Qonc, Wilic., sess. III, cap, '\ île fiite
D'où vient donc que la foi est un acte libre, et que, loin d'entraîner fatalement l'assentiment de l'esprit, elle a besoin d'être commandée par un acte de bonne volonté?
Cela tient à la manière indirecte dont notre esprit adhère à la vérité révélée, sans la voir directement, et souvent sans la pouvoir comprendre lorsqu'elle est un mystère.
Ce voile du mystère, quoique la raison l'ait souvent rencontré sur le chemin de la science, jusque dans les questions les plus naturelles et parfois les plus simples, déplaît à ses aspirations naturelles; c'est une gêne et une contrainte pour son orgueil ; il faut qu'elle sache s'humilier aux pieds de son Créateur ; il faut qu'elle reconnaisse ses limites et sa petitesse en face de l'océan divin, et partant il lui faut le secours et la motion de la bonne volonté avant de dire : je crois !
Ce secours et cette prémotion de la bonne volonté Critère n'étant pas nécessaires dans les autres critères de certi- s'vp^"T tude, — sauf pour les vérités morales, — on peut en con- aulrcsdure, par comparaison, en quoi ce nouveau critère de la révélation est supérieur ou inférieur aux autres.
En soi, il est infiniment supérieur, puisqu'il est le plus sûr ; plus sûr que n'importe quelle conclusion scientifique, ou que n'importe quelle autorité humaine. L'autorité divine étant le seul critère absolument infaillible.
Par rapport à nous, les critères les plus certains en eux-mêmes ne sont pas ceux qui nous frappent le plus, soit à cause de nos disposition s morales, soit à cause de l'infirmité de notre esprit, qui, en présence des vérités les plus hautes ou les plus profondes, se trouble parfois, et ressemble, suivant la comparaison d'Aristote, à l'œil du hibou en face de la lumière du soleil.
(Juoi qu'il en soit de ces nuances, la révélation divine, une fois prouvée, devient un critère certain, et le plus
principe.
certain dos critères, celui qui devrait nous donner la plus grande persuasion, si nous étions simplement logiques.
Rapport* Après l'exposé de ces notions fondamentales, entrons
la raison plus au vif de la question, en montrant les rapports do
de la foi. la raison et de la foi, et en précisant les devoirs et les
droits de chacune d'elles, pour pouvoir, en connaissance
de cause, conclure à leur désaccord ou au contraire à
leur harmonie providentielle.
Et d'abord, quels sont les droits et les devoirs de la raison en présence de la révélation ? Pour être plus précis, nous les résumerons en cinq propositions. Premier 1° La raison humaine, sans aucun secours de la foi et par ses seules forces, peut arriver à connaître une multitude de vérités naturelles. Cette puissance de la raison humaine, que la philosophie chrétienne n'a cessé de défendre contre les attaques du scepticisme ou contre les exagérations du lidéisme, est une vérité capitale qui découle comme un simple corollaire de ce que nous avons longuement établi sur la sûreté et la fécondité de nos critères naturels de certitude. Nous avons établi que les sens externes et internes, que l'idée, le jugement, la raison, soit inductive soit déductive, et enfin le témoignage humain, sont des instruments merveilleusement puissants pour l'acquisition des connaissances les plus variées et l'édification de toutes les sciences humaines, tant spéculatives que pratiques et morales. La puissance de la raison humaine est donc un fait primitif indéniable, sur lequel doit reposer toute science humaine et môme toute foi divine raisonnable. En effet, Deuxième 2° La raison humaine peut et doit démontrer les fondements de la foi, c'est-à-dire les motifs raisonnables que nous avons de croire. Ces motifs, nous l'avons
principe.
vu, sont internes ou externes, et se ramènent finalement à un fait historique et à son harmonie providentielle avec les desiderata de la nature humaine. Or ces harmonies se prouvent par l'analyse psychologique du cœur de l'homme, et le fait historique par le témoicmaee de l'histoire. Rien en cela au-dessus des forces naturelles de l'esprit humain.
Et que l'on n'objecte pas que le caractère surnaturel et divin du fait historique ne peut se démontrer par l'histoire, qui ne fournit que des faits sans indiquer leur nature. Use démontre aisément par le raisonnement sur ces mêmes faits : ce qui suffit. Ainsi l'histoire constate que certains faits avec leurs circonstances précises ont été prédits plusieurs siècles à l'avance ; et la raison, raisonnant sur ces données, conclut avec sûreté à une intervention divine.
Non seulement la raison, avons-nous dit, peut démontrer les motifs de crédibilité de notre foi, mais encore elle les doit démontrer, avant que nous puissions faire un acte de foi raisonnable, comme le demande l'Apôtre, « rationabile obsequium vestrum » »,ou suivant l'aphorisme traditionnel, la foi doit se justifier par la raison, fides quxrens intellectum. Et remarquons bien que pour se justifier, il ne suffirait pas qu'elle démontre seulement la probabilité de la révélation, ni même qu'elle accumule « des probabilités convergentes ». QueNewman et d'autres illustres convertis aient pu s'en contenter, c'est là une question de fait et non une question de droit. En droit, il nous est impossible de faire un acte de foi certain à ce qui ne nous paraît que probable, aussi Innocent XI, confirmant en cela la doctrine cons-
1. S. Paul, Rom., 13, 1. — «Les vérités de la foi, obscures en ellesmêmes, doivent être évidemment croyables aux yeux de celui qui les croit, car il ne croirait pas s'il ne voyait qu'elles doivent être crues, ayant en leur faveur un miracle évident ou quelqu'autre preuve décisive. » S. Thomas, 2a 2», q.l, a. 4, ad 2.
BASES L)K LA CONNAISSANCE ET DE LA CllOYANCE
tante des théologiens, a-t-il condamné la proposition soutenant '< qu'une connaissance seulemen1 probable du fait de la révélation, et nonobstant la crainte qu'on pourrait avoir que Dieu n'ait pas parlé, suffit à l'acte de foi l. » Elle ne saurait donc suffire, en droit.
Mais en fait, la grâce de Dieu, vu sa toute -puissance, peut fort bien suppléer, par ses illuminations, au moins en certains cas, à ce qui pourrait manquer du côté de la connaissance incomplète des motifs de crédibilité. Les suppléances surnaturelles des motifs ordinaires de crédibilité sont toujours possibles. L'ignorance ou la faiblesse d'esprit d'un individu ne peut, en effet, être un obstacle insurmontable à sa grâce. Quoi qu'il en soit, JNewman reconnaît lui-même qu'il a exposé seulement un « fait personnel », sans chercher à le défendre ou à le proposer en modèle ~.
Troi- 3° L'usage de la raison précède donc, du moins lo-
principe, giquement , chez le chrétien, ïusage de la foi. Chez le converti, la chose est claire, la raison a précédé la foi. Chez le chrétien, qui n'a jamais eu besoin de conversion, la raison a quand même une priorité logique. Car il a le droit et le devoir, lui aussi, dès qu'il est assez avancé en âge et en instruction, de rendre sa foi raisonnée et sûre d'elle-même. Pour cet examen, il n'est pas nécessaire que le croyant commence à douter réellement de sa foi, il lui suffit d'un doute fictif, c'est-àdire qu'il cherche à se la démontrer à lui-même, comme s'il en avait besoin. Et de fait, il a besoin d'éclairer ses convictions et de vérifier les fondements scientifiques sur lesquels elles reposent. Cet examen critique n'a rien que de très légitime, même pour la conscience la plus
1. « Assensus fidei supernaturalis et utilis ad saluteni stat uum uotitia solum probabili revelationis, imo cum formidine, qua quia formidet, ne non sit locutns Deus. » Denziuger, \v 1038, |>. 326.