantia aut ignorât aut despicit ; faietur imo, eas quemadmodum a Deo, scientiarum Domino, profects sunt, ita, si rite pertractentur, ad Deum, juvante ejus gratia, perducere... Née sane ipsa vetat ne hujusmodi disciplina in suo quxque ambitu, propriis utantur principiis et proprio melliodu ; sed justam hanc libertatem agnoscens, id eedulo eavet, ne divins doctrine ropugnando, errorea in se Buscipiant, aul Unes proprioa transgressas, ea quœ suât Bdei occupent, el perturbent. - i • Vatio, Gonstit. Dei Filius, c. 4.
quieme principe.
humaine, lorsqu'elle sort ainsi de son propre domaine. Quant à son indépendance absolue, c'est encore là une prétention qui dépasse sa nature essentiellement faillible, contingente et subordonnée à la Raison suprême de Dieu, qui a toujours droit de corriger ses erreurs. Ce n'est pas elle qui fait la Vérité, c'est la Vérité au contraire qui doit la régler, et régir la liberté de sa pensée.
«Etre libre sans une loi, avouait un illustre libre-penseur, c'est être abandonné. La vraie liberté, celle qui fait de l'homme une image de Dieu, c'est la liberté réglée, dominée, sanctifiée, réalisée par la loi morale... Qu'est-ce que la pensée vague, sans direction, reflétant comme dans un prisme tous les phénomènes du monde, accueillant la vérité et l'erreur sans discernement, et se laissant couler au hasard comme une source qui s'épanche? Cette pensée est un rêve '. »
Tels sont les droits et aussi les devoirs de la raison humaine, en face desquels nous allons mettre, dans un parallèle encore plus instructif, les droits et les devoirs de la foi. Il s'agit bien entendu ici de la foi en une révélation véritable, de celle qui peut se justifier aux yeux delà raison, en lui montrant ses titres authentiques, puisque tel est, comme nous l'avons déjà dit, le premier de ses devoirs, d'être raisonnable.
Or, nous pouvons ramener ces droits et ces devoirs de la foi divine à trois propositions.
1° La foi peut confirmer les données de la raison et „
' * ' Premier
y ajouter des connaissances qui dépassent sa portée. PrinciPe- Qu'elle puisse confirmer très heureusement les vérités morales ou religieuses déjà acquises par la raison, sur l'existence de Dieu, par exemple, l'immortalité de l'âme, les sanctions de la vie future, et même compléter ces solutions toujours si incomplètes ou si vagues de la