‹ Etude des bases de la connaissance et de la croyanceChapitre 88 sur 104 · Cf. tome V, L'objectivité · texte numérisé non relu

Cf. tome V, L'objectivité

2. Bergson, Matière et Mémoire, p. 28 et suiv. Au Collège de France, M. Bergson réagit en faveur de la perception immédiate. « En fait, nous nous plaçons d'emblée dans les choses. >; Ibid., p. 37, 61.

En effet, qu'est devenue pour eux l'évidence? Un état de conscience purement subjectif, où nous ne trouvons l'évidence d'aucun objet, mais seulement l'évidence que le sujet s'est construit telle ou telle représentation qui semble être objective. Aussi M. Rabier croit-il pouvoir définir l'évidence : « ce caractère d'objectivité apparente de toute représentation » lorsqu'elle ne se contredit pas '. Mais alors, comment conclure de l'objectivité « apparente » à l'objectivité réelle, de l'exis tence évidente de notre pensée à sa ressemblance évidente avec un objet impossible désormais à saisir? Il est clair qu'il n'y a plus moyen.

L'existence de ma pensée sera sans doute évidente, mais il ne sera pas moins clair qu'une telle évidence ne prouve rien concernant les objets à connaître. Elle n'est donc plus un critère ou un motif suprême de certitude, et les subjectivistes sont bien forcés d'en faire l'aveu : Aveux de « Vrai, dit Balmès, est la même chose que conforetdees mité de l'idée avec l'objet. Or, je le demande: dans une idée « vue avec clarté », (évidence subjective) l'analyse parviendra-t-elle jamais à découvrir celle-ci « conforme à l'objet » ? Non. Il faut pour cela franchir un abîme, aller du subjectif à l'objectif.» — Et il conclut: « Le principe d'évidence ri est donc pas évident. Le lecteur peut voir que mon assertion n'est pas un paradoxe 2. »

Assurément, répondons-nous à Balmès, sa critique n'est plus un paradoxe, s'il y vise l'évidence subjective de l'idée seule. Mais si l'évidence est à la fois subjective et objective, si elle est la conformité de noire pensée avec l'objet, directement perçu par une intuition immédiate et évidente, il en est tout autrement.

Et l'on a beau nous répliquer que nous ne pouvons comparer notre pensée qu'avec un objet déjà pensé,

). Rabier, Lor/ique. p. 373.

-2. Balmès, Philosophie fondam., I. I, ch, \xn, a* 221.

Rabier.

et partant comparer notre pensée avec notre pensée ; — Ne peui

on com-

c'esttouours la même équivoque, ou la même rausse parer ia

0 * pensée

théorie de la perception des sens. qu'avec

elle-

Cette objection suppose qu'on ne peut jamais saisir même ? l'objet lui-même, mais seulement la pensée de l'objet. Or cela est faux, — ne cessons de le répéter, — parce que cela est contredit soit par l'expérience de nos consciences, comme nous l'avons établi, soit par la simple logique qui déroule ainsi, dans nos consciences, la suite des événements : 1° action de l'objet ; 2° passion, ou réception passive, du sujet ; 3° réactions émotionnelles et réaction représentative ou pensée. C'est donc X action de l'objet qui tombe la première sous le regard de la conscience, soit avant la passion, par son antériorité logique et sa note prédominante1 ; soit avant toute espèce de réaction, par son antériorité chronologique. Avant de souffrir d'une action étrangère, il faut l'avoir reçue, et avant de se la représenter, il faut l'avoir perçue. On peut donc comparer l'objet représenté avec l'objet perçu, la représentation avec l'objet lui-même dans sa présentation. Et voilà ce que la philosophie moderne s'obstine à méconnaître ou plutôt à ignorer.

Cette notion d'évidence objective étant ainsi mécon- Ya-t-n nue ou travestie par les subjectivistes, il ne faut plus TenceT s'étonner de l'embarras extrême et même du dédain avec res°? lequel ils traitent le critère de l'évidence.

« En fait, écrit M. Rabier, l'évident sert de critérium. » — En fait, il le faut bien, puisque le genre humain n'en a pas d'autre à sa disposition. — « Endroit, ajoute-t-il, ce critérium n'est pas sûr... H y a des évi-

1 . La passion n'est pas l'objet, id quod, qui est perçu, ni une image intermédiaire, mais le moyen, id quo, ou la condition de l'union im<' médiate de l'agent et du patient. Ainsi lorsque je palpe un relief, c'est le relief que je perçois et non la passion du doigt, qui est en creux ; et si je palpe une surface concave, ce n'est pas davantage l'impression organique, qui est convexe. La passion, étant l'image renversée de l'action, nous ferait tout voir à l'envers.

obiec- dences absolues el pourtanl trompeuses1. » Telles sont, \è\7'et dit-il, les fausses évidences du rêve, de l'hallucination, mï'.il" qu'Userait impossiblede distinguer des évidences vraies. — La réplique sera facile.

Nous soutenons, au contraire, que les évidences du rêve et de l'hallucination, en tant qu'évidences de phénomènes internes, sont parfaitement vraies. Si le rêveur et l'halluciné les prennent pour des évidences de phénomènes externes, ils confondent grossièrement, car l'évidence externe et l'évidence interne se distinguent nettement et facilement, aux yeux de tout homme en possession de lui-même et sain d'esprit. En effet, dès que le rêveur se réveille, il voit clairement la différence essentielle entre le rêve et la veille, entre l'évidence extérieure et sa contrefaçon. Et alors même qu'il ne saurait faire la description psychologique et scientifique des signes distinctifs, le contraste des deux évidences est trop éclatant pour qu'il en doute.

Mais dans l'hallucination, nous avons un fait encore plus remarquable. L'halluciné étant un rêveur tout éveillé, il n'a même pas besoin, pour voir le contraste, d'attendre la fin de sa crise. Pendant toute la durée de la crise hallucinatoire, la vision normale n'étant nullement empêchée, et les deux visions, interne et externe, se produisant à la fois, leur contraste est si manifeste qu'il est saisi facilement par le malade, pourvu qu'il oarde son sang-froid et qu'il reste maître de lui-même. L'évidence extérieure et sa contrefaçon intérieure se distinguent et s'opposent donc nettement.

Sans entrer dans tous les détails si curieux de cette vision hallucinatoire '", il nous suffira de dire que son procédé physique et physiologique est l'inverse de celui de la vision normale. Dans celle-ci, l'œil reçoit la lu-

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